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Gravières: quelle volonté pour arrêter l'expansion?
19/04/2012 | 18:29
© MidiNews 2012
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Les agriculteurs, les associations écologistes, les citoyens lambdas... nombreux sont ceux en Basse-Ariège qui s’inquiètent de la prolifération des gravières.

L’extraction de granulats pour les besoins du bâtiment touche à des sujets sensibles: l’immobilisation des terres agricoles, la pollution des nappes phréatiques, ou encore la défiguration du paysage.

Les défenseurs des gravières se réfèrent au contraire à l’activité économique drainée par les carrières (et les retombées en terme d’emplois), ainsi qu’aux besoins grandissant de l’agglomération toulousaine en matière de construction.

On sait par ailleurs que les ressources du sud-toulousain s‘appauvrissant, les carriers vont se tourner de plus en plus vers l’Ariège dans les années à venir (actuellement, la superficie autorisée pour l’extraction de granulats est de 698 hectares dans le département).

Ceux qui voient ce phénomène d’un mauvais œil placent aujourd’hui leur espoir dans des documents d’urbanisme, seuls capables de freiner le mouvement.

Il y a d’abord le «schéma départemental des carrières», qui va être revu d’ici 2013. Et puis, il y a ce fameux SCOT ( ou «Schéma de Cohérence Territoriale») sur lequel les élus ariégeois sont en train de plancher.

Il s’agit d’un document d’urbanisme mais qui doit être un véritable projet d’aménagement du territoire (à l’horizon 2020-2030), et qui s’imposera dans quelques années aux documents d’urbanisme communaux.

Depuis le début de la démarche, ce SCOT est présenté comme un moyen de lutter contre la consommation de terres agricoles (en France l’équivalent d’un département disparaît tous les dix ans). L’urbanisation y est largement pour quelque chose.

Mais sur cette question précise des gravières qui préoccupe les Ariégeois, de quels moyens (concrets) disposera le document pour lutter contre une extension incontrôlée?

98 communes concernées par le SCOT

D’ici 2014, les élus sont chargés d’y dessiner l’Ariège de demain, dans la vallée qui s’étire de Tarascon jusqu’à Saverdun...

Le territoire du SCOT regroupe le Pays des Portes d’Ariège-Pyrénées (CC du canton de Saverdun, CC du Pays de Pamiers, communes isolées de Saint Jean du Falga et Lescousse) et le Pays de Foix-Haute Ariège (CC du canton de Varilhes, CC du Pays de Foix, CC du Pays de Tarascon, commune isolée de Capoulet‐Junac).

Près de 80 000 habitants sont concernés.

Que font les autres territoires?

Nous avons feuilleté d’autres documents «SCOT» rédigés par d’autres territoires, pour voir un peu comment cette question avaient été traitée. Tous les voisins de l’Ariège ne sont pas touchés par cette problématique.

Le SCOT de l’agglomération du grand Toulouse évoque surtout «un schéma de réhabilitation des anciennes gravières»

Dans une autre région, le SCOT du Dijonnais a carrément «interdit» toute ouverture de nouvelles zones d’extraction de sables et «privilégie si les besoins le nécessitent l’ouverture de carrières de roche massive» à la condition de proposer des mesures de restauration après exploitation.

Mais c’est dans le SCOT voisin du pays toulousain que l’on trouve des éléments intéressants.

Le document pose clairement des limites en terme d’hectares.

Les élus ont établi un plafond maximum de terres qiu pourront être consommées par les gravières de 240 hectares (ou une moyenne de production de 6,8 millions de tonnes par an) de 2010 à 2020, puis de 340 hectares pour la décennie 2020-2030. Ces surfaces représentent 22% de l’objectif global de consommation des terres fixé par le Scot.

Le document limite en effet à 2610 hectares la consommation de terres agricoles (pour 2010-2030): 1545 ha pour l’habitat, 310 pour les zones d’activités économiques, 55 pour les zones mixtes et commerciales, 120 ha pour les équipements, et 580 pour les gravières.

Il met aussi en place un système de zonage, avec des espaces dits de «maillages écologiques», où la construction de gravières sera tout simplement proscrit.

Et en Ariège?

Il est encore trop tôt pour savoir quels outils utiliseront les élus ariégeois dans le cadre du SCOT, où l’on explique pour le moment qu’il «n’y a pas de position tranchée» quand «les élus sont conscients que la demande de granulats est importante sur les territoires»

La question des gravières n’est pas la seule question que les élus auront à traiter, «sur les 58 communes (des 98 du SCOT) qui ont un plan d’urbanisme, sur 2100 hectares potentiellement urbanisables: 1250 sont à vocation résidentielle et 850 concernent des zones d’activités économiques.

C’est ça le véritable cheval de bataille du SCOT: inventer une nouvelle manière de vivre et d’habiter le territoire
»

Le travail vient juste de démarrer et «les élus sont en attente des conclusions du futur schéma départemental des carrières. Ce sera en tout cas un travail de partenariat entre les élus, les carriers, les services de l’Etat, les associations écologistes, etc.»

Le contenu du futur «schéma départemental des carrières» sera sans doute déterminant (modifié en 2009 au grand dam des associations écologistes, il doit être revu d’ici 2013). Ce document contient déjà un système de zonages.

Il y a des zones en rouge dans lesquelles tout nouveau projet de carrière est interdit, exception faite pour le renouvellement des autorisations et l’extension limitée des carrières existantes.

Les zones oranges sont les zones à contraintes avérées, dans lesquelles les projets d’implantation ou d’extension de carrières devront être examinés de façon très détaillée, au regard des intérêts environnementaux.

Les zones de libres contraintes sont en blanc (les projets d’implantation sont examinés au regard des normes standard nationales).


Le monde agricole attend beaucoup des élus

Les premières réunions où le monde agricole a pu s’exprimer dans le cadre du SCOT viennent d’avoir lieu.

Jean Mistou, agriculteur installé à Saverdun, y a participé, «sur notre canton, on en est à un rythme de consommation de 12 hectares par an et on a bien peur que quand l’activité économique sur Toulouse reprendra, on passe à 20 hectares»

Jean Mistou n’est pas opposé à toutes activités d’extraction, mais il souhaite que celles-ci soient sérieusement freinées, «cela met à mal la coopérative agricole, le réseau d’irrigation, mais aussi l’installation de jeunes agriculteurs.

On aimerait qu’à travers le SCOT, les élus nous aident pour limiter cette fuite en avant
»

Selon l’agriculteur, la prise de conscience est faite, «à la commission départementale des carrières, le représentant des maires et le représentant du Conseil général sont bien conscients du problème.

Maintenant, vous savez ce qu’est le pouvoir de l’argent: infléchir les façons de faire des carriers qui sont pour la plupart des groupes nationaux, c’est très difficile
»

Et de conclure, «les élus incarnent le seul levier qui pourrait freiner un petit peu les envies des carriers»

Pour que les intentions se transforment en mesures concrètes...
actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 19/04/2012 | 18:29 | Lu: 21705 fois