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Ah, si j'étais jeune!

Une partie des jeunes rejoint le mouvement anti réforme des retraites qui est davantage un mouvement anti-Sarkozy.

Ils disent qu’ils sont concernés par cette réforme et en un sens c’est vrai puisque, eux aussi, auront un jour travaillé et prendront leur retraite.

Pour les lycéens de 18 ans c’est dans 44 ans, pour les collégiens de 3ème c’est dans 47 ans!

Qui sait ce que sera la vie dans tant d’années, combien d’années on vivra, comment le système de retraite fonctionnera-t-il?

C’est étonnant d’entendre des médias dire que les jeunes sont préoccupés par cette échéance…

D’abord parce que s’ils étaient tous inquiets de ce qui arrivera pour leurs 62 ans, ils commenceraient par ne pas fumer pour être sûrs d’être encore de ce monde… Mais bon acceptons le discours.

Si j’étais jeune aujourd’hui la question que je me poserai est: comment fonctionne la solidarité entre les générations dans notre pays?

Est-elle aussi injuste qu’on le dit? Vais-je devoir payer deux fois, pour mes parents et pour moi?

D’abord il faut insister sur ce qu’est la répartition: c’est le système qui fonctionne hors épargne, on ne se constitue pas sa réserve personnelle (que ce soit pour les soins de santé ou pour la retraite ou pour l’indemnisation du chômage) mais les cotisations sont immédiatement versées sous forme de prestations.

Pour ce qui est de la maladie tout le monde cotise pour que ceux qui sont malades n’aient pas à payer le coût réel des soins (la «sécu» le fait pour eux; elle n’est pas l’État, elle est privée et gérée par le patronat et les syndicats). Pour ce qui est du chômage, l’UNEDIC (privée elle aussi et gérée également par le patronat et les syndicats) verse immédiatement aux chômeurs les sommes prélevées sur les salaires dans les entreprises.

Pour ce qui est de la retraite, ce sont les actifs (les salariés) qui paient pour les retraités; il y a 37 régimes qui fonctionnent sur ce principe pour l’ensemble des professions).

Ensuite il faut se féliciter que le gouvernement défende «à fond» le système par répartition en le réformant pour qu’il puisse continuer de payer les retraites sans le faire «à crédit»

Il faut se féliciter parce que ce n’était pas gagné: nombreux sont les responsables politiques à droite qui étaient prêt avant la crise financière à essayer d’embarquer le pays vers la capitalisation pour laquelle les assureurs ont les yeux de Chimène depuis les années 70… (1970 évidemment!).

Mais la crise a montré que la capitalisation résistait moins bien que la répartition aux chocs boursiers; la cause est désormais entendue.

En revanche la répartition est plus sensible aux phénomènes démographiques que la capitalisation, et la déformation de la démographie française (baby boomers à la retraite, augmentation de l’espérance de vie) oblige à réviser l’équilibre des périodes passées au travail et à la retraite.

Si j’étais jeune, je me dirais que la solidarité entre mes parents et moi est à double sens: mes parents paient pour que je puisse étudier gratuitement (comparez nos coûts de scolarité de la maternelle à l’université avec les autres pays développés et vous verrez qu’on peut dire gratuitement!) et j’étudie de plus en plus longtemps car je sors des études en général après 20 ans.

Ce n’était pas le cas dans le passé ou (à la minorité près qui faisait des études) tout le monde commençait à travailler à 16 puis 18 ans.

Donc sans que personne ne me le fasse remarquer, la génération de mes parents a payé deux ans de plus d’étude pour moi.

Est-ce que ça ne sera pas un juste retour des choses que le moment venu je paie moi deux ans de plus pour leur retraite?

Évidemment vu comme ça j’aurais du mal à me défiler et donc à défiler avec les manifestants anti réforme…

Enfin ceux qui veulent me faire croire que si les seniors travaillent deux ans de plus c’est moi qui aurais du mal à entrer dans l’emploi sont des malthusiens (partisans de la restriction de la production et des naissances…).

Ils croient que le travail est un volume constant qui se partage comme on nous a fait croire que les 35 heures allaient régler la question du chômage…

Mais la politique du gouvernement actuel s’appuie sur la demande, le maintien d’une consommation intérieure par un niveau de revenu qui n’est pas affaibli par les hausses d’impôts.

Et bien, dans cette politique, les seniors qui travaillent deux ans de plus ont un revenu supérieur à ce qu’aurait été leur retraite s’ils étaient partis à 60 ans, Ils consomment davantage pendant 2 ans et cela fait plus d’emploi: pour nous les jeunes.

Enfin on objecte que les seniors sont mis au chômage ou en préretraite bien avant 60ans.

Mais ce qui est vrai pour 60 ans restera peut être vrai pour 62 ans mais les entreprises ne pourront se défaire de ces seniors que 2 ans plus tard car les mécanismes de prise en charge seront eux aussi décalés de 2 ans. Tout cela est parfaitement cohérent.

Tous les parents doivent savoir ça, et pourquoi ne tenteraient-ils pas de l’expliquer à leurs enfants?

Par email, Claude Cambus, ancien conseiller économique et social

21/10/2010 - 19:50 | Lu: 13965 fois