accueil  |  ariège   |  france

Les petites histoires de Mélanie: le bleu de Mazères

© midinews 2014 - Mélanie Savès

Draps de laine, tissus Jacquard, cordelat ou burlat évoquent le textile ariégeois.

Cette activité a fait les riches heures de la ville de Lavelanet durant le XIXème et le XXème siècle, avec ses industries de tissage, teinture et filature installées le long du Touyre et de la vallée de l’Hers. Mais la part du textile dans l’économie de l’Ariège s’appuie sur des bases plus anciennes. Dès le Moyen-âge, sur l’ensemble du comté de Foix, on cultivait le chanvre, le lin et l’on battait les étoffes de laine dans les moulins foulons de Foix, Tarascon, Pamiers ou Ax.

Dès le XIVème siècle, la bastide de Mazères bénéficie de l’activité la plus lucrative liée au textile, celle du commerce du pastel. L’Isatis Tinctoria, cette plante aux délicates fleurs jaunes, nécessite deux ans de culture avant d’offrir ses feuilles, qui, après un long procédé de séchage et de macération donne une teinture bleue, très prisée des grands centres textiles d’Europe.

Entre 1350 et 1560, le pastel a connu une grande prospérité. Le triangle bleu de Toulouse-Albi-Carcassonne reçoit le nom de «pays de cocagne», issu de la «coquo», la boule de feuilles de pastel séchées. L’opulence concerne les marchands pasteliers mais également près de 100 000 personnes, impliquées depuis la production jusqu’à l’exportation, soit une vingtaine de corporations allant du métayer, au transporteur, peseur, teinturier, emballeur ou puissant négociant.

A Mazères, les premières mentions concernant le pastel apparaissent au XIVème siècle. Comme le rappelle Pierre Duffaut dans son ouvrage Histoire de Mazères, le notaire Bernard de Gouzens, en 1328, laisse à sa mort «un moulin à pastel près de Molandier et une provision de coques pas encore sèche. Il en livrait non seulement aux teinturiers de Mazères mais à ceux de Pamiers et de Fanjeaux»

En 1390, l’abbaye de Boulbonne possède des cultures de chanvre sur la rive droite de l’Hers, et des troupeaux de moutons élevés pour leur laine. La bastide rassemble alors deux moulins pasteliers.

La culture du pastel s’accroit à Mazères vers le milieu du XVème siècle. Les lainages «blanc», «blanquet» et «palmèle» se vendent au marché de Toulouse et en 1462, les toulousains achètent 160 sarcinées de pastel, soit 20 tonnes de coques (1sarcinée=125kg). Après de rapides calculs, si on se base sur cette unique commande, ce sont plus de 300 hectares de pastel qui devaient être cultivés autour de Mazères.

Moulins et séchoirs à pastel ont disparu. Sous François Ier il existait plus de 1000 moulins dans le triangle bleu. L’hôtel pastelier d’Ardouin, telle la partie émergée de l’iceberg, reste le seul représentant encore visible de cet âge d’or qu’a vécu Mazères.

Le compoix de 1620 (cadastre propre au recensement des parcelles) permet d’observer la forte activité liée à cette production.

Bien qu’après 1561 le commerce du pastel s’essouffle en Europe, deux moulins subsistent encore dans la ville. Le grand moulin d’Anne de Chandon et celui de Pierre de Laval, qui possédait en outre un moulin foulon, pour battre les étoffes de laine et un moulin farinier. Un certain Jean Capus aurait renoncé à construire son moulin et celui de «Nassaure» - situé dans l’actuelle ferme de L’Estanque - a disparu.

En 1561, le cumul de plusieurs facteurs fait s’effondrer le cours du pastel. Une récolte abondante mais de mauvaise qualité, les guerres de religions qui émergent en Europe et l’arrivée de l’indigo des Amériques, meilleur marché que celui des Indes, épuisent ce commerce autrefois florissant.

Trois siècles plus tard, après une relance rapide de la production imposée en 1806 par Napoléon pour teindre les uniformes de ses armées, le coup de grâce est donné en 1878, quand l’Allemand Von Baeyer réalisa la synthèse chimique de l’indigo et son utilisation à l’échelle industrielle.

Aujourd’hui, le pastel retrouve ses lettres de noblesse avec une réintroduction générée par la Coopérative Agricole de la Plaine d’Ariège depuis 1997. La plante tinctoriale est destinée au textile et aux fabricants de peinture. Ainsi, la longue histoire des teintures naturelles franchit-elle le cap du troisième millénaire.

Renseignements:

CAPA: Coopérative Agricole de la Plaine d’Ariège
P. CAZIMIR CAPA BP10 09700 Saverdun
Tél. 06.71.05.41.42
http://www.ariegenews.com/news/news-1-1-647.html (Réintroduction du pastel en Ariège)
http://www.bleu-de-lectoure.com/
http://www.couleurs-de-plantes.com/
http://www.infinimentpastel.com
http://www.grainedepastel.com/

Retrouvez les visites guidées de Mélanie SAVES sur www.passerelle-culture.com

Mélanie Savès | 09/05/2014 - 19:56 | Lu: 21088 fois