Verniolle: l'art de la ciselure présenté par Guy de Bois au Château de Fiches

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L’association de Sauvegarde du château de Fiches fête cette année le dixième anniversaire de l’ouverture de la demeure au public.

On connait l’intérêt que suscite son extraordinaire bestiaire datant de la fin du XVIe — début XVIIe.

Des représentations d’animaux fantastiques, exotiques, mais aussi plus familiers tels que l’ours, le cerf ou le sanglier qui font de ce plafond cloisonné couvert de peintures, un site unique en France.

Cette année Nicole Ginabat, la propriétaire, accueille dans le cadre des journées européennes du patrimoine Guy de Bois, un artisan d’art ciseleur formé à l’école Boulle, Meilleur Ouvrier de France en 1982, rompu aux arts et techniques de la décoration des métaux.

Lui aussi est tombé sous le charme de ce bestiaire qu’il a voulu immortaliser à travers ses plaques d’argent. Un travail de précision et une passion qu’il partagera avec le public samedi et dimanche.

«J’ai eu un choc en voyant ce plafond», avoue l’artisan qui a quitté son atelier parisien pour une retraite paisible en Ariège.

Il a tout de suite eu envie avec ses techniques spécifiques de donner vie à ces animaux pour les immortaliser dans un métal précieux.

Un métier-passion dont Guy de Bois nous livre quelques secrets: «J’ai arrêté mes études après le brevet et j’ai choisi ce métier parce que j’avais des facilités en dessin, mais ce n’est qu’après six années de formation à l’école Boulle et un long apprentissage que j’ai pu vraiment commencer à exprimer mon art, d’abord pour les grandes maisons parisiennes avant de m’établir comme artisan.»

La ciselure se distingue de la gravure car il n’y a pas de retrait de la matière. Le graveur retire du métal là où le ciseleur vient «l’imprimer» en le comprimant à l’aide de ses marteaux et de ciselets, en repousse les volumes avec des planoirs.

Le ciseleur travaille sur un support reposant sur un «boulet» une demi-sphère de 2 cm d’épaisseur qui reçoit un ciment spécial (le ciment de ciseleur ressemblant à de la cire) permettant de travailler les métaux malléables utilisés par l’artisan.

Marteaux, ciselets, grattoir, perloir… des outils qui se transmettent de génération en génération depuis la nuit des temps car l’activité est née en Mésopotamie où elle consiste en un travail décoratif par déformation du métal.

Au fil des siècles cet art a évolué en fonction des modes et des demandes, mais aussi des techniques et de la maitrise progressive de la mise en œuvre du bronze, du cuivre ou des métaux précieux: or, argent, alliages.

«C’est un métier marginal, il n’y a pas de corporation. L’apprentissage est long, il faut arriver à maitriser et mémoriser des gestes particuliers, tenir l’outil sans se crisper, savoir canaliser son enthousiasme ou son impatience… J’aimais dire aux étudiants de l’école Boulle à qui j’essayais de transmettre mon savoir que la ciselure c’est un long travail qui consiste à passer de l’état de souffrance à celui de bien-être».

Aujourd’hui c’est un moment de bonheur auquel nous invite Guy qui après une carrière professionnelle qui l’a conduit à travailler avec les antiquaires, les joaillers, les musées.

Son savoir-faire l’a conduit a honorer des commandes pour les plus prestigieuses enseignes de la place Vendôme à l’attention de familles régnantes fortunées, mais aussi d’artistes comme Salvador Dali ou Paul Belmondo, d’académiciens dont il a réalisé les épées, de musées nationaux pour lesquels il a restauré des chefs-d’œuvre ou apporté son expertise.

Ce sont autant de souvenirs et d’anecdotes qu’il se plait à partager avec le public qui s’intéresse à son art ou dans son dernier opus dédié à la ciselure* qui éveille les curiosités.

«Mon grand modèle reste Thomas Germain, ciseleur à l’époque de Louis XV. Exigent dans sa pratique, il maitrisait si bien son art que Voltaire l’appelait La main divine».

 Une expertise à découvrir le temps d’un week-end au château de Fiches à Verniolle (samedi 19 septembre de 14h à 18h et dimanche de 11h à 18h).

*L’art de la ciselure par Guy de Bois collection Ophrys Art (18 €)

Laurence Cabrol | 18/09/2015 - 19:13 | Lu: 6199 fois