Dans son box, encadré de deux policiers, l'accusé, silhouette mince, visage émacié, portant moustache, barbe rase et petite queue de cheval, écoute attentivement l'enquêteur de personnalité.
Selon le témoignage de voisins, anciens employeurs ou collègues, l'homme est décrit comme «fantasque, impulsif, bagarreur, instable et épris de boisson alors qu'il devient addictif au jeu»
Ses sœurs qui ont été entendues lors de l'enquête confirment un comportement violent.
Mr Viguier, enquêteur, s'attache ensuite à tracer le parcours du prévenu: né en 1958 en Espagne, 4ème d'une fratrie de 9 enfants, l'accusé perd un de ses frères à 9 ans.
Quand il a 10 ans, sa famille immigre en France, un déchirement pour cet homme, qui parle de drame de sa vie.
En 1979, il rencontre la mère de ses enfants. Mariés, ils s'installent en Ariège en 181 et auront 5 enfants (4 filles, un fils), dont une fille mort-née.
La cadette porte d'ailleurs le prénom de cet enfant, «ne pouvant m'opposer à ma femme sur ce point, j'avais voulu qu'elle ait un second prénom»
La personnalité de l'épouse, décédée en 2006 de mort naturelle, s'invite dans le débat. Cette femme est décrite comme fragile, vulnérable; elle «tombera» dans l'alcool et tentera plusieurs fois de se suicider.
Son frère affirme qu'«elle était détruite par ce mariage, par ce macho»
Etait-elle au courant du calvaire que vivait sa fille ainée? Nul ne peut répondre à cette question. Ses filles ne le pensent pas.
Les victimes de ces abus n'ayant pas demandé l'huis-clos, les faits (souvent crus) sont alors expliqués aux jurés qui entendent l'appel au secours de la jeune fille: des sanglots dans la voix, elle demande de l'aide, elle a peur.
Les gendarmes la rassurent, ils lui disent qu'une patrouille va arriver, la jeune fille se calme petit à petit, et commence à expliquer son calvaire.
Aux enquêteurs, le soir même, elle expliquera qu'elle avait subi un viol deux ans plus tôt, de la part de son père.
Se présente à la barre le major Galy, directeur de l'enquête effectuée par la gendarmerie.
Le 22 juillet 2009 en patrouille, il est appelé au domicile parental: «nous avons trouvé une gamine en pleurs qui nous a expliqué que son père l'aurait rejointe dans sa chambre où il s'invitait dans son lit, sous ses couettes avec des gestes équivoques, lui rappelant ceux du passé.
A notre arrivée, le père était allongé dans le salon, et n'avait pas l'air étonné de voir des gendarmes chez lui, à plus de minuit»
Les gendarmes décidaient de «sécuriser» l'enfant; «nous l'avons ramenée à la brigade avant de la confier à sa sœur aînée»
Le lendemain, l'enquête débutait; les premiers interrogatoires étaient effectués, les premières constatations aussi, alors que le père était interpellé.
Le gendarme parle alors de la grande sœur: «elle n'a pas pu se confier à nous tout de suite, elle souhaitait qu'on prenne d'abord soin de sa sœur.
Ensuite, elle nous a expliqué avoir été violée à 11-12 ans. D'abord, son père l'aurait soumise à des agressions sexuelles durant de nombreuses années et ce dès l'âge de 7-8 ans»
Selon le major Galy, «elle savait quand elle allait y passer, en général après des disputes parentales.
Elle n'a rien dit pour éviter les heurts entre ses parents, elle s'est sacrifiée pour sa famille.
Il a été prouvé que sa défloraison est due à son père, elle n'avait jamais eu de rapports sexuels et a dû être obligée d'avorter vers 19 ans»
L'assistance semble tétanisée et le dégoût se lit sur les visages, lorsque le major fait mention d'«un voisin qui jouait aux jeux du bonbon avec ses petites voisines»
Dans la vie, certains ont moins de chance que d'autres...
En effet, outre les agressions de son père, la jeune femme (appelons la Natacha, par respect de son anonymat), son autre sœur et une petite voisine avaient été prises pour cible par un pervers qui «jouait aux jeux du bonbon avec elles; des jeux où elles étaient victimes d'attouchements sexuels, si ce n'est d'agressions sexuelles»
C'est à ce moment là que l'enfant se rend compte que son père la martyrise aussi, quand elle comprend (au vu des réactions de sa mère apprenant cela) que tout ceci n'est pas normal.
A 17 ans maintenant, au lycée, la jeune sœur se présente à la barre pour témoigner, expliquer:
«A l'âge de 12 ans, un soir de 2007, il est venu dans ma chambre et m'a dit que j'avais été méchante, pas sage, qu'il fallait qu'il me punisse. Il m'a violé et a rajouté que cela se reproduirait souvent.
Le lendemain, il s'en voulait, m'a demandé de n'en parler à personne; il a mis ça sur le compte de l'alcool et des cachets ... je l'ai cru»
«Pourquoi ne pas en avoir parlé ?» interroge Corinne Chassagne, la présidente du tribunal. «Il me faisait peur, il faisait peur à ma mère, un jour il avait tapé un voisin, je savais que je ne pouvais rien faire»
La jeune fille explique ensuite que durant les deux années qui ont suivi, le sujet n'avait plus été abordé et qu'il n'avait pas eu d'autres gestes déplacés avant cette nuit de 2009.
Lorsque la présidente lui demande s'il se souvient d'avoir violé sa fille, le prévenu rétorque: «je ne vais pas mettre sa parole en doute, je n'ai plus aucun souvenir»
«Il est impressionnant de voir que vous vous rappelez la température de votre bain, mais que vous ayez oublié cela» le coupe Corinne Chassagne.
Un prévenu qui souffre de troubles de la mémoire, travestissant les faits, même les plus banals, alors qu'il n'hésite pas à intervenir au sujet des dates, revenant sans cesse sur la vérité, sa vérité qu'il entend faire connaître.
«Pourquoi tu mens ?» crie la jeune fille en pleurs.
L'audience a été suspendue par la présidente du tribunal...
A la reprise, le témoin explique n'en avoir jamais parlé à ses sœurs «car j'avais peur qu'elles ne me croient pas, peur de leur réaction, je croyais être la seule»
Magalie Obis, son avocate, intervient alors: «puisque monsieur a l'air d'avoir une mémoire très sélective, j'aimerais que nous revenions sur les faits, sur votre trou noir [...] il y a du sang sur le matelas que vous retournez et vous ne voyez rien ?»
E.A explique qu'il retournait fréquemment le matelas, «j'avais le rôle de la maman, j'ai toujours été méticuleux»
La jeune fille coupe son père précisant qu'elle n'a eu ses règles qu'après le viol, «il ment sur tout! C'est juste qu'il n'assume pas son rôle de père!
Il m'avait dit qu'il n'irait pas en prison et que moi, je serai placée en famille d'accueil si ça se savait»
C'est au tour de «Natacha» de venir témoigner: «pour arriver à me construire, j'ai mis ces souvenirs aux oubliettes [...] Le jour où j'ai été violée la 1ère fois, le jour où j'ai avorté de mon père.
Je n'en ai pas parlé pendant 27 ans. Aujourd'hui, j'ai encore du mal. Un matin que j'avais 11-12 ans, j'ai eu l'impression d'avoir fait un horrible cauchemar.
J'avais du papier entre les jambes, je m'étais fait pipi dessus. J'ai commencé par laver mes affaires, j'avais peur que ma mère découvre tout ça»
La jeune femme, aînée de la fratrie, est celle qui a vécu le plus longtemps avec ses parents, avant qu'ils ne divorcent.
Elle raconte les disputes, les cris, les larmes. Quand la présidente du tribunal lui demande d'expliquer à la cour la fréquence de ces viols, Natacha répond: «ce n'était pas régulier, souvent après leurs disputes, il me réveillait et il me demandait de descendre»
Le témoignage de la jeune femme est bouleversant; le public est tétanisé, certains pleurent. Le père lui est immuable, ne manifestant aucun sentiment, ni remords.
«Un jour, la gendarmerie m'a appelée pour ma petite sœur, reprend-elle, pendant des années, j'étais persuadée qu'il ne lui avait rien fait»
En larmes, la voix chevrotante elle poursuit: «c'était le petit bijou de la famille»
Des sanglots déchirants secouent la jeune femme. Une chape d'émotion s'est abattue dans le tribunal.
La présidente du tribunal proposait à la jeune femme de s'asseoir et suspendait quelques minutes le procès.
«Je ne pouvais parler de moi, c'était elle l'important. Ensuite, j'ai tout raconté à la gendarmerie»
Pendant des années, Natacha subira ces viols; elle ne dira rien par crainte que sa famille explose, par peur d'être séparée de sa mère, de sa fratrie.
«Je ne comprenais pas que ce n'était pas moi la coupable, j'avais tellement honte. C'est lui qui m'a sacrifié»
Quand on lui demande s'il reconnaît avoir violé sa fille depuis l'âge de 11 ans, le père répond: «non. Ma fille ne dit pas la vérité, elle s'est inventée une vie qui n'est pas la sienne, malheureusement sa maman n'est pas là pour confirmer»
«Vous avez été confronté à votre fille, expliquez nous ce qu'est un bon père» questionne Corinne Chassagne.
«Cela ne s'explique pas, je pense l'avoir été, sauf quand j'ai commis l'inceste, mais elle était majeure [...] elle m'a dit, je t'attendais, j'ai peut-être mal interprété ses propos»
Témoins et experts devraient ensuite se succéder à la barre, avant les conclusions des avocats des parties civiles et le réquisitoire de l'avocat général.
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