«Le temps où le médecin avait juste besoin de son stéthoscope est révolu, faire ça aujourd’hui c’est comme si on était à poil dans la neige»
L’image ne manque pas d’humour, elle a le mérite d’exprimer clairement les profonds bouleversements que connaît la médecine générale aujourd’hui.
La cinquantaine grisonnante, Jean-Luc Rastrelli exerce son activité de médecin généraliste sur Saint-Girons depuis 30 ans maintenant.
A l’heure ou l’ARS sillonne les départements pour présenter son plan de lutte contre les déserts médicaux et recueillir les propositions, l’avis de celui qui est aussi le président de l’Ordre départemental des médecins depuis trois ans maintenant, semblait intéressant à recueillir, sur un sujet qui reste sensible.
Réintroduire des médecins, ça demande du temps et de la méthode
«Il est fini, déclare sans ambages le président de l’Ordre départemental des médecins, le temps où chaque village avait sa mairie, son curé, son café et son médecin. Les évolutions sont si importantes qu’on ne peut plus pratiquer la médecine comme avant»
«De même, avance-t-il, les jeunes médecins ont aussi d’autres aspirations, ils ne veulent plus être seuls et travailler sans relâche 70h, ils souhaitent d’autres conditions pour exercer leur activité, surtout après autant d’années d’études»
L’Ariège est bien entendu confrontée au problème du vieillissement des personnels de santé et à fortiori à celui du remplacement de générations de médecins par du sang neuf.
«On ne découvre pas ces situations seulement maintenant et ça s’anticipe. On connaît les zones où le risque de désertification médicale existe notamment Seix, Oust, Massat avec des médecins susceptibles de faire valoir dans les années à venir leurs droits à la retraite (ils sont au nombre de quatre)»
Alors, pour le responsable du conseil de l’ordre «qui s’implique depuis des années sur ce sujet», imposer 100% de stages en médecine aux internes est une bonne chose, c’est dans le vivier des étudiants en médecine qu’il faut aller chercher les médecins de demain pour ce qu’il considère être «de vraies opérations de repiquage.
On a actuellement 22 internes, sans compter les neuvièmes années ou ceux des hôpitaux, qui travaillent en Ariège. Si on n’est pas capables d’en faire rester quatre, c’est qu’on est mauvais»
D’autant, continue-t-il, qu’auparavant «on était hospitalo-centré, aujourd’hui la médecine de ville est davantage prise en considération grâce en particulier au lien ville-hôpital, fondamental»
Un autre phénomène est encourageant selon lui, «la féminisation de la médecine qui impactera le métier demain et notamment ses conditions d’exercice»
Privilégier la gouvernance locale: une bonne ordonnance
La mise en place de maisons de santé pluridisciplinaires, véritables plateformes techniques mutualisées réunissant tous les matériels et instruments pour des diagnostics et expertises nécessaires aux soins de première nécessité s’avère une excellente mesure.
Elle conforte la constitution de «véritables équipes médicales sur un même lieu (médecin, infirmier, coordonnateur de santé); le médecin n’est plus seul, il peut se déplacer. Ce sont de nouvelles formes de travail. La médecine de demain c’est tout cela.
Associé avec le développement de la télémédecine, du renforcement du lien ville hôpital, tout cela va dans le bon sens.
Faire venir à tout prix un médecin dans un petit village ne correspond plus à rien, pour le praticien. Car, il faut qu’il vive et qu’il en vive! Il faut lui offrir des conditions confortables et attractives»
A ses yeux, l’installation de Vincent Schneider est en ce sens exemplaire: «Strasbourgeois, il est venu faire son stage dans le Vicdessos. Il est tombé amoureux de la région et a choisi d’y rester»
Globalement il faut compter trois ans avant une installation définitive. Cette politique de stages commence à porter ses fruits. «La qualité de vie, les accès routiers, etc., tout contribue. Si on leur en donne les moyens, les jeunes viendront s’installer, même dans nos contrées rurales, d’où l’importance des maisons médicales réalisées ou en projet sur Mirepoix, Ax, Castillon, Seix, Oust et Massat»
L’objectif reste de maintenir et garantir un égal accès à des soins de qualité. «C’est vrai qu’on est en période de mutation, mais si on l’anticipe et si on se met à l’écoute des jeunes il n’y a aucune raison qu’ils boudent notre destination»
Jean-Luc Rastrelli reconnaît que la situation est plus complexe pour la médecine de spécialités, même s’il pense que «les maisons pluridisciplinaires» devraient permettre d’y remédier.
Egalement invité à donner son avis sur la fracture sanitaire par les coûts, notamment du fait des dépassements d’honoraires pratiqués par certaines spécialités, il réfute cette vision essentiellement urbaine, peu vérifiée en zone rurale.
Enfin, il considère d’un bon œil le développement de délégation des tâches, avec par exemple la délivrance par les pharmacies de certains médicaments sans ordonnance: «l’idée c’est d’aller dans l’intérêt du patient, si c’est bien fait et orchestré pourquoi pas» affirme-t-il.
Le fondement de toute démarche reste pour Jean-Luc Rastrelli la gouvernance locale. «Cela doit nécessairement s’inscrire dans de véritables réflexions à l’échelle d’un territoire, réunissant élus, citoyens et acteurs concernés notamment professionnels de la santé et hôpitaux, qui doivent aboutir à de vrais projets médicaux sur des bassins de santé.
On n’est pas dans le domaine marchand, rappelle-t-il, mais dans celui de la santé. C’est l’intérêt du patient qui doit primer. Lui garantir un accès facilité aux soins et la permanence d’une offre de soin de première nécessité est l’objectif primordial. Je suis optimiste»
C’est le printemps, le «repiquage» a commencé, les jeunes boutures sont nombreuses. Reste à espérer que la greffe sera réussie.
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