Foix: «qui étaient les fusillés de la Première Guerre Mondiale? », une conférence d'Éric Viot

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À la veille du 11 novembre, jour de commémoration de l’Armistice de 1918, on reparle de ces fusillés pour l’exemple de la Grande Guerre, faut-il les réhabiliter?
En 1914, la France bat en retraite et Foch prend des mesures désespérées «les fuyards doivent être recherchés et passés par les armes». L’essentiel des exécutions va avoir lieu au début de la guerre. Beaucoup sont injustes, ce sont appelés tirés au sort parmi ceux qui ont reculé devant l’armée allemande.
«Car nous sommes tous condamnés, nous sommes les sacrifiés» la chanson de Craonne récemment popularisée par le cinéma rappelle en termes forts les sentiments éprouvés par les soldats confrontés aux offensives meurtrières, entre le déluge de feu des bombardements, la confusion des assauts, les gaz, les rafales des balles ennemies, la violence des combats.
Cette chanson dans l’univers mémoriel collectif est devenue indissociable des évènements du printemps 1917, de l’offensive du chemin des dames, des mutineries qui ont succédé.
Près de 700 soldats français sont passés par les armes pendant la guerre de 14/18. La peine capitale, voilà ce que prévoyait le code militaire pour abandon de poste en présence de l’ennemi, refus d’obéissance, voie de fait sur un supérieur, révolte... le législateur prévoit des conseils de guerre réduits, trois juges, une volonté accusatoire, la suppression des garanties de défense.
Des la fin de la guerre des associations d’anciens combattants demandent la réhabilitation de ces soldats «morts non pas pour la France, mais par la France».
En 1988, Lionel Jospin, alors Premier ministre, sur le chemin des dames à Craonne, parle des condamnés suite aux mutineries du Chemin des Dames, comme «des fusillés pour l’exemple au nom d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats…» Il en appelle à leur réintégration complète «dans la mémoire collective nationale».
François Hollande a décidé de faire de la Grande Guerre un «événement majeur» de son quinquennat. Il devra répondre au sort réservé à tous ces soldats français fusillés entre 1914 et 1918 après avoir été condamnés par la justice militaire pour désertion, refus d’obéissance, espionnage ou crime de droit commun.
Pour arrêter sa décision, le chef de l’État pourra s’appuyer sur le rapport d’Antoine Prost, président du conseil scientifique de la Mission du Centenaire. Plusieurs possibilités s’offrent à lui. Première option: ne rien ajouter à ce qui a été dit. Aujourd’hui note le rapport «la réintégration des fusillés dans la mémoire nationale est largement accomplie».
«Réhabiliter est un acte juridique qui annule un jugement, indique Antoine Prost. La Ligue des Droits de l’Homme est pour une réhabilitation au cas par cas ; la Libre Pensée, pour la réhabilitation en bloc. Mais au cas par cas, ce n’est plus possible, car 20 % des dossiers ont disparu.
Même quand on a le dossier, c’est difficile de se faire une idée 100 ans après. Quant à la réhabilitation en bloc, elle pose des problèmes aussi: parmi les condamnés, il y avait les auteurs de crimes de droit commun en temps de guerre. Celui qui tue un camarade après une rixe dans un bistrot n’a pas à être réhabilité. Il y a aussi le problème des espions…»
Une dernière bataille pour l’homme
Ce n’est pas la «grande» Histoire, celle des batailles de Nivelle, Foch, Joffre, Pétain ou d’autres personnages illustres, mais c’est de Georges, François, Arsene et leurs camarades qui alimentent les listes gravées dans la pierre des monuments aux morts.
Eric Viot, membre d’une association de recherches et études historiques sur la vie des Bretons pendant la Grande Guerre, est passionné par cette période et en particulier par le quotidien des Poilus pendant ce conflit.
En 2004, il édite un premier ouvrage «Soldats manceaux pendant la Grande Guerre » qui est un monument à la mémoire des centaines de Manceaux morts pendant la Grande Guerre. Cet ouvrage est le fruit de nombreuses années de recherche.
Ensuite « les blessures de l’âme», à mi-chemin entre le roman et le journal intime, présente le quotidien d’un instituteur pacifiste engagé dans cette «boucherie» que fut la Première Guerre mondiale et qui, blessé dans son âme, ne sera plus jamais le même. D’une lecture aisée, il se veut accessible au plus grand nombre et prend racine dans une documentation solide et manifeste sur ce conflit.
«J’ai voulu aborder dans ce roman des sujets qui me révoltent et mettre en avant le fait que bien souvent des vies auraient pu être épargnées: nos généraux ont consommé sans modération dans des offensives suicidaires, des milliers d’hommes sont morts sur le terrain par manque de soins, d’autres ont été exécutés juste pour l’exemple…
Au travers de cet ouvrage, on croise des hommes victimes de ces parodies de procès, bien souvent des hommes courageux qui un moment donné ont dit non à la folie d’une poignée de généraux aussi avides de promotions que désintéressés quant à la survie de leurs hommes».
La Fédération de la Libre Pensée ariégeoise mène depuis la fin des années 90 une bataille pour réhabiliter des fusillés pour l’exemple, car parmi plus de 650 fusillés, 5 sont originaires de l’Ariège.
«Un siècle après, il est indigne des pouvoirs publics de chercher quelque argutie pour refuser de redonner leur dignité à ces cinq fusillés comme aux autres fusillés pour l’exemple, explique
Luc Thomann, secrétaire administratif de la LP09
Après la dérobade du Président de la République, poursuit le militant, c’est le Sénat qui a refusé un projet de loi allant dans le sens de la réhabilitation. Pour la Libre Pensée, il est inquiétant pour l’avenir de la République de voir le pouvoir politique céder face aux militaristes comme c’est le cas actuellement.
Cependant, conscient que 2 conseils régionaux, 15 conseils généraux (dont celui de l’Ariège), des conseils municipaux se prononcent pour la réhabilitation collective, conscient que l’opinion publique y est majoritairement favorable, la Libre Pensée ne renonce pas à la réhabilitation par la République, si ce n’est par son Président».
Éric Viot sera l’invite de la Libre Pensée de l’Ariège pour une conférence sur les fusillés pour l’exemple 1914/1918 en prélude au rassemblement organisé comme tous les ans à 15 h à Saint-Ybars le 11 novembre.
Conférence d’Eric Viot lundi 10 novembre à 20 h 45 Espace Olivier Carol à Foix (entrée libre)
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