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Les entreprises ariégeoises du BTP interpellent les candidats aux élections municipales

© midinews 2014

«Quand le bâtiment va, tout va» a-t-on coutume de dire.

Or le bâtiment va très mal et le gouvernement malgré ses effets d’annonce aura beaucoup de difficultés à tenir ses promesses et à redresser la barre.

Ils sont bien loin, les 500 000 logements par an dont 150 000 logements sociaux promis. Malgré le plan d’urgence annoncé il y a un an par le président de la République, le gouvernement a tenté de corriger le tir avec l’application de la TVA à 5% pour la construction de logements sociaux.

Mais ni cette mesure, ni celle du plan de rénovation énergétique du parc privé n’auront suffi.

Dans une conjoncture défavorable, notamment en raison de l’augmentation du chômage et l’atonie de l’économie française, les prix restent élevés et les financements freinés malgré des taux d’emprunts qui demeurent très bas.

Pour preuve la chute brutale des permis de construire qui mesurent en principe les futures mises en chantier (-18% de novembre 2013 à janvier 2014). A cela il faut ajouter la concurrence déloyale qui s’organise dans le BTP pour siphonner les marchés locaux, la sous-traitance en cascade qui dissimule le travail illégal et le manque de moyens des organismes de contrôle… au final c’est la disparition annoncée des artisans et de tout le tissu économique des PME-TPE du BTP.

Pour la seule année 2013, 27% des entreprises de ce secteur ont mis la clé sous la porte en Midi-Pyrénées.Les professionnels tirent la sonnette d’alarmeIls étaient réunis ce matin aux côtés de Gérard Centenero, président de la Fédération Départementale du BTP bien décidés à s’adresser aux candidats aux prochaines élections municipales, ceux qui seront demain aux commandes et à l’attribution des marchés publics.

«Nous rencontrons d’énormes difficultés, les appels d’offres sont de plus en plus rares et le secteur bancaire a déserté l’économie», tempête le chef d’entreprise qui a perdu 30% de son chiffre d’affaire.

«En ces temps de crise un peu de protectionnisme nous ferait du bien. Nous avons de gros problèmes de concurrence, les marchés sont attribués à des prix anormalement bas et la concurrence étrangère est bien là»

Ce n’est pas la concurrence frontalière dont parle ici le président de la FBTP: «Ce ne sont pas les petits entrepreneurs espagnols qui cherchent quelques marchés de ce côté des Pyrénées mais la concurrence étrangère amenée par nos entreprises, les grands groupes qui vont chercher de la main d’œuvre bon marchée à l’extérieur… nous ne pouvons pas lutter contre les ouvriers polonais.

Aussi le message à faire passer est le suivant: si vous voulez sauver nos entreprises donnez-nous du travail!
»Les entreprises du BTP en Ariège enregistrent 30% de chiffre d’affaires en moinsFabien Rauzy est dans les travaux publics depuis 35 ans il fait travailler une trentaine de salariés.

Son entreprise est spécialisée dans les routes et dans les canalisations d’eau potable, un budget qui en 2009-2012 représentait 6M€ qui est passé en 2013 à 4,3M€, ce qui impacte directement son activité:

«Nous sommes au chômage technique pour 3 semaine et nous avons perdu 50% de notre chiffre d’affaires en deux ans. L’année 2014 commence mal avec une perte de -30% […] le génie civil a tiré son épingle du jeu avec la déviation de Prat (un projet à 15M€) mais les entreprises ariégeoises ont été mises en concurrence avec les espagnols et les portugais.

Concernant les routes en période électorale, il y a toujours un peu de travail mais malheureusement aucune entreprise ariégeoise ne participe à la déviation d’Ax
» déplore ce chef d’entreprise. Gérard Centenero et les membres de son conseil d’administration tirent la sonnette d’alarme car il en va de la survie des TPE-PME ariégeoises:

«En période de crise il faut se serrer les coudes. Si les maires nous donnent du travail nous pourrons créer des emplois, les gens s’installeront en Ariège et il faudra développer les services dans toutes les communes pour y installer tous ces nouveaux habitants… c’est une spirale vertueuse mais il faut que tous jouent le jeu»

Bernard Rauzy est dans le bois charpente, il a perdu 40% de son chiffre d’affaires depuis 2010:

«Alors que l’on parle de la filière bois en France, sur le terrain on va chercher les marchés en Slovaquie, au Portugal ou plus loin… toutes les grumes partent en Chine et reviennent en bois transformé à vil prix. Alors qu’ici les scieries n’ont plus de bois à transformer et les prix grimpent»

Ces professionnels ne se voilent pas la face, ils sont également conscients des problèmes de cette concurrence étrangère bien structurée, capable de faire du démarchage par téléphone et de rafler la mise auprès des collectivités mais aussi auprès des petites entreprises tentées d’aller chercher l’ouvrier polonais qui coûte moins cher:

«Nous souffrons également d’un manque d’encadrement législatif. L’inspection du travail prend au sérieux cette sous-traitance en cascade car au bout il y a souvent du travail illégal mais les inspecteurs n’ont pas les moyens de faire leur travail car ils ne sont pas assez nombreux»

Jean-Michel Vivancos est dans les travaux publics mais il connait également les arcanes du pouvoir en tant qu’élu dans une ville de 2600 habitants. Convaincu que l’économie d’un territoire passe par les entreprises locales, il pense que les élus ne sont pas assez formés et informés. Il conviendrait peut-être de leur donner quelques clés (concernant les critères d’attributions, les appels d’offres) par le biais de l’association des maires de l’Ariège.

«On regarde souvent l’immédiateté, les prix moins chers mais on ne se projette pas dans l’avenir. En tant qu’adjoint je me bats pour maintenir les projets réalisables sur la commune mais arrivé à un certain niveau de technicité (on a besoin d’infrastructures, d’aménagements de voiries, d’accès handicapés) on ne peut pas le faire sans faire appel à la capacité technique des entreprises. Il y a la réglementation, il faut faire des études, il y a des maitres d’œuvres et des cabinets pour cela»
2014, une année noire pour le BTPL’année 2014 démarre mal pour le logement, les constructions de logements neufs sont en baisse et la crise des finances publiques laisse elle aussi augurer une baisse généralisée des commandes publiques pour les entreprises du BTP.

Notons que dans les départements ruraux, le secteur de la construction représente 40% du chiffre d’affaires réalisé par les entreprises. Le gouvernement a annoncé pour 2014 une baisse des dotations aux collectivités locales de 1 milliard 50 millions d’euros. Dans les faits, les conseils généraux ont vu les charges de la part sociale de leur budget s’aggraver tandis que la ressource dynamique jusque-là des droits de mutation se réduisait à peau de chagrin, ce qui les a conduits invariablement à réduire les investissements.

Les communes et leurs groupements ont vu, elles aussi leurs charges s’aggraver tandis qu’elles ont perdu leur outil privilégié de dynamisme fiscal qu’était la taxe professionnelle. Cette baisse généralisée des commandes publiques ne fait qu’augmenter depuis le début de la crise en 2008.

Comme l’a indiqué Gérard Centenero président de la FTBP l’état de l’économie en général ne plaide pas en faveur de l’investissement. Mais les perspective pour 2014 ne sont guère réjouissantes au niveau local:

«Même les petits artisans sont écrasés de charges, on n’avait pas connu de telles situations depuis 2008. Nos entreprises sont à la rue, notre trésorerie est exsangue, il est urgent de relancer l’économie… les conseillers municipaux ne savent peut-être pas ce qui se passe dans nos entreprises, ils ne savent peut être pas ce qu’est un marché public… il y a tout un travail pédagogique à faire en leur direction. A nous de prendre notre bâton de pèlerin et d’aller prêcher la bonne parole… il faut être rapidement entendu, il en va de notre survie!»

Deux chiffres:

Au 2ème trimestre 2008, le Bâtiment et les Travaux Publics représentaient 81,3M€ en Midi-Pyrénées

Au 2ème trimestre 2013, elles représentaient 57M€
Laurence Cabrol | 11/03/2014 - 19:31 | Lu: 18801 fois