accueil  |  ariège   |  france

Usine Péchiney d'Auzat: 10 ans après sa fermeture le souvenir de l'alu est bien présent

© midinews 2013

Le 19 mars 2003 à 16h25, l’annonce brutale de la fermeture de l’usine Péchiney d’Auzat est tombée comme un couperet.

Après l’émotion, la douleur, la vie continue. Beaucoup sont partis, d’autres sont venus et se sont installés dans la vallée.

Une vallée portant encore les stigmates de 100 ans d’aluminium, qui veut tourner la page, penser à son avenir, sans pour autant oublier les riches heures de son passé industriel.

Les anciens se souviennent

Dix ans après la fermeture de l’usine Péchiney d’Auzat, le passé se conjugue toujours avec le présent: de la maison des patrimoines au chemin de l’aluminium en passant pas l’hôtel d’entreprises à l’emplacement de l’usine ou les anciens logements ouvriers, le souvenir est encore vivace et les anciens sont là pour réaliser l’indispensable devoir de mémoire.

Que ce soit l’association des anciens de Péchiney (présidée par Emile Lalla) ou Emile Cassé, un ancien de Péchiney qui depuis de longues années collecte documents et témoignages.

Nous l’avons rencontré à la maison des patrimoines d’Auzat à la veille de la projection du film qu’il a réalisé*.

Emile, le plus jeune d’une famille de dix enfants, se souvient de l’époque bénie: «toute la famille était dans l’alu… sur le site d’Auzat la première centrale a ouvert en 1906, l’usine en 1907 et un an après elle produisait déjà 600 tonnes d’aluminium.

A certaines époques, on a recensé dix nationalités différentes à Péchiney, il y avait un véritable esprit familial et d'entraide. Pour ma part j’ai été embauché en 1959 à l’entretien, puis j’ai fait mon chemin… en 1974 l’ancienne usine est rasée pour en construire une nouvelle plus moderne.

A cette époque on m’offre l’opportunité d’aller travailler à l’usine Péchiney d’Argentière dans les Alpes pour ouvrir de nouvelles cuves. Puis c’est de formations dont je m’occupe en relation avec l’enseignement afin de permettre aux salariés de valider leurs acquis par des diplômes… les gens ne savent pas qu’ils savent et qu’ils ont de réelles compétences. Mise en place de CAP, brevets professionnels… déclinés sur les 11 sites de Péchiney mais en gardant toujours celui d’Auzat dans mon cœur.

Aujourd’hui je veux réaliser ce travail de mémoire pour les enfants, pour qu’ils se souviennent de l’alu à Auzat. Ma seule motivation c’est de sauver de l’oubli notre histoire, notre savoir-faire, notre savoir-être et rendre ainsi hommage à tous ceux et celles qui à un moment de leur vie ont participé par leur travail, leur engagement, au développement de cette belle vallée
»

Un tourisme industriel pour raviver la mémoire
L’usine d’Auzat a fermé ses portes en mars 2003. Partiellement rasée, seul un bâtiment a été conservé comme témoin d’une époque révolue.

Aujourd’hui transformé en structure à l’architecture industrielle avant-gardiste, il héberge l’hôtel d’entreprises.

Le chemin de l’aluminium, une boucle de quelques kilomètres dans le village au départ de la maison des patrimoines, comporte des machines de l’ancienne usine, des installations artistiques et une plaque d’aluminium de près de 3 mètres de haut, une des dernières fabriquées dans les Pyrénées, provenant de l’usine de Lannemezan.

Elle est installée en face de l’entrée de l’ancienne usine d’Auzat désormais transformée en plaine des sports.

«Ce ne sera jamais comme avant»
Pour Bernard Piquemal, maire d’Auzat, les souvenirs sont toujours présents: «des moments importants, difficiles, la solidarité entre les gens, la nuit, le jour, à Auzat, Toulouse ou Paris… des souvenirs difficiles, même encore aujourd’hui 10 ans après.

Pour moi cela reste le dossier le plus important de ma vie d’élu. Déjà une fermeture d’usine c’est difficile, tout raser et recommencer à zéro avec des gens qui sont toujours là et qui ont connu Péchiney. Quand on est dans le combat on ne s’en rend pas vraiment compte, le contrecoup c’est après.

C’est ce que je disais à Jean-Marc Ayrault lors de sa visite dans la vallée le mois dernier. Péchiney représentait 95% de l’emploi ici. Quand il faut repartir de rien c’est plus difficile
»

Selon l’élu, on ne remplacera jamais Péchiney. «La vallée a des atouts notamment au niveau du tourisme mais rien ne sera jamais comme avant»

*Projection du film «Dis papi raconte moi l’alu à Auzat», vendredi 31 mai à 20h30 à la maison des patrimoines (entrée gratuite).

Laurence Cabrol | 30/05/2013 - 18:30 | Lu: 25353 fois