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Chambre de l'Agriculture de l'Ariège: action symbolique des Paysans sans terre

© midinews 2014

Le 20 novembre dernier ils se sont invités au comité technique de la SAFER de l’Ariège, à la Chambre d’Agriculture, et ont tenté de faire entendre leurs revendications pendant plus de deux heures.

Ce jeudi matin ils ont carrément déménagé le bureau du «Point Installation» à la même chambre consulaire et l’ont remonté symboliquement devant l’immeuble de la Direction Départementale des Territoires (DDT) en traversant le centre ville de Foix.

Derrière cette action symbolique, la Confédération Paysanne, l’ADEAR et le Civam Bio qui pilotent ce collectif entendant dénoncer un certain «clientélisme lors des attributions de terres par la SAFER» et «les points de blocage rencontrés par certains candidats à l'installation agricole» qui se seraient selon les manifestants encore aggravés ces derniers mois.
L’installation est devenu un véritable parcours du combattant«Le département de l’Ariège est un des rares départements de Midi-Pyrénées où le taux d’installation progresse mais ce sont surtout de petites structures: des petits maraîchers ou de petits éleveurs car aujourd’hui pour s’installer il faut de l’argent et les fermes classiques en filières longues (vaches laitières, production de veaux ou d’agneaux maigres pour l’export, grandes cultures…) sont très gourmandes en capitaux.

En bovin viande, il faut compter 200 000€ en espérant vendre des broutards à 400€
, explique David Eychenne de la Confédération paysanne. Il y a de la demande pour ces petites productions à forte valeur ajoutée et le rôle de la chambre d’agriculture c’est d’encourager ces installations»

Selon lui le Point Info-installation tenu par un syndicat (les JA) proche du syndicat majoritaire à la Chambre consulaire (la FDSEA) ne ferait pas son travail pour aider les candidats à l’installation «s’ils ne font pas appel à un technicien estampillé «Chambre» et préfèrent se tourner vers des structures comme le Civam Bio ou l’ADEAR (association au développement de l’emploi agricole et rural) c’est pire.

Pour eux les blocages se succèdent. Et quand ils parviennent malgré tout à présenter leur projet d’installation devant la commission paritaire (la CDAO ou commission départementale d’orientation de l’agriculture où siègent représentants de l’Etat, techniciens et syndicats) pour décrocher les fameuses aides à l’installation, les JA mettent leur véto» indique Matthieu Chatenet, maraîcher et éleveur d'ovins lait à Barjac qui siège à la CDAO sous les couleurs de la Confédération paysanne.

Preuve par l’exemple jeudi dernier lors de la dernière cession de la CDAO «Le dossier ajourné était celui d’un maraîcher pourtant soutenu par sa banque et par les services de l’Etat. On lui a reproché l’estimation de ses rendements, soit disant trop élevés… nous entendons les critiques mais il vaut mieux qu’elles se fassent en amont, cela permet de revoir sa copie avant de passer en commission et de gagner du temps. Nous avons l’impression que le parcours d’installation (tout comme celui de l’acquisition du foncier) mis en place par la Chambre et les JA manque d’indépendance vis-à-vis de la structure de tutelle, c’est pour cette raison que nous demandons le retour du point info-installation dans le giron de l’Etat et que symboliquement nous le déménageons aujourd’hui devant la DDT»

Les agriculteurs de la Confédération Paysanne ont l’impression que deux conceptions de l’agriculture s’affrontent: les grandes exploitations, les fermes classiques, les grandes cultures d’un côté et les petites structures à forte valeur ajoutée, souvent Bio de l’autre.

«On nous a répondus que l’on ne pouvait pas faire des installations sociales ou qu’il s’agissait de projets farfelus, pour nous le ton est donné. On l’a vu en novembre au comité SAFER, on préfère attribuer une trentaine d’hectares à un fidèle lieutenant de la FDSEA au détriment de plusieurs projets d’installation… il est plus facile en Ariège de s’agrandir que de s’installer» poursuit Matthieu.Les farfelus d’aujourd’hui sont les «peluts» des années 70C’est en tout cas le point de vue de David Eychenne qui se souvient de cette époque pas si lointaine où l’on cataloguait ainsi ceux qui s’installaient en Bio à Massat ou ailleurs au lieu de faire du taurillon/maïs/soja en basse Ariège comme tout le monde:

«Depuis 30 ans le discours n’a pas évolué par rapport aux nouveaux installés qui ne rentrent pas dans le moule… celui du président Toulis peut-être davantage, il ne parle plus des taurillons et reprend volontiers notre vocable quand il évoque l’importance des produits locaux, de la valeur ajoutée»

Avec cette action symbolique, les agriculteurs demandent davantage de transparence, de neutralité et d’équité dans le traitement des dossiers. Une délégation a été reçue par Frédéric  Novellas le directeur départemental de la DDT09 pour entendre leurs revendications

«En Ariège nous avons la chance d’avoir une DDT à l’écoute des candidats à l’installation, nous souhaitons que M.Novellas appuie de tout son poids pour l’égalité entre porteurs de projets. De notre côté nous y serons particulièrement vigilants en comité SAFER et CDOA… oui nous demandons une remise à plat du système car il ne faut pas se voiler la face, aujourd’hui si l’on n’est pas FDSEA-JA on rencontre de grosses difficultés à l’installation et pour faire valider ses formations.

Dois-je rappeler que le cœur de cible des JA ce sont les jeunes installés. Nous avons 30 à 35 installations aidées par an et pour compenser les départs à la retraite il en faudrait 100 à 120… Il manque du monde!
»

C’est sur le ton de l’humour que René Donjat, agriculteur à Escosses et responsable de l’ADEAR manifeste son ras le bol: «Si les organisations syndicales faisaient leur travail sur la transmission, l’aide à l’installation, on n aurait pas besoin de descendre dans la rue pour se faire entendre. Chaque années nous recevons une centaine de personnes qui prennent contact avec notre association pour des projet d’installation, de la formation ou tout simplement pour trouver de l’écoute et du conseil par rapport à leurs choix de métier et de vie.

Face aux méandres de l’administration ils ont besoin d’une aide directe et structurelle, d’un accueil personnalisé… c’est ce que nous essayons d’apporter à l’ADEAR avec un réseau d’agriculteurs répartis sur tout le territoire
(…) Beaucoup d’agriculteurs vivent et vivent bien depuis des années avec des projets de petite taille. Actuellement nous avons l’impression qu’il y a un hiatus, une opposition entre deux visions de l’agriculture par des gens qui pratiquent pourtant le même métier. S’il faut se mettre en colère pour se faire entendre et bien c’est fait!»Position de la Chambre d’agricultureJoint au téléphone, Emmanuel Lecomte directeur de la Chambre d’Agriculture, revient sur le comité technique SAFER du mois de novembre: «Sur les trois dossiers qui n’avaient pas trouvé de solutions deux candidats ont pu faire l’acquisition de foncier avec la SAFER, le 3ème ne s’étant pas à ma connaissance repositionné»

Concernant l’accès à la formation, «tout le monde peut se former sans restriction» Enfin sur la dernière commission départementale d’orientation de l’agriculture (CDOA) qui s’est tenue jeudi 6 février, le directeur de la Chambre d’Agriculture entend apporter des précisions:

«En tant qu’organisme pré-instructeur, la Chambre d’agriculture donne son avis sur les dossiers, il est de notre responsabilité d’alerter un jeune sur les difficultés qu’il va rencontrer. Le préfet peut le suivre ou pas, ce ne sont que des avis, on met en alerte le porteur de projet quand celui-ci nous parait fragile mais on n’a jamais écrit ou dit qu’un dossier était farfelu… les professionnels n’interviennent que pour donner un avis technique.

En 2013 nous avons réalisé 12 installations de plus que l’année précédente, un tas de dossiers passent y compris des petites productions, dès lors qu’ils sont viables on ne bloque rien du tout… et les ¾ des gens installés le sont par la SAFER. J’attends que l’on me démontre que l’on n’a pas fait notre boulot!
»

Laurence Cabrol | 13/02/2014 - 19:19 | Lu: 31479 fois