CHIVA: une équipe pluridisciplinaire pour prendre en charge la douleur chronique des Ariégeois

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Aujourd’hui, un adulte sur cinq vit avec une douleur chronique. Migraines, rhumatismes, douleurs musculaires, maladies infectieuses, pathologies évolutives malignes… 15 millions de personnes sont concernées en France et leur vie quotidienne tourne vite au cauchemar certains jours.
Des obstacles religieux et culturels, une prise en charge récente
Dans la tradition judéo-chrétienne, la douleur a une valeur rédemptrice (pour racheter ses péchés), c’est une épreuve envoyée par Dieu… longtemps négligé (à peine quelques heures de cours en internat), la reconnaissance et le traitement de la douleur ont été tardifs en France, mais dès les années 1975-1980, la prise en charge s’est organisée.
Cet archaïsme consternant n’a commencé à évoluer qu’en 1996. Aujourd’hui, il existe un arsenal thérapeutique suffisant pour ne plus souffrir inutilement et les professionnels de santé ont désormais obligation d’évaluer et de traiter la douleur.
Lorsqu’une douleur persiste, s’avère rebelle aux traitements antalgiques usuels pendant plus de 3 à 6 mois, on parle alors de douleurs chroniques (à la différence de douleurs aigües).
Elle se définit comme un vécu, une expérience émotionnelle désagréable, handicapante dans le quotidien d’un patient souvent résigné à la subir faute de pouvoir y remédier. On dit que c’est «un phénomène perceptif neuropsychologique».
Lié à une maladie ou à une déficience, ce symptôme persistant nécessite une prise en charge particulière, car le traitement de la douleur ne peut se réduire à une prise en charge médicamenteuse.
Les patients souffrant de douleurs chroniques doivent être évalués et examinés de manière approfondie, en tenant compte de toutes les dimensions de la douleur, par des professionnels de santé habitués à ce type de prise en charge globale, à la fois somatique et psychologique.
Une consultation «douleur chronique» existe depuis 2007 au Centre Hospitalier du Val d’Ariège. Après une période de mise en sommeil, une équipe dynamique s’est constituée fin 2014 autour des docteurs Jean-Paul Villanou et Dominique Lemoine, médecins algologues (consultation le mardi et mercredi matin pour le premier et le jeudi pour le second) avec Laurent Danière, infirmier anesthésiste, Céline Davies, psychologue clinicienne, Jessica Rivola, assistante sociale et Françoise Mauger au secrétariat.
Quels sont les patients susceptibles de bénéficier d’une consultation douleur chronique?
Ces consultations s’adressent aux patients porteurs d’une pathologie évolutive maligne comme les cancers ou le SIDA, aux patients porteurs de pathologies séquellaires peu ou pas évolutives comme les lésions post-traumatiques, les pathologies rachidiennes dégénératives, les lésions nerveuses, AVC, maladies inflammatoires…
Mais également sont prises en charge les douleurs neuropathiques, les douleurs mixtes, les douleurs dysfonctionnelles (fibromyalgie) et toute douleur pouvant affecter n’importe quel patient dans n’importe quelle spécialité médicale ou chirurgicale.
«Tout patient peut être concerné un jour dans sa vie par cette maladie qu’est la douleur chronique, précise le Dr Villanou. Elle va nécessiter une évaluation minutieuse pluridisciplinaire et qui fera l’objet d’une réévaluation régulière afin d’adapter au mieux la stratégie thérapeutique».
Le premier contact téléphonique est important, il permet de réaliser une première analyse du patient et conduit à une première consultation (1h en binôme).
«La douleur chronique est souvent le reflet d’un ensemble d’évènements différents qui amènent le patient sur le chemin de la douleur (situation sociale, douleur psychologique, ressenti, interprétation… à travers notre équipe multidisciplinaire nous sommes en mesure de faire la synthèse de toutes les techniques permettant de lutter efficacement contre la douleur chronique.»
Aujourd’hui plus de 80 nouveaux patients sont passés par la consultation douleur du CHIVA et il y a une file active de rendez-vous jusqu’au mois de décembre, preuve qu’il y a une demande importante pour un service qui devrait se développer dans les années à venir.
Les patients qui viennent en consultation sont souvent dans une dynamique de parcours du combattant, ils ont intégré cette douleur quotidienne dans leur vécu, elle affecte le corps et l’esprit, elle arrive à désociabiliser (on ne sort plus, on ne travaille plus), marginaliser, enfermer le patient, un isolement sans espoir de solution… une véritable spirale du désespoir.
«La notion d’écoute et d’équipe est importante. Après l’évaluation thérapeutique, nous les rendons acteurs de leur prise en charge.»
Des professionnels de santé bien formés et à l’écoute pour une prise en charge globale
Une prise en charge non médicamenteuse comme l’indique Laurent Danière, infirmier anesthésiste qui prend en charge la douleur par une éducation thérapeutique au TENS ou neurostimulation électrique transcutanée, par des séances de magnétothérapie, des applications de patch de Qutenza ou des séances d’hypnose ericksonienne.
«Le patient a besoin d’une dynamique positive lui permettant de gérer l’anxiété, le stress (reprendre le contrôle de la situation), ne pas se laisser déborder par la douleur.
La complexité de la prise en charge c’est qu’il faut jouer sur plusieurs tableaux: le ressenti douloureux est de l’ordre du somatique et la souffrance génère un ressenti émotionnel et psychologique.»
Ici les professionnels de la consultation douleur font partie du comité de lutte contre la douleur (CLUD) qui les oblige a réaliser de manière régulière des formations au sein d’autres structures hospitalières: «en France nous avons un retard terrible, constate le Dr Villanou, on manque de pragmatisme face aux Anglo-saxons».
Pendant longtemps, les médecins ont estimé que la douleur était normale et nécessaire. Seule la pathologie méritait d’être soignée et la douleur ne servait que d’indicateur de la maladie. Un manque total de formation des médecins les a conduits à nier la souffrance, jusqu’à mépriser les patients trop douloureux en les affublant du «Syndrôme méditerranéen».
«On a longtemps préféré la politique de l’autruche, se renvoyant la balle entre chirurgiens et médecins, poursuit l’algologue.... Les gens apprécient d’être écoutés, reconnus dans leur douleur.
La confiance doit s’établir dès le premier appel téléphonique, il faut être dans l’empathie, en capacité de proposer des solutions et un suivi régulier pour aller ensemble vers des progrès significatifs.
Sur un an nous avons enregistré très peu d’échecs, il y a toujours une marge de manœuvre sur la douleur, il faut donner du temps au patient, maintenir le contact, d’où l’intérêt d’avoir une équipe stable animée d’une confiance mutuelle.»
Pour Céline Davies, psychologue (elle intervient également au sein de l’unité d’accueil des violences faites aux femmes), l’écoute est indispensable: «le relationnel compte beaucoup comme dans toute pathologie chronique. Ici nous leur renvoyons une image d’équipe, ils sont mis en confiance».
Pour en savoir plus: consultation douleur chronique au 05 61 03 33 66.
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