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Le pastoralisme à travers les collections du musée Pyrénéen de Niaux: focus sur le Lérou

© midinews 2014

Collectionner c’est mettre en scène des objets pour raconter une histoire. Au musée Pyrénéen de Niaux près de 4000 objets livrent leur histoire et au-delà celle de nos ancêtres.

Des silex taillés de la Préhistoire aux outils de nos grands-parents en passant par les objets liés au pastoralisme ou à l’évocation des travaux des champs… c’est une véritable collection ethnographique constituée pendant plus de 30 ans par Max Déjean le maitre (et l’esprit) des lieux.

Infatigable collectionneur il a arpenté, l’appareil photographique en bandoulière, toutes les vallées de la haute-Ariège et du Couserans, assistant à la traite des bêtes, aux moissons ou aux scènes de labour avec araire en bois.

«C’est une vie de collectionneur et d’enquêtes dans les villages. Ici c’est un musée autarcique dans le sens où l’on n’a pas eu d’aide extérieure, nous avons fait avec les moyens du bord, ce qui explique ce petit côté inachevé, artisanal, mais aussi humain en définitive. Chaque objet a son histoire, il a été recueilli, parfois offert, donné par des gens qui l’utilisaient chez eux. On sait d’où ils viennent, rien n’est chiné, c’est de la collecte autarcique, ethnographique locale»

Loin du folklore et de l’aspect corporatif, le musée Pyrénéen est un formidable outil pédagogique où chaque objet a une histoire et participe au quotidien de nos ancêtres dont la vie dans la montagne où les vallées reculées les obligeaient à développer plusieurs activités pour survivre : le pastoralisme (soin du troupeau, transhumance, transformation du lait) la meunerie (fabrication du pain), fabrication des sabots, travail du fer… etc.

Des objets souvent modestes, mais toujours uniques comme cette cabane de berger portative ou cette armoire creusée dans le demi-tronc d’un sapin par Jean Gaston dit «Sanssou» originaire des Bordes/Arize et retrouvée dans la vallée du Ribérot.

Parmi cette collection hétéroclite, le «lérou» un récipient courbe unique au monde destiné à la fois à recueillir le lait, mais qui pouvait également sur les estives, servir de tabouret au berger. «Ce galbe si particulier permettait simplement de mieux recueillir le lait et lors de la traite, la personne s’asseyait dessus, à califourchon. L’ouverture du lérou se plaçait alors naturellement sous le pis de la bête. Malgré cette courbure, le lérou a un fond plat : il se pose aisément, quelque soit le terrain»

Le lérou un véritable objet d’art
Un objet aux formes très contemporaines qui en fait aujourd’hui un objet d’art que les collectionneurs s’arrachent dans les ventes aux enchères : «Le dernier lérou courbe vendu aux enchères a atteint les 3000 euros» poursuit Max Déjean intarissable s’agissant de ses collections.

«Celui-ci a appartenu à Pierre Estèbe qui l’utilisait dans la montagne de Guzet. La technique du tronc évidé se retrouve un peu partout dans le monde (les barattes droites de l’Himalaya), mais la forme courbe, on ne la trouve qu’en Ariège. En Couserans les mémés l’appellent le chaudron de sorcière. Il suffit de couper un sapin a bonne hauteur, on attend 20 à 30 ans que le cœur de la souche pourrisse.

Pour accélérer le processus, les anciens ajoutaient un peu de purin sur le haut de la souche. Cette technique favorise, parait-il, la création de cette loupe, ce crêpe qui fait sa beauté et sa solidité aussi. Dans le haut-Vicdessos on appelle ces récipients Cubeilho ou Sancho et en Couserans lérou ou petite lére, bref un seau à traire
»

Aujourd’hui il reste assez peu de lérous dans les familles et les plus beaux spécimens sont devenus des objets de musée, certains sont décorés ou monogrammés aux initiales du propriétaire.

«Dans nos investigations nous nous sommes assez rapidement rendus compte que chaque famille possédait un lérou, une baratte ou un moule à beurre et que chaque objet était unique donc différent de la maison d’à côté, d’une vallée à l’autre… on est tenté d’accumuler, il nous a fallu plus de 30 ans pour avoir une collection aussi aboutie. L’écrivain Georges Coulonge était un de mes amis, il m’a dit un jour : c’est la misère de tes ancêtres qui fait la richesse de ton musée. Aujourd’hui après toutes ces années, je me rends compte qu’il avait raison»

Musée Pyrénéen de Niaux
Tél. : 05 61 05 88 36

Laurence Cabrol | 30/10/2014 - 18:42 | Lu: 28539 fois