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Toulouse-Foix-Latour de Carol: petits trafics entre amis dans le «train du Pastis»
13/03/2013 | 17:58
© MidiNews (archives)

La transhumance des autocars en direction des estives commerciales du Pas de la Case est un phénomène connu, subi par les automobilistes contraints de prendre leur mal en patience dans les ultimes lacets des RN 20 et 22.

Moins fameuses, les mêmes migrations quotidiennes vers l’eldorado andorran, par le rail cette fois.

La rédaction d'Ariegenews avait été interpellée sur le sujet à plusieurs reprises. Cette fois, un jeune homme, Michel*, a accepté de nous livrer son témoignage sur une sociologie pour le moins étonnante.

Michel est salarié d’une entreprise basée à Foix mais réside à Toulouse. Le train et ses vicissitudes, il connaît. Il les vit chaque jour, deux fois par jour.

Ce mardi matin, il y a foule sur la ligne Toulouse-La Tour de Carol. Des mères de familles munies de cabas à roulettes, des jeunes, des personnes plus âgées tous chargés de sacs encore vides… Les places assises sont chères pour les voyageurs abonnés. A l’intérieur la promiscuité aidant, le voyageur s’étonne de la nature de certaines discussions.

«En fait, on comprend vite que des rabatteurs bien organisés proposent à qui le souhaite de redescendre alcool ou cigarettes contre quelques euros. D’autres sont déjà bien intégrés dans ce réseau et savent ce qu’ils ont à faire. Je dois dire que la mécanique paraît bien rôdée» affirme Michel.

«D’après ce que j’ai compris, certains organisent même des convois en voiture à partir de la gare de Foix**, un aller-retour pour le Pas de la Case pour 10 € par exemple»

«Petits arrangements entre amis et en toute impunité»
Actuellement, la SNCF ne propose que deux trains le matin sur cette ligne en semaine pour cause de travaux. Le premier départ est à 6h19 et le second 6h49. Les wagons sont bondés. Des compartiments dans lesquels le contrôleur a quelques difficultés à se mouvoir et, donc, à faire son office.

Mais ce qui choque le plus Michel dans ce maelström, «c’est que parmi toute cette population, il y a des employés, des salariés qui paient leurs abonnements pour se rendre tous les jours sur leur lieux de travail, qui assistent à ces petits arrangements entre amis, en toute impunité»

Arrivée en gare de Foix. Terminus. Un vent de panique souffle à l’ouverture des portes, les voyageurs se ruent à l’extérieur pour prendre d’assaut les deux bus qui les conduiront vers les cimes.

Le retour se fera en car ou par le train du soir, les sacs remplis à bloc. Certains auront même consommé une partie de leurs achats.

«En fait, c’est comme une économie parallèle, alimentée par des réseaux organisés, qui réussit chaque semaine à trouver des «mules» pour fournir des revendeurs sur Toulouse ou ailleurs, poursuit Michel. Le quartier Arnaud-Bernard à Toulouse est d’ailleurs réputé pour être une plaque tournante de ce genre de marché développé avec le Pas. Personne ne se cache. Je me demande si les choses ne vont pas s’accentuer avec la crise… Le pire, c’est cette impression que tout le monde ferme les yeux»

Pourtant la direction régionale des Douanes est formelle: «cette ligne est étroitement surveillée à raison de 2 à 3 contrôles par semaine»
Aussi surprenant que cela puisse paraître, les marchandises saisies ne dépassent pas ou très peu les quotas autorisés (1,5l d’alcool et une cartouche et demie de cigarettes): «il y a peu de transport d’alcool, il est consommé sur place. Par contre nous découvrons beaucoup de marchandises dissimulées dans la paroi des wagons, entre les sièges ou dans les soufflets des wagons»

Quant aux cigarettes, «grâce aux titres de transports gratuits, les voyages au Pas de la Case sont plus nombreux ce qui permet de rester à la limite des quantités tolérées»

Par contre, les Douanes observent «une amplification du phénomène tous les mois entre le 2 et le 10, date à la quelle tombe le RSA. Mais la présence de personnel en uniforme permet de pacifier l’ambiance du train»

Joint par téléphone, le service de communication de la SNCF nous répond par écrit et renvoie la balle vers les services de l’Etat et la Région: «SNCF est particulièrement mobilisé afin de mettre en place les dispositions les plus pérennes possibles pour réduire les incivilités ou infractions constatées sur la ligne Toulouse – Latour de Carol.

Ce phénomène traduit un fait de société et c’est pourquoi les réponses apportées doivent être collectives et partagées avec un grand nombre d’acteurs dont la préfecture de l’Ariège, le Conseil régional Midi-Pyrénées, les services de l’État (Douanes / Police)
»

Cependant, la SNCF dans sa réponse, nous apprend qu’un «Plan d’Action concerté à été mis en place avec à sa tête la création d’un comité de pilotage réunissant l’ensemble des acteurs du sujet pour renforcer la coopération et proposer des mesures à mettre en œuvre.

A ce titre, le contrôle opérationnel en gare et dans les trains avec l’appui de forces de l’ordre est régulièrement réalisé pour contrôler les titres de transport et prévenir des situations d’ébriété.

A cela s’ajoute des réflexions sur une médiation sociale à bord des trains pour désamorcer des conflits potentiels et une campagne de prévention contre les incivilités au quotidien (tracts à bord des trains, médiation, actions en gare...)
»

Des moyens apparemment débloqués mais qui peinent à convaincre Michel.

*Le prénom a été modifié à sa demande
**Pour cause de travaux sur la voie, des autocars prennent les usagers en charge à partir de Foix

A lire également la réaction du Président de la Région Midi-Pyrénées

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 13/03/2013 | 17:58 | Lu: 34782 fois