Les 6e Rencontres Prayolaises nous invitent à «ouvrir les boîtes de la mémoire»
«Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur»
Un adage emprunté à Churchill mais que l’association Prayols Résistance, Mémoire et Fraternité (PRMF) décline depuis une dizaine d’années en organisant régulièrement (tous les deux ans) les désormais fameuses Rencontres Prayolaises.
Au départ, l’objectif était modeste, il s’agissait de sensibiliser les habitants de Prayols (une petite commune du pays de Foix) au monument national des guérilléros, implanté au cœur du village.
Mais peu à peu, au fil des années, la manifestation grâce à l’implication des bénévoles s’est enrichie et développée autour de l’indispensable devoir de mémoire.
10 ans d’un investissement sans faille des membres de l’association PRMFLe 20 août 1944. Les guérilleros espagnols et les Forces françaises intérieures (FFI) viennent de libérer la cité comtale. Mais c’est à Prayols, et non à Foix, qu’ils vont combattre un contingent allemand de 300 soldats, arrivés par la frontière andorrane. Prayols devient ainsi un des lieux phares de la libération de l’Ariège.
Janine Pascal ne peut résolument pas l’oublier, elle qui à 4 ans entendait de la maison de ses grands-parents siffler les balles. Aujourd’hui l’ancienne principale du collège de Vicdessos est à la retraite et elle s’investit dans l’association qu’elle préside, ayant à cœur de valoriser son village et les évènements historiques qu’il a vécus.
Depuis 10 ans et la création de l’association, elle souhaite faire revivre ces moments douloureux mais qui lui ont aussi permis de se construire en tant que citoyenne et qu’elle souhaite désormais transmettre aux jeunes générations.
Cette année c’est sur le thème «Ouvrons les boîtes de la mémoire» que s’inscrivent ces journées de réflexion et de souvenir: «ces jeunes viennent pour le devoir de mémoire mais pas seulement, ils apportent sur le site un hommage aux guérilleros comme ce matin les collégiens du Mas d’Azil qui ont voulu leur rendre hommage en interprétant le Chant des partisans» indique Janine Pascal.
«Je pense que la mobilisation de ces jeunes qui vivent ici est porteuse d’espoir. Ce sont eux qui véhiculent les valeurs républicaines et celles que nous essayons de promouvoir par nos actions»
Près de 400 jeunes attendus pour la 6e édition des Rencontres PrayolaisesJacques Morell, cheville ouvrière de l’association, recevait ce mardi sur site 80 collégiens… «l’appui de l’Inspection Académique est fondamental pour ce travail de mémoire. Toutes les instances de l’éducation Nationale se sont mobilisées pour accueillir près de 400 élèves, du primaire au lycée.
Les élèves de BTS Tourisme du Lycée de Foix assurent les visites au monument de la résistance et sur le site de la bataille de Prayols, c’est une première expérience professionnelle très enrichissante pour eux»
Il est vrai que les mémoires sont multiples et variées, les organisateurs ont essayé de balayer un large champ… en effet depuis vendredi, la 6e édition des Rencontres Prayolaises a proposé plusieurs manifestations phares comme le concert de Paco Ibanès dimanche au Casino de Lavelanet ou encore lundi le café littéraire animé par Maryline Lambert avec la participation du général Roquejoffre et de Christine Rouaix des archives départementales de l’Ariège.
Une exposition autour de l’œuvre et de l’artiste Manolo Valiente (1908-1991) créateur du monument de la résistance de PrayolsCette année les organisateurs ont la chance d’accueillir, outre la traditionnelle expo-dossier présentée dans la salle des fêtes, une exposition réalisée par Eric Forcada autour de «Manolo Valiente, un artiste en camp de concentration» dans laquelle ils retracent le parcours de jeune artiste espagnol, de camps en hôpitaux militaires dans le sud de la France.
D'œuvre en œuvre, on retrouve ses bois sculptés, ses tableaux et ses cahiers remplis de poèmes et de témoignages qui donneront ensuite le recueil «Arena y Viento», reproduit intégralement dans sa première édition.
C'est un nouvel éclairage sur l'artiste en son temps qu'apportent tous les objets qui ont marqué son histoire. Selon Jacques Morell, «la boucle autour du monument est bouclée avec ce parcours hors du commun»
Manolo Valiente était peintre, sculpteur, écrivain, poète. Il est né à Séville en 1908. A l’âge de 8 ans il perd son père et ses deux sœurs. Ce sont ses grands parents qui l’élèvent dans le sud de l’Andalousie. Il fait les Beaux Art à Barcelone et l’Ecole Normale de Séville.
Mais quand la guerre d’Espagne éclate il se bat aux côtés des indépendantistes. Gravement blessé à la Bataille de Somosierra, il fuit l’avancée des troupes franquistes le 10 février 1939 et franchit la frontière. Il devient «un réfugié», et commence là un long exil entre l’hôpital militaire de Perpignan et les camps d’Argelès, Bram, Barcarès.
Durant cet internement, d’une racine, d’un galet, d’un bout de bois, de planches, Manolo Valiente a tiré de nombreuses images de la vie concentrationnaire.
C’est là qu’il écrit «Un vilain rouge dans le sud de la France» où il raconte comment après avoir franchi la frontière, il est interné dans un paysage de baraques alignées et de plages balayées par la tramontane. Il nous fait partager la vie terrible des camps.
Puis vient «Arena y Viento», poésie lyrique, tragique, émouvante, parfois humoristique, où il dit sa souffrance d’exilé et son espoir en l’homme. Il signe son œuvre «Juan de Pena». Cette œuvre est publiée à 270 exemplaires en 1949 pour le dixième anniversaire de l’ouverture de la frontière.
En 1942, il échappe à la rigueur des camps, grâce à l’intervention de son ami Henri Frère. Il s’installe à Perpignan où il écrit, peint, sculpte.
En 1954, il achète le Mas Calille à Banyuls, où il travaille dans la paix et la sérénité.
Au début des années 80, il réalise le monument de la résistance de Prayols (on peut voir une maquette dans l’exposition). Inauguré en 1982 par le ministre Alain Savary, il sera honoré quelques années plus tard par les deux chefs de l’Etat François Mitterrand et Felipe Gonzales qui lui donneront le titre de «monument national des guérilleros espagnols»
Deux ans avant sa mort, Valiente écrit en une nuit, son dernier ouvrage, testament mystique: «roman de la passion et meurtre de Saint Jean». Il meurt le 30 juin 1991 à Banyuls où il repose dans le cimetière de la ville.
Une personnalité et une œuvre a découvrir jusqu’à la fin de la semaine à Prayols.
| Programme des jours à venir La soirée de mercredi sera un peu spéciale puisque le film «Les Jours heureux» de Gilles Peret sera projeté en avant-première à 20h30 à Prayols. Ce long métrage qui revient sur la Résistance française entre mai 1943 et mars 1944 sortira ensuite en salle en novembre. Jeudi, direction Foix pour une conférence d’Henri Pena Ruiz, le philosophe humaniste, sur l’école de la République: un idéal majeur de notre temps. Elle se tiendra à 20h30 dans la salle polyvalente Isabelle-Sandy du centre culturel fuxéen. Sans oublier l’exposition de Manolo Valiente, le sculpteur du monument des guérilleros de Prayols, à voir jusqu’au 16 octobre, dans la salle de la mairie de la commune, ainsi qu’au centre culturel de Foix, les 17 et 18 octobre. |
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