Djalla-Maria Longa, auteur de «Mon enfance sauvage», à la rencontre des élèves du Lycée des Métiers Philippe Tissié de Saverdun

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C'est à une séance de français inhabituelle que les élèves de deux classes de terminale ont assisté le 17 décembre dernier.

Dans le cadre de leur formation au baccalauréat professionnel, ils rencontraient en effet dans les locaux de leur établissement Djalla-Maria Longa, venue leur parler de son ouvrage «Mon enfance sauvage»

L'occasion pour les lycéens de lui poser des questions sur la vie quotidienne qu'elle menait dans son enfance, son travail d'écriture et ses rapports souvent tendus avec ses parents.

Paru en 2011 aux Editions Glénat et récompensé du prix littérature 2012 au Salon du Livre Pyrénéen, ce témoignage sur l'enfance de l'auteur n'a pas manqué de susciter des réactions et des interrogations lorsqu'il a été travaillé en classe.

Comment imaginer, pour un adolescent d'aujourd'hui, vivre en autarcie complète et sans le confort de la vie moderne, dans un lieu isolé des montagnes ariégeoises?

Un parcours peu ordinaire
C'est pourtant le choix des parents de Djalla-Maria Longa: installés depuis les années 1970 dans une maison retirée, sur les hauteurs de Massat, ils ont souhaité vivre à l'écart de la société de consommation et proches de la nature. Chez eux, «aux Figuets», pas d'eau courante, pas d'électricité, pas de lits, pas d'assiettes ni de jouets en plastique, pas d'école... C'est l'enfance qu'a vécu Djalla-Maria Longa, avec ses sept frères et sœurs.

«Au début, comme je ne connaissais que cette vie-là, explique-t-elle aux élèves, je trouvais ça normal. Mais très jeune, j'ai commencé à contester ce mode de vie imposé par mes parents»

Tandis que les autres enfants allaient à l'école, Djalla-Maria ainsi que ses frères et sœurs devaient à tour de rôle effectuer toutes sortes d'activités liées au fonctionnement de la maisonnée: préparer le petit déjeuner, laver le linge de toute la famille, s'occuper des plus jeunes, aider au potager, garder les animaux...

Elle le raconte dans son livre: «Aujourd'hui, c'était mon tour d'aider ma mère à préparer le petit déjeuner. J'enfilai rapidement mes vêtements que j'avais gardés toute la nuit contre moi pour qu'ils ne soient pas glacés au petit matin. J'attrapai un grand manteau, des sabots taillés dans des rondins de hêtre que mon père nous avait achetés chez un sabotier du coin, et je courus jusqu'à la grange chercher du bois pour allumer le poêle»

Cette vie paraissait trop extrême à Djalla-Maria, attirée par le «monde d'en bas» dont elle était privée et qui rebutait tant ses parents. Grâce à sa force de caractère et une volonté indéfectible, elle parvient à faire accepter à ses parents, non sans heurts, le fait qu'elle ne suivrait pas leur mode de vie. Elle commence alors à construire sa propre identité...

L'écriture, un défi pour Djalla-Maria Longa
L'une des interrogations des élèves concernait le travail d'écriture de Djalla-Maria Longa: comment, alors qu'elle n'est jamais allée à l'école, a-t-elle pu écrire un récit de 300 pages sur son enfance? Comment a-t-elle réussi à être publiée?

«Bien que mon père assurait notre enseignement à la maison, j'avais énormément de lacunes en français. Mon niveau était celui d'un élève de CP. Lorsque j'ai commencé à écrire le récit de mon enfance, je ne pensais pas avoir beaucoup à dire, mais cela a finalement abouti à un manuscrit de 1000 pages.

J'ai alors fait lire l'ensemble à un ami de la famille, professeur de français, afin de savoir si je pouvais le faire publier. Il m'a encouragée dans cette voie ... en précisant qu'il y aurait un gros travail à fournir pour corriger l'orthographe et les tournures de phrase! J'ai accepté immédiatement
»

Elle envoie alors huit exemplaires à différentes maisons d'édition. Après plusieurs échecs ou propositions décevantes, elle reçoit une lourde enveloppe du dernier éditeur à ne pas avoir encore répondu. Pensant qu'il lui retournait son manuscrit pour signifier son refus, elle se résigne à arrêter là ses démarches... Elle découvre au contraire qu'il accepte de la publier! *

Aujourd'hui, des relations apaisées avec ses parents
Partagée entre l'écriture et son entreprise de location de VTT, elle vit à Massat avec son conjoint et leurs trois enfants. Bien qu'elle ait choisi de disposer du confort moderne, elle accorde une importance particulière à la nature et n'oublie pas certains aspects de son éducation.

Aujourd'hui, les relations avec ses parents se sont apaisées. La publication de «Mon enfance sauvage» a permis, de part et d'autre, d'effacer les rancœurs et les incompréhensions:

«Si mon père m'a toujours encouragée à écrire sur mon enfance, ce témoignage a été plus douloureux pour ma mère, qui n'y tenait pas toujours le beau rôle... Pourtant, elle a été touchée de connaître les sentiments que j'avais pour elle et que je le lui avais jusqu'alors jamais dévoilés», confie-t-elle.

Un nouveau livre le mois prochain
Aujourd'hui pleinement épanouie, Djalla-Maria Longa continue à se consacrer à l'écriture. Depuis le succès de ce premier ouvrage, vendu à 5000 exemplaires, elle est régulièrement sollicitée pour des séances de dédicaces, des conférences ou des interventions auprès de lycéens comme ce fut le cas à Saverdun. En 2012, elle signe son premier roman, «Les rebelles du désert», qui nous conduit en Jordanie.

Son prochain livre sortira le 12 février. Revenant sur le thème de la communauté hippie du canton de Massat, il traitera du regard porté par les Ariégeois sur les néo-ruraux installés dans ce secteur à partir des années 1970.

Pour en savoir plus:
http://www.monenfancesauvage.fr

*Elle doit pour cela réduire son texte initial à 300 pages

CD | 10/01/2014 - 18:16 | Lu: 23288 fois