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Entre décharge et carrière, la double peine de la commune de Manses

© midinews 2014

Les Sablières du Razès exploitent depuis 1991 la gravière de la Mondonne.

Le gisement de cette carrière qui appartient a présent au groupe BGO a été en grande partie exploité mais l’entreprise qui arrivera dans six années à terme de ses 30 ans d’exploitation, a souhaité le renouveler et l’étendre sur une surface de plus de 24 ha. Une surface étendue sur les communes de Manses («la plaine du Moulin»), Tourtrol («le Breil») et Teilhet(«La Prade»).

Seuls 4,2 ha en bordure de l’Hers seront exploitables, cela représente 200 000 tonnes de matériaux. La production moyenne sera de 7000 tonnes par an et de 25 000 tonnes par an au maximum... Dérisoire au regard des autorisations délivrées en basse Ariège: 700 000 tonnes à Mallet ou Denjean et les 1M de tonnes par an de la Colas.

Les habitants des secteurs concernés sont invités à se prononcer. Les registres de l'enquête publique sur lesquels ils peuvent consigner leurs observations sont ouverts depuis lundi dernier et ce jusqu'au 13 mars dans les mairies de Teilhet, Manses et Tourtrol.La carrière de Manses est totalement inutileSimone Verdier, maire de Manses reste dubitative: «Il y a longtemps que nous vivons avec cette grgavière mais on espérait après 30 ans d'exploitation en voir l'arrêt définitif d’autant qu’ il n'y a plus rien à exploiter. La quantité est dérisoire et la qualité discutable, il faut aller chercher les matériaux sous une couche de terre»

Jusqu'à présent la municipalité de Manses avait un interlocuteur identifié, M.Aribaud puis la Gravière du Razés mais aujourd'hui c'est un groupe (BGO) et sa chargée de mission qui a remis aux élus un épais classeur.

«En 1991 nous avons donné notre accord mais nous ne sommes pas contents de la manière dont tout cela s'est passé: il y a eu des nuisances (poussière, bruit, camions) et surtout ils n'ont pas tenu leurs engagements à savoir la remise en état des lieux qui devait être conforme au plan produit.

Au fur et à mesure de l'extraction, une provision financière devait être dédiée à cette remise en état des lieux: zone reboisée de 17ha, installation en rondins de bois pour délimiter une zone naturelle, un plan d'eau aménagé à des fins touristiques avec parking... et j'en passe. A ce jour rien n'a été fait. Je ne sais pas pourquoi nous leur ferions aujourd'hui confiance
»

Madame le Maire poursuit ses explications, «dans un premier temps ils ont voulu étendre leur superficie, s'installer à l'est sur des terres agricoles. Nous n'avons pas souhaité modifier le PLU, le conseil municipal s'y est opposé. Alors ils ont changé leur fusil d'épaule en demandant la prolongation de leur exploitation jusqu'en 2021 maintenant on se rend compte que c'est pour 30 ans... au moins avec la décharge il y a un comité de pilotage auquel nous sommes associés !»

Avant l'ouverture de l'enquête publique Simone Verdier pensait pouvoir avec son conseil municipal accorder un avis positif sous condition mais aujourd'hui sa position est nettement plus tranchée:

«J'ai rencontré les associations de protection de l'environnement ainsi que tous les gens qui se sont déplacés dans le cadre de l'enquête publique, j'ai consulté les autres municipalités et ma position est de plus en plus hostile a ce projet»

Il y a 15 jours suite aux fortes précipitations, la zone a été totalement inondée car la gravière est située dans un méandre intérieur de L'Hers dans le champ d'expansion de crues:

«Le schéma de rivière interdit l'exploitation de carrière à ces endroits-là. De plus nous sommes en zone Natura 2000, dans une SNIEFF et dans une trame verte et bleue, donc un intérêt écologique de premier ordre»

Les élus de Manses ont beaucoup de mal à comprendre la position des nouveaux exploitants de la gravière surtout au regard de si maigres enjeux économiques (7000 tonnes /an)... si ce n'est peut-être pour des intérêts spéculatifs.Il est temps de conjuguer nos oppositionsLe porte-parole de l'association Le Chabot est très inquiet:

«Les enjeux de protection de la nature sont plus importants que les enjeux économiques. En Ariège il y a actuellement surexploitation de granulats avec plus de 4 millions d'autorisation de prélèvements chaque année. Les besoins en granulat du département et des départements limitrophes sont de l'ordre de 1,5 millions de tonnes»

Selon Henri Delrieu l'enjeu est ailleurs. Le nouveau schéma départemental des carrières s'oppose à l'ouverture de nouvelles carrières mais pas à l'extension de carrières existantes.

«A Manses on est dans un cas de demande de renouvellement pour 30 ans mais nous sommes ici en zone inondable, en zone Natura 2000. Des contraintes réglementaires et environnementales fortes, des phénomènes récurrents de crues... cette activité est incompatible et dangereuse, elle perturbe les milieux à tous les niveaux car nous sommes dans une SNIEFF de type 2 avec des espèces remarquables. Tel que le projet est présenté, nous allons vers une opposition de la mairie»

Mais pour ce militant de la première heure, il faut repositionner le dossier de Manses dans un contexte global car la multiplication de ces gravières dans tout le département n'est certainement pas selon lui sans arrières pensées.

«Jusqu'à présent les extractions concernaient les graves alluvionnaires, aujourd'hui il faut compenser avec de la roche massive. Nous sommes dans un contexte ou il faut économiser les ressources, penser recyclage plutôt que surexploitation des matériaux. On voit des demandes de renouvellement aberrantes sur des sites remarquables comme les forges de Péreille ou Bédeilhac avec 300 000 tonnes de plus en zone Natura 2000 en plein PNR... il est temps de conjuguer les oppositions au pluriel»

Laurence Cabrol | 14/02/2014 - 19:31 | Lu: 29244 fois