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La jeunesse du Mas d'Azil et les associations de mémoire rendent hommage aux fusillés de Camarade

© midinews 2013

«Nous sommes ici aujourd'hui 70 ans après le massacre du maquis de Ponce pour rappeler que sur les corps calcinés sous ce blanc manteau de neige du 17 novembre 1943, des hommes fiers de leur engagement n'ont pas hésité à donner leur vie pour défendre la Patrie, s'opposer à l'occupant nazi et à ses collaborateurs du gouvernement de Vichy»

Ainsi a débuté le discours prononcé le dimanche 17 novembre dernier à Camarade par le Président des amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation 09, Gilbert Lazaroo, au nom des associations de mémoire de l'Ariège, à savoir ANACR 09, MRAST, Mémoire de la Résistance saverdunoise, «Prayols, Résistances, Mémoires et Fraternité» et le Musée des enfants du château de la Hille.
Hommage aux fusillés de CamaradeEn présence de Jean-Pierre Bel, Président du Sénat, du député Alain Fauré, de l'Inspecteur de circonscription Thierry Geldhof, mais aussi de nombreux élus locaux, une commémoration avait lieu ce jour pour rendre hommage aux fusillés de Camarade, ces combattants de l'ombre qui ont péri le 17 novembre 1943 dans le maquis de Ponce.

Gilbert Lazaroo revient sur le rôle des résistants ariégeois durant cette période sombre de l'histoire : «qu'ils soient FTP, brigadistes internationaux, républicains espagnols, communistes, socialistes, une idée les a guidés: libérer l'Ariège et le territoire national des armées d'occupation. L'Ariège s'est libérée elle-même avec ces hommes. La Résistance chevillée au corps, ils ont vaincu par les armes les bataillons hitlériens»

«Camarade, c'est l'histoire de la formation des maquis du Couserans au Plantaurel, une histoire de sang qui a vu la mort des partisans et qui marque au fer rouge la mémoire des hommes.

Ces hommes regroupés à Ponce, avaient porté auparavant des coups importants contre l’ennemi. Ils se déplaçaient ainsi rapidement de Rimont à Pamiers, puis au-dessus de Sentein et enfin, à Rivèrenert. Ces attaques affaiblissaient l’ennemi.

Ces maquis qui résidaient au départ autour de Rimont, annonçaient les futures attaques pour la libération de l’Ariège en 1944. Cela n’aurait pas pu se faire sans l’aide d’une grande partie des populations des alentours
»

«Camarade, c'est une histoire, aussi, de solidarité entre les paysans, qui alimentaient les maquis, les avertissaient, et ces maquisards qui aidaient aux travaux des champs»

«Cette terre nourricière qui a accueilli leurs cendres ne réclame plus vengeance après ces longues années. Ces résistants y ont péri, encerclés par l’armée nazie, supérieure en armes et en hommes et qui n’a pas fait de quartiers. Ils reposent désormais dans cette terre de gloire qui appartient à l’histoire de la Nation»
Elèves et associations de mémoire unis contre les insultes racistes proférées contre Christiane TaubiraLes élèves de l'école primaire et du collège du Mas d'Azil ont rendu hommage à chacun des fusillés de Camarade. Ils ont également voulu apporter leur soutien à Christiane Taubira, victime récemment d'insultes racistes, notamment en lui adressant un courrier.

Les associations de mémoire alertent, elles aussi, le pays d'Ariège sur les propos lancés contre la Garde des Sceaux, propos qui ont «les mêmes connotations nauséabondes que ceux lancés contre Léon Blum lors de l'arrivée au pouvoir du Front Populaire»


Le drame du 17 novembre 1943 à Camarade

Une dizaine de maquisards étaient cachés à Ponce, dans un bâtiment comportant une étable et un local d'habitation. Ils avaient des liens avec la population de la commune de Camarade: certains les ravitaillaient régulièrement, et les maquisards se rendaient souvent au chef-lieu de la commune, Lavielle, chez le cafetier-cordonnier Camille Gros.

Le 13 novembre 1943, un certain nombre de soi-disant réfractaires parcourent la commune de Camarade et prétendent vouloir rejoindre le maquis de Ponce. Deux d'entre eux se présentent chez Camille Gros et le questionnent à ce propos. Le lendemain, le cafetier raconte leur venue au maire Henri Huc, et craint avoir trop parlé... Il ne s'était pas trompé. Aujourd'hui identifiés, les faux réfractaires étaient un Allemand membre de la Gestapo et un Français de Saint-Girons, auxiliaire de la Gestapo.

Le mercredi 17 novembre, vers quatre heures du matin, des troupes allemandes occupent la commune de Camarade. Ils arrêtent Camille Gros, considéré comme le recruteur du maquis. Son fils Jean-Marie Gros et le domestique espagnol Alberto Fajardo sont arrêtés aussi et amenés par la troupe en direction du maquis de Ponce.

Michel Grankowski, qui assurait la garde, ne peut rien faire lorsqu'il s'aperçoit que la grange est entourée d'Allemands. Doté d'une mitraillette, de deux chargeurs et de trente-deux cartouches, il assiste impuissant au drame qui va se produire.

Il témoigne: «d'un groupe de soldats se détachent deux hommes. Ils se dirigent vers la porte d'entrée, poussent la porte, font des sommations. […] Une mitrailleuse se met à tirer, en bordure du toit et, ensuite, des grenades incendiaires, par la porte d'entrée restée ouverte; le feu se déclare: il y avait une réserve de bois, de la paille. Quand le plancher et le toit, minés par les flammes, s'effondrèrent, ce fut la fin»

Au total, six victimes identifiées: Roger Thevenin, dit «Alain», Jean Geraud, André Chaubet, Moïse Sigler, Jean-Marie Gros et Alberto Fajardo Luis. Un septième cadavre sera retrouvé sans qu'on puisse l'identifier.

Camille Gros sera déporté à Buchenwald. Revenu en mauvaise santé, il meurt, brisé par ces épreuves, le 9 septembre 1948.
CD | 29/11/2013 - 19:09 | Lu: 48478 fois