Le «Bétonnage» des Terres Agricoles: une fatalité?
19/07/2011 | 18:39
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En France, l’équivalent d’un département disparaît tous les dix ans, absorbé par l’urbanisme.

A ce rythme, l’autosuffisance alimentaire de la France pourrait être menacée d’ici 2050...

Le constat a de quoi donner le vertige. Et l’Ariège n’échappe pas à la règle.

Surtout la Basse-Ariège qui, aux portes de la métropole toulousaine, se prépare à une importante augmentation de sa population dans les années à venir.

Urbanisation croissante, gravières, parcs photovoltaïques au sol, extensions de Zone d’Activités Economiques: nombreuses sont les pressions exercées sur les terres cultivées (ou cultivables) qui disparaissent au pas de course.

De quoi inquiéter largement le monde agricole (qui occupe la moitié du département).

Mais aussi poser des questions paysagères (à quoi ressemblera le territoire dans quelques années?), et environnementales (conséquences de l’artificialisation des sols, etc.).

Une Urbanisation galopante

En rapportant la consommation foncière au gain d’habitant, il faut savoir qu’un habitant supplémentaire consomme près de 700 m².

C’est deux fois plus que la moyenne régionale (sachant que cette surface consommée progresse plus vite que la population elle même).

Sur le territoire du SCOT* (Schéma de Cohérence Territoriale), plus de 660 hectares ont été consommés à destination de l’urbanisation entre 1999 et 2006 (soit une moyenne de près de 94 hectares par an).

Et ce pour répondre à l’arrivée de 9400 nouveaux habitants sur la période.

Autre chiffre éloquent: toujours sur le territoire du SCOT, la consommation moyenne par logement était de 1200 m² en 2006, soit près de 2 fois la moyenne régionale.

Et cette problématique réapparaît régulièrement dans le débat départemental. Dès 2008, un «Guide de l’urbanisme durable» a été rédigé en Ariège.

Il conclut (entre autres) qu’il faut «limiter l’étalement urbain», «conforter la centralité des centres-bourgs» ou encore «limiter le mitage»

Ainsi, l’hégémonie des pavillons neufs (isolés sur de grandes parcelles) que l’on voit fleurir aux abords de certaines communes est en quelque sorte le contraire de ce qu’il faut faire.

Avec un modèle d’urbanisme qui entraîne une surconsommation de terres, d’énergie, de réseaux, de déplacements; sans prendre en compte la mixité sociale et générationnelle, et mettant à mal l’importance du lien social. Le contraire d’un urbanisme «durable»...

A qui la faute?

S’il y avait un seul responsable, les choses seraient trop simples.

Principale contradiction du monde agricole: il y a souvent, derrière la vente d’une parcelle agricole, un agriculteur qui vend ses terres (entre 1999 et 2009, le prix des terrains constructibles a augmenté de 189%). La responsabilité n’incombe donc pas qu’aux pouvoirs publics.

Même si ce sont les communes qui (dans leur Plan local d’Urbanisme ou PLU) décident de leurs grandes orientations en matière d’aménagements.

Et certaines ont plus ou moins le réflexe d’associer le monde agricole à leurs réflexions selon François Toulis (président de la chambre d’agriculture de l’Ariège), «certaines communes le font. D’autres pas. Cela dépend aussi de la sensibilité du Cabinet d’études qui est choisi»

Ajouter à cela les intérêts économiques d’agrandir une Zone d’Activité, d’installer un parc photovoltaïque au sol ou d’exploiter des gravats en carrières... et on se retrouve avec une multitude de projets sans lien les uns avec les autres mais qui ont une conséquence commune: celle de grignoter toujours plus de terres.

D’où le manque de concertation qui est régulièrement dénoncé.

Sortir la tête du Guidon?

Le département place aujourd’hui ses espoirs dans un nouvel outil: le SCOT (ou Schéma de Cohérence Territoriale), qui devrait permettre de prendre un peu de hauteur.

Un «SCOT», encore une nouvelle structure qui peut paraître un peu trop technique à première vue.

Mais c’est surtout un document de référence qui permettra d’accorder le territoire sur les questions d’urbanisation, d’habitat, de déplacements, d’activités économiques.

Concrètement, il donnera de grandes orientations à respecter. A terme, ce devrait être un outil qui permettra d’engager une réflexion globale, afin d’éviter que chaque municipalité ne fasse sa tambouille dans son coin.

Si le travail est lancé depuis un an environ, c’est en 2014 que le Schéma sera approuvé. Et en 2017 qu’il deviendra opposable aux autres Plans d’Urbanisme (voir notre article du 13/05/11).

«Si on avait fait ce travail il y a 15 ans, on aurait pu éviter de nombreuses erreurs !» regrette aujourd’hui Roger Sicre (président du syndicat mixte du SCOT de la vallée d’Ariège), convaincu néanmoins qu’il est possible de trouver un équilibre entre les différents enjeux.

Dans des ateliers, les discussions ont déjà commencé, «il faut protéger l’activité agricole. Mais en même temps, un territoire qui n’a pas un développement économique fort n’a pas d’avenir»

Et d’ajouter, «on peut trouver des moyens de cohabitation qui nous permettent de tirer tout le monde vers le haut. Avec un développement réel mais maîtrisé de l’ensemble des activités»

Le travail autour du SCOT est actuellement dans une phase de «diagnostic»

Les choses se compliqueront sûrement quand viendra le temps de devenir un peu plus contraignant. Affaire à suivre donc.

*Le Territoire du SCOT englobe Foix, Pamiers, Varilhes, Mazères, Tarascon-sur-Ariège, Saverdun.

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 19/07/2011 | 18:39 | Lu: 12867 fois