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Journées du Patrimoine: coup de projecteur sur L'Adoration des Mages à Pamiers

© midinews 2013

Le Patrimoine était en fête ce week-end. De nombreuses propositions pour tous les amoureux de vieilles pierres ou plus largement pour tous les curieux désireux de partager des moments privilégiés.

Ainsi en la cathédrale Saint Antonin de Pamiers, où pendant deux jours, restauratrices de tableaux et historiennes de l'art se sont relayées au chevet de l'Adoration des Mages, un tableau baroque du peintre frère André, classé au titre des monuments historiques en 1908 et dont la restauration vient de s'achever.

Depuis les années 90, les quatre tableaux de ce peintre dominicain du XVIIe siècle conservés dans la cathédrale ont fait l'objet de campagnes de restauration entreprises par la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Midi-Pyrénées (DRAC). Les travaux entrepris furent complexes en raison de la taille monumentale des œuvres, de leur emplacement (dans les transepts) et surtout de leur état de dégradation.
«L'adoration des Mages», une restauration exemplaireAprès consultation, c'est l'atelier de Florence Meyerfeld et de Jérôme Ruiz, tous deux diplômés de l'Institut National du Patrimoine, installés à Jauzes (31), qui a été retenu pour la restauration de la toile.

L'entreprise Malbrel de Capdenac (46) est intervenue pour les travaux d'ébénisterie, de décrochage et de repose ainsi que Sophie Nicolas, spécialisée dans la restauration de cadres anciens installée à Gaillac (81).

Samedi, Audrey Velilla et Sandra Abreu, restauratrices de peintures de chevalet qui sont intervenues sur la restauration de L'Adoration des Berger dans l’atelier haut-garonnais ont présenté les différentes étapes de ces travaux: en 2007 tout d’abord en commençant par une opération de «nettoyage» réalisée in situ, consistant à enlever l'ensemble des couches de vernis, les repeints puis les mastics débordants.

Les restauratrices ont ainsi pu avoir une vision réelle de l'état de conservation: déformations, le tableau était affaissé et comportait «un ventre» dans la partie basse, nombreux trous et déchirures anciennement et grossièrement restaurés, peinture sous les repeints très usée et lacunaire, notamment vers les bords latéraux.
Une restauration sur plusieurs annéesEn 2009, la toile a été décrochée, démontée de son châssis, roulée et emportée à l'atelier. L'épaisse couche de colle présente sur l'ensemble du revers et qui rendait la toile rigide et cassante a été enlevée.

Les restaurateurs ont dû reprendre les déformations par l'intermédiaire de l'humidité et de la pression, refermer les déchirures en collant les lèvres bord à bord et incruster des morceaux de toile dans les lacunes. Les bords sont également consolidés.

Des bandes sont collées sur les bords pour permettre la mise en tension sur le nouveau châssis en aluminium. Une toile de doublage aveugle est tendue au préalable pour servir de soutien à la toile originale devenue assez fragile et cassante.

La toile de l'Adoration de Mages est enfin tendue sur son nouveau châssis. Vient ensuite l'opération de masticage effectuée sur l'ensemble des lacunes (un mastic rouge, couleur originale de la préparation). Le tableau est verni avec un produit à base de résine naturelle. Cette opération permet de satiner l'ensemble.

Cette même année, l'entreprise Malbrel restaure les boiseries des confessionnaux placés dans la chapelle où le tableau de frère André est normalement accroché.

Enfin en juin 2013, le tableau est à nouveau démonté et roulé dans l'atelier de restauration afin d'être ramené dans la cathédrale où il est remonté sur son châssis, encadré, avant d'être raccroché sur le mur de la chapelle par une équipe de cinq restaurateurs.

Aujourd’hui l’œuvre du peintre frère André a retrouvé sa place après avoir livré ses secrets et de nombreux visiteurs sont venus l’admirer le week-end dernier. Le tableau est visible aux heures d’ouverture de la cathédrale.


Les toiles appaméennes de frère André

Quatre tableaux sont conservés à la cathédrale Saint-Antonin de Pamiers: l’Adoration des Mages, La naissance du Sauveur, Jésus chassant les marchands du temple, Saint Louis recevant la couronne d’épine.

Les conditions de la commande de ces toiles ne sont pas attestées mais il est certain qu’elles sont en place dans la cathédrale avant 1850.

Cependant une des peintures livre un indice: le visage de l’évêque Jean-Baptiste de Verthamon, évêque de Pamiers de 1693 à 1735, est figuré au centre de l’œuvre Saint Louis recevant la couronne d’épine.

Dans une autre version de cette scène conservée à Paris, on ne retrouve pas le visage de l’évêque, cela ne fait que confirmer la théorie des divers auteur, à savoir que les toiles ont bien été commandées pour la ville de Pamiers.
Laurence Cabrol | 16/09/2013 - 18:50 | Lu: 18747 fois