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Le Français local des « années trente »

La génération d'enfants nés aux lendemains de la Grande Guerre est, chez nous, la première à avoir été élevée en français.
Jusque là, mis à part en milieu bourgeois, ce dernier n'était appris qu'à l'école. D'une façon quasi générale, les parents parlaient « patois » entre eux et, faute de pratique, ils ne maîtrisaient la langue officielle que bien imparfaitement.
Résultat : la langue transmise à la maison était un mélange de français et d'occitan qui, si elle coûtait beaucoup d'encre rouge aux maîtres d'école, n'altérait cependant en rien l'aisance d'expression des jeunes usagers dans leur vie courante.
Au contraire, ce savoureux sabir, en pleine adéquation avec les réalités rencontrées, répondait on ne peut mieux à tous leurs besoins ; sa créativité entretenait même une vivacité d'esprit à laquelle la rigueur de l'enseignement faisait plutôt obstacle.

A titre d'exemple, je vais tenter de restituer ce langage en évoquant quelques détails de la vie quotidienne enfantine des années trente.

« Je vais vous parler de quand on était petit. Les vieux teindront plaisir à retrouver des mots et expressions de l'époque et les jeunes s'étonneront sans doute de ce brave barréjadis.
Les chaque-jours, çà faisait peine de se tirer du lit pour aller à l'école. Mais, que diapple ! on était plus des cagaillous !... i fallait faire du calcul sans s'oupplier les virgules et les retenues ; des dictées en appliquant les rècles ; savoir dire les départements avé les sous-préfectures, et tout çà d'autre !

A midi, ceus des hameaux qui s'étaient faite suivre la musette mangeait là ; les autres, on s'enrevenait à la maison pour dîner. L'hiver, sans manque, c'était la soupe de chou avé la rousole ; après, chaque saison, les fèves ou les clousquets, tant qu'y en avait au jardin. Et au souper, des monges ou des patanes roussies...
Le jeudi ? y avait catéchisme. Là, il fallait savoir les prières sur le bout des doigts, réciter les commandements, répondre à des questions difficiles (Quesque Dieu ?) que les réponses, heureusement, elles étaient marquées dans le livre. Et après-dîner, on était par les prés à courser les papillons ou au Ruisseau de Notre Dame à choper des rabottes avec une ligne à dix sous pendue au bout d'un bambou chipé à nuit faite dans le parc de Cacaillon.
Quand Fontestorbe faisait fluts �mais çà, c'était l'été, aux vacances- y avait l'aïchécade. On courrait vite aux cabos, à la rivière. Et des fois, à la truite, à la main-taste. Oh, çà, c'était bien !
« Boudi qu'une !... elle est grosse comme un baseil... Fais pas de bruit, mille noms que tu vas l'espanter !... Tu vois, du l'as faite fuir ! elle s'est embarrée dans cette tute... Tè, prends-toi ce bâton et fourgougne !... Pas si fort que tu fais de la trébouline... Tu vas voir qu'elle va nous déchapper... ».
Quel affreux galimatias !... Mais çà ne nous a pas empêché de grandir...
Traduire le texte en français correct sera peut être pour le lecteur un amusant exercice.

Par email André Lagarde (Les fils de Bélesta)
22/11/2005 - 08:54 | Lu: 22093 fois