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Limitation du remboursement de l'optique: on s'inquiète aussi en Ariège

© midinews (archives)

«Beaucoup d'assurés ont eu la surprise depuis ce début janvier de constater qu'ils ne pouvaient plus bénéficier de remboursement de leurs mutuelles car certaines ont déjà mis en place un système de remboursement uniquement tous les deux ans»

S'il a quelque peu reculé depuis le début de la semaine, face à la pression notamment des grands fabricants français, le gouvernement a présenté une nouvelle mouture de son projet de loi sur la limitation du remboursement des lunettes par les mutuelles.

Un texte dévoilé par les Echos puis repris par la presse nationale qui vise avant tout à limiter l'envolée des prix et accessoirement à faire réaliser des économies à la SECU et entend réguler le marché voire limiter les abus. Cependant, il suscite son lot d'inquiétudes pour toute une filière et notamment les opticiens en première ligne.

Ce nouveau projet de décret prévoit un maximum de prise en charge de 450 euros à partir du 1er janvier prochain, verre (unifocaux, c'est à dire les verres simples pour la correction de près ou de loin) et monture. Pour les verres complexes (progressifs etc.), la prise en charge minimum serait de 200 euros pour un maximum à 700 euros. Il imposerait aussi à chaque mutuelle de proposer un remboursement «responsable» de 50 euros pour des lunettes à verres simples pour permettre à chacun de s'équiper en entrée de gamme. La question d'un remboursement tous les deux ans restant en suspens.
Ça va pas dans le bons sensResponsable de deux enseignes Optic 2000 (à Saint-Girons et Mane en Haute-Garonne), Patrice Abgrall a bien voulu donner son point de vue sur ce décret en préparation et d'abord revenir sur cette période de deux ans évoquées entre chaque remboursement.

«Ça peut remettre en question les partenariats que nombre d'opticiens ont avec le réseau des mutuelles, à redéfinir»

Pour lui reste le sentiment que ces économies se réalisent au détriment de l'assuré et qu'on demande aux opticiens de compenser ces efforts. «A cotisations inchangées auprès de sa mutuelle, l'assuré ne pourra plus se faire rembourser une paire par an si nécessaire mais devra patienter deux ans. Cela va certainement donner de l'air aux mutuelles mais ça ne donnera pas forcément plus de pouvoir d'achat aux clients, au contraire, tandis que nous en subirons directement les répercussions»

Au delà des conséquences qu'une telle mesure pourrait avoir sur la filière industrielle française, qui compte quelques champions comme Essilor, l'effet direct pour les opticiens est une baisse significative de l'activité.

Patrick Vigié, opticien indépendant à la tête de Couserans Optique à Saint-Girons fait le même constat:

«Tout dépend des personnes bien sûr et du niveau de traitement de leurs corrections visuelles, concède ce dernier. Mais de tels plafonnement peuvent apparaître ridicules surtout quand on prétend vouloir favoriser la qualité et le Made in France, intervient-il. Avec de tels plafonnements qui correspondent à des équipements moyens de gamme, le client aura moins de choix et ne pourra prétendre à des montures dernier cri en termes de matériaux comme le Titane par exemple ou des verres avec traitements spéciaux, le tout fabriqué en France»

Au final les deux opticiens sont d'accord pour dire que c'est «la qualité qui va en pâtir. Pour le client qui essaie fort logiquement de rester dans sont forfait mutuelle pour avoir le moins de reste à charge possible, ça va restreindre le choix et il va plutôt s'orienter dans le moyen voire bas de gamme»

«Pour nous ça va pousser les gens à prendre des équipements de moindre qualité, enrichit M.Vigié, c'est sûr cela va causer un réel préjudice en termes d'activités»

«Les clients vont logiquement reporter leurs achats tous les deux ans, complète M.Abgrall, et s'efforcer de rester dans leur forfait, nous aurons certainement des ventes à la baisse, tandis que nos charges, elles, sont incompressibles. Cette mesure ne va pas dans le bons sens, insiste ce dernier. Il y a déjà l'ouverture des ventes sur internet, alors s'il s'agit de favoriser le low cost là oui mais cela se fera au détriment de la qualité, française notamment»

Même conclusion chez Patrick Vigié, l'opticien indépendant, qui évoque «la concurrence à bas coûts déjà forte de ces industriels qui ont leurs usines à l'étranger»

Un autre point sur lequel tous deux sont d'accord «on se dirige encore davantage vers une optique à deux vitesses, avec ceux qui pourront aller au delà de ces plafonds et les autres»

Sur ce projet de décret qui reste encore flou, chacun sera fixé en janvier 2015, date prévue pour sa mise en application. Pour toute une filière la vigilance reste de mise.

Sylvain Sastre | 09/05/2014 - 19:47 | Lu: 24030 fois