A la reprise des assises, témoins et experts se succédaient à la barre.
Trois témoins cités par l'accusation expliquaient (assez difficilement) leur incompréhension face à ces accusations.
L'un d'eux, hôtelier en Haute Ariège soulignait: «j'ai été extrêmement surpris.
Si on l'avait accusé de meurtre, j'aurais été moins étonné... c'est énorme!»
La grande difficulté financière de la famille était évoquée et le 3ème témoin, amie de la mère défunte déclarait: «j'ai connu cette famille voici très longtemps, lui c'était quelqu'un de très macho qui n'hésitait pas à rabaisser sa femme.
Je m'étais aperçue qu'elle avait des bleus, mais elle répondait être tombée ; on aurait jamais pu imaginer cela»
Un médecin légiste confirmait l'IVG subie par l'ainée, en février 2001, mais ne peut «livrer aucune explication sur les conditions de cette grossesse»
Quant aux tâches retrouvées sur le matelas (pour le viol de la cadette), un docteur en biologie moléculaire, explique à la barre avoir relevé un seul ADN masculin, mélangé à de l'ADN féminin.
Après comparaison avec les ADN des protagonistes, le docteur affirme à la présidente du tribunal, «que la concordance génétique ne peut être mise en doute, sauf dans le cas de jumeaux monozygotes», ce qui n'est pas le cas.
Experts psychiatres ou psychologues font alors leur entrée aux assises:
«Les violences de «Natacha» ont perduré jusqu'à l'âge de 19 ans.
Ces violences contribuaient à maintenir la paix au sein de la famille» explique la psychologue, rajoutant: «de part sa soumission elle protégeait sa mère.
Se sentant fortement coupable, elle ne pouvait s'épancher.
Sa force, ce sont ses deux filles, sa petite et sa jeune sœur dont elle a obtenu la garde peu après l'arrestation du père»
La psychologue explique aux 6 jurés que ces violences ont entrainé «de graves traumatismes chez la jeune femme.
Elle se sent responsable de ce qu'a vécu sa sœur cadette ce qui entraine une grande souffrance.
L'IVG a été un événement traumatique... elle s'est sacrifiée sur l'autel de sa famille»
«Peut-on apparenter ces événements à de la torture» questionne la femme jurée.
«Tout ceci a perturbé sa vie, et l'on peut imaginer qu'il y aura des impacts» répond la psychologue qui rajoute pour expliquer son silence: «une emprise s'était instaurée au fil des années, il en a fait sa chose, son objet sexuel»
Pour l'expert il ne fait aucun doute que ce traumatisme est ancien et résulte d'une longue série de violences.
La psychologue ne cache son inquiétude pour les deux jeunes femmes.
«Pour la cadette, je sens une adolescente repliée sur elle même, sur la défensive.
Chez l'aînée, je perçois de la peur, des angoisses, une forte culpabilité de ne pas avoir su protéger sa plus jeune sœur.
Elle se sent responsable de ce qu'elle a enduré ; il s'agit là d'une vraie souffrance»
L'expert psychiatre s'avance à la barre. Il a rencontré l'accusé en décembre 2009.
Il décrit «une personnalité dyssociale, avec une certaine conscience de soi ; fier de lui même, l'accusé possède un vécu marqué par une grande instabilité socioprofessionnelle et des difficultés de relationner, ainsi que des conduites addictives au niveau de l'alcool et du jeu»
Le docteur poursuit: «il n'a pas pu expliquer les choses ; on assiste à une grande banalisation des actes incestueux, il dit que sa fille ainée était demanderesse, il aurait interrompu cette relation car ça sentait la prison. Vis à vis de la benjamine, c'est le vide total»
Au troisième jour d'audience, les avocates des parties civiles entamaient leurs conclusions.
Mais avant, l'accusé prenait la parole: «je n'ai pas su au cours de ce procès remettre notre entité familiale à sa place qui n'est pas celle qu'on lui a donné.
Je n'ai pas su dire les mots. Mes enfants sont les enfants de l'amour et cela, je n'ai pas su leur transmettre»
Avocate de la benjamine, Magalie Obis s'exprime la première: «du fait de la sincérité déchirante des victimes, du fait de la personnalité de Monsieur qui est dans la toute puissance, ce procès n'est pas ordinaire»
L'avocate décrira la perversion du père tout au long de la séparation du couple, ses attaques insidieuses, le nez fracturé d'une de ses filles.
«Monsieur s'estime bon père, mais le bon père est-ce celui qui dépense son argent au casino et en alcool?
Le bon père est-ce celui qui lui prendra ses 6000€ d'héritage à la mort de sa mère pour solder ses dettes de jeu?
Le bon père est-ce celui qui un soir de 2007 violera sa fille lui disant qu'elle n'est pas sage?
Le bon père est-ce celui qui un soir de 2009 se glissera dans son lit au prétexte de parler meubles?
Non vous n'êtes pas un bon père.
Ma cliente a eu 17 ans lundi, jour de l'ouverture du procès. Elle attendait qu'il reconnaisse ce viol qui l'a détruite, ce viol dont elle portera toujours les stigmates»
«C'est difficile de rendre la justice, une tâche qu'on sait noble, mais délicate»
Pointant du doigt l'accusé, Bernadette Subra-Suard déclare: «le bon père vous l'aurez compris, il n'est pas là»
L'avocate de «Natacha» parle ensuite de l'inceste.
«L'inceste est un crime parfait où la victime prend spontanément la place du coupable, car elle ne peut vivre sans protecteur.
L'inceste c'est des enfants piétinés.
S'ensuit un cortège de souffrances, de honte et de peur qui incitent à se taire. Ils font comment ces enfants pour se relever?
C'est lui qu'on va juger, lui qui c'est inventé durant sa détention, de brillantes études, un père travaillant dans une briqueterie familiale alors qu'il était ouvrier agricole, un couple filant le parfait amour... tout est faux dans ce qu'il nous raconte.
Ma cliente a souffert au delà de l'imaginable ; elle dit: «j'ai été comme un pansement pour ma mère», ensuite elle est tout: femme de ménage, garde d'enfants, maitresse du père... voila la vie de Natacha.
Elle l'a traversé, mais hier dans cette enceinte elle a réussi à dire: «il m'a sacrifié» - ce qui est important pour qu'elle puisse se reconstruire.
Ce matin, Natacha est arrivée disant je n'en peux plus ; nous non plus on n'en peut plus, mais il faut aller jusqu'au bout!
Je ne vois rien qui puisse atténuer la responsabilité de Monsieur.
Il laisse derrière lui un champ de ruines.
Il a détruit sa femme, lui a volé la cadette. il a détruit deux de ses filles ; il a abimé ses 2 autres enfants ; il n'a pas eu un mot»
Entourée par sa fratrie, Natacha pleure en silence ; son oncle tente de la réconforter.
Le réconfort vient (un petit peu) en entendant l'avocat général.
Ce dernier se tourne vers les enfants du prévenu et à tour de rôle, les félicite pour leur courage, leurs témoignages et l'amour se dégageant de cette fratrie.
A la cadette il affirme: «si vous n'aviez pas eu ce courage Mademoiselle, nous ne serions pas là aujourd'hui et vous n'auriez pu sauver la vie de votre ainée»
S'adressant à cette dernière: «Madame, vous êtes une réelle victime, vous avez subi des dommages considérables»
Claude Cozar s'adresse ensuite aux 6 jurés: «je suis là pour dire la parole de la société.
Le viol le plus grave est celui de la barbarie, ne pensez-vous pas Messieurs et Madame que c'est ce qu'a subi Natacha?»
Se tournant alors vers l'accusé, qui depuis le début du procès ne manifeste aucun sentiment, il rajoute: «j'ai essayé de vous trouver un trait de caractère qui vous rende plus humain - je n'en ai pas trouvé, je doute que vous ayez des remords.
Vous dites avoir des larmes intérieures.
J'ai été ému en entendant vos filles, vous êtes un père indigne et je pense que vous devez subir une peine importante»
L'avocat général requérait une peine de 15 ans de prison, dont 2/3 incompressibles.
A la défense, Maitre Maissonnier-Cazottes entamait à son tour sa plaidoirie.
«Une vérité complexe, morcelée, il est difficile de se faire une conviction avec ces éléments épars»
L'avocat parle de son client: «il a su vous dire que les mots ne venaient pas, il a reconnu ses fautes, ses insuffisances.
Sa seule demande était qu'on l'écoute sincèrement. Je comprends les colères, la peine ; quand la parole se libère elle n'a sans doute pas la commune mesure ; il faut se garder des images sans nuances.
Mon rôle ici est d'être le grain de sable qui freinera le mécanisme, qui vous fera vous interroger»
Me Maissonnier-Cazottes terminait sa plaidoirie en revenant sur la peine incompressible: «j'aurai rempli ma mission si vous pouvez penser qu'il n'est pas l'être abject qu'on a voulu vous présenter.
J'espère que la peine que vous allez lui infliger ne fermera pas définitivement la porte de l'espoir»
Avant que le jury ne sorte délibérer, Corinne Chassagne, présidente du tribunal, donnait une dernière fois la parole à l'accusé: «avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense?»
Pour la première fois au cours de ce douloureux procès, l'accusé manifestait ses sentiments, sa voix tremblait quand il déclarait: «maintenant que les débats sont clos, et pour ne pas nourrir de regrets, je voudrai me tourner vers mes enfants, pas pour leur demander pardon, car je ne suis pas pardonnable, mais pour vous dire que j'ai compris votre souffrance.
J'ai vu votre désarroi.
Je voudrai vous dire qu'on ne peut pas tout oublier, mais qu'il faut oublier pour vivre, vous dire que même si je vous ai fait du mal, je vous aime»
Après presque 3 heures de délibération, sur la foi de leur intime conviction, les 5 hommes et 1 femme composant le jury déclaraient l'accusé coupable d'avoir: «en tout état de cause, commis des actes de pénétrations sexuelles, et des atteintes sexuelles»
Le jury outrepassait la peine requise par l'avocat général.
L'accusé était condamné à 17 ans de réclusion criminelle, assortis d'un suivi socio-judiciaire de 5 ans à sa sortie (à défaut il encourt une peine de 3 ans d'emprisonnement), avec obligation de soins.
De plus, E.A sera inscrit au registre national des délinquants sexuels et devra verser les sommes de 20.000€ à sa fille cadette, 30.000€ à «Natacha», ainsi que 2000€ de frais.
«Encore un moment fort en émotion pour nos clientes» soulignait Me Subra-Suard, alors que Jean Marie Maissonnier-Cazottes nous confiait: «je ne peux vous dire ce que compte faire Mr E.A»
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