Immolation devant Pôle Emploi, grève de la faim, pères divorcés prêts à tout pour se faire entendre… la crise exacerbe les conflits, poussant ceux qui sont dans la précarité à des actes de révolte.
Des actes violents, spectaculaires qui ont matière à inquiéter Dominique Baudis, le Défenseur des Droits. Il avouait récemment dans les colonnes d’un quotidien national: «la vulnérabilité des citoyens rencontre aussi la brutalité de la société, la dureté des systèmes. L’application aveugle des règlements, le manque de dialogue, l’opacité et la complexité des administrations ou des organismes privés conduisent souvent à un sentiment d’indifférence, d’injustice»
Dans le département de l’Ariège, pas d’actions aussi violentes mais d’énormes difficultés pour une tranche de la population fragilisée par la crise
Depuis le mois de novembre, Jean Parra est venu en renfort aux côtés de Dominique Latrille, tous deux assurent les missions désormais élargies de délégués du défenseur des Droits.
«Depuis deux ans, le Défenseur des Droits remplace quatre institutions: le médiateur de la République qui était chargé de faire des médiations entre les particuliers et les services publics, la défenseuse des enfants, la Halde qui s’occupait de discriminations et quelque chose de plus complexe concernant le respect des règles de déontologie dans la sécurité (police, gendarmerie et police privée)… Depuis cette date nous avons à priori davantage de dossiers mais avec la crise ils se sont accrus»
Ce travail de terrain donne une image précise de la société… «on accueille, puis on analyse la recevabilité de la demande. Ensuite, on recherche des solutions et on essaie au maximum de régler les problèmes à l’amiable, d’avoir un rôle de médiation, explique Dominique Latrille. Quand ce n’est vraiment pas possible, on fait remonter les dossiers à Paris»
Mais c’est incontestablement dans le domaine de l’arbitrage entre particuliers et services publics que la demande est la plus forte: «on reçoit des gens qui ne peuvent plus payer leurs factures EDF, GDF, pour éviter les coupures on met en place un échéancier, on fait appel au fonds unique habitat géré par la DDCSPP.
Ce sont souvent de petits revenus au seuil de la précarité, des personnes seules, en majorité des femmes qui cumulent les petits boulots, il suffit d’en perdre un pour franchir la ligne rouge… avec la crise, il y a davantage de dossiers de surendettement» avoue Jean Parra qui se considère comme un «facilitateur»:
«Quand les services publics n’ont pas le temps de répondre à la personne, ils le prennent pour répondre au délégué du défenseur des Droits. Il n’y a pas seulement des cas sociaux dans nos permanences, ce sont des gens qui ne veulent pas être seuls face à leurs difficultés, nous leur apportons cette capacité de comprendre les arcanes de l’administration, de raisonner et un réseau de personnes physiques dans toutes les branches de l’administration là où ils n’ont eux accès qu’à une plateforme impersonnelle»
Concernant les enfants, Dominique Latrille a bien vu quelques dossiers sur les jeunes mineurs internés ou les mineurs étrangers isolés mais ce sont des entrées bien spécifiques prises en charge par la Ligue des Droits de l’Homme ou le Conseil général.
Quant aux parents séparés qui tentent de faire obstacle aux droits de visite de l’autre parent, il en existe mais il s’agit là davantage de problèmes de couples qui ont une incidence directe sur l’enfant qui en est victime: «l’ADS, le procureur de la république et une cellule en milieu scolaire créée par l’Inspection Académique sont là pour tenter de trouver la réponse la plus appropriée»
Les discriminations à l’embauche sont rares, «nous avons eu une discrimination liée à un problème de santé et le dysfonctionnement d’un service public pour un agriculteur ariégeois qui souhaitait s’établir à la Réunion»
Les deux délégués départementaux soulignent que les relations avec les administrations sont plus simples dans le département de l’Ariège qu’à Toulouse
«C’est beaucoup plus familial ici, les structures sont à taille humaine, nous sommes beaucoup plus accessibles qu’à Toulouse où nos confrères n’ont pas un rendez-vous avant trois mois. Ici il arrive de résoudre un problème au téléphone, nous sommes plus réactifs !»
Parmi le profil des personnes qui saisissent Dominique Latrille ou Jean Parra, de plus en plus de retraités qui ont des difficultés à boucler leurs fins de mois ou des personnes originaires de bassins d’emplois qui ne sont pas épargnés par la précarité comme celui de Lavelanet ou St Girons.
«Par contre il y a beaucoup moins de personnes qui viennent pour effacer leur contravention, nous leur conseillons pour gagner du temps d’écrire directement au procureur de la République de Rennes […] nous avons par nos actions réussi à faire avancer la règlementation notamment lors de cessions de véhicules, dès que la vente est enregistrée c’est l’acheteur qui est responsable de ses contraventions même s’il met du temps à changer sa carte grise (ce qui n’était pas le cas il y a encore peu)» précise Dominique Latrille.
«Oui nous sommes des sentinelles capables d’alerter les politiques quand il y a dysfonctionnement du système […] nous sommes une autorité totalement indépendante, nous n’avons pas de pouvoir coercitif, nous sommes neutres par définition et notre action se limite à accompagner, orienter les particuliers qui nous saisissent en essayant de résoudre leurs problèmes sans pour autant nous substituer à la justice… notre écoute est importante, il y a beaucoup de cas où effectivement l’écoute prend le pas sur l’action» indique Jean Parra.
Pour autant à ce jour deux tiers des dossiers trouvent une solution.
| Permanences des Délégués du Défenseur des Droits du département de l’Ariège -Dominique Latrille - Préfecture de Foix Jeudi toute la journée 05 61 02 10 13 -Jean Parra - Sous-préfecture de Pamiers Mardi et mercredi matin 05 61 60 97 30 |
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