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La cigarette électronique fait un tabac dans le département de l'Ariège
22/03/2013 | 18:23
© MidiNews 2013

Elle a un goût de menthe, pomme, vanille, nutella ou tabac blond, on ne la grille pas, on la vapote.

Plus d’un demi-million de Français ont adopté la cigarette électronique (e-cigarette ou encore vapoteuse), une pratique «tendance» à la base plutôt urbaine qui tend à se développer dans les départements ruraux puisqu’une boutique spécialisée va bientôt voir le jour à Pamiers.

Depuis quelques mois, certains bureaux de tabac sont déjà dépositaires de ce nouvel objet «culte», comme Christophe au Tabac du Château à Foix. Il en vend une vingtaine par mois mais cela reste pour lui un produit d’appel et un phénomène de mode.

«Beaucoup de clients veulent arrêter, ils se rabattent sur ce produit de substitution, d’autres veulent ralentir et beaucoup veulent faire des économies. La cigarette électronique peut changer le comportement du fumeur mais ce n’est pas un médicament, ni un substitut au sevrage»

Laurent était un «gros fumeur», il a écouté une émission à la radio et a eu envie d’essayer la cigarette électronique
«L’effet a été immédiat, depuis samedi dernier 13h je n’ai pas touché de cigarette. C’est un produit à base de nicotine avec une batterie dotée d’une résistance. On chauffe, on aspire et le e-liquide produit de la vapeur; avec ce système pas de goudron.

C’est une solution aromatisée dont le principal composant est soit du propylène glycol, soit de la glycérine végétale, soit un mélange des deux, qui sont des additifs alimentaires courants. Bien sûr il y a une dose optionnelle de nicotine plus ou moins concentrée
»

Laurent promet qu’il va essayer de diminuer le dosage de nicotine (il peut varier selon son choix de 0,5 mg à 19 mg) et peut-être même arrêter tout court, un jour.

Même plaisir, mêmes sensations qu’avec la cigarette ordinaire mais Laurent affirme qu’avec la vapoteuse il a retrouvé son souffle en quelques jours et le goût des aliments. «Ce qui est agréable aussi c’est que les vêtements ne sentent pas le tabac froid !»

Y a-t-il un véritable danger à vapoter?
Nous avons consulté un spécialiste, le Docteur Jean-Philippe Brette, addictologue au CHIVA.

«De la nicotine à concentration diverse, du propylène glycol ou de la glycérine végétale… je ne suis ni pour ni contre. C’est un peu un objet de substitution à l’objet cigarette qui ne peut présenter un intérêt que dans une étape de sevrage de la cigarette.

C’est un peu comme les boissons sans alcool et à mon sens il s’agit d’un véritable marché de bulle en extension rapide. Le seul avantage que l’on peut trouver à la cigarette électronique c’est qu’il n’y a pas de goudron mais ce dispositif de substitution doit être envisagé sous réserve de connaître les effets à long terme du solvant utilisé.

Les personnes qui l’utilisent n’ont pas installé une rupture avec le tabac et ce qui m’ennuie avec la vapoteuse c’est que l’on retrouve les trois aspects d’une dépendance à une substance psycho-active toxicomanogène: la dépendance physique (dépendance à la nicotine), la dépendance psychique (la cigarette électronique fait plaisir, elle soulage d’une tension, d’un stress, il y a donc l’effet gratifiant du produit), la dépendance gestuelle (l’objet rappelle la cigarette, on peut l’utiliser partout)… donc on fait du surplace […]

De plus c’est aussi une machine à fric car le pharmacien chinois qui l’a mise au point en 2003 n’avait pas vocation à faire de l’altruisme
». Les choses sont claires.

«D’autant que l’on ne sait pas encore si on va qualifier la vapoteuse en médicament, c’est un produit dont on ne connaît pas les effets à long terme ou à moyen terme… on est donc encore dans le brouillard»

Un brouillard qui profite certainement aux revendeurs de ce nouveau «gadget tendance» estampillé «made in China»


Ce que l’on ne sait peut-être pas de la cigarette électronique

Dans la Lettre Tabac et Liberté de 2013, le Professeur Dautzenberg précise que «la cigarette électronique a fait l’objet de nombreuses communications qui n’ont pas permis de trancher sur l’attitude à avoir face à son introduction dans l’aide au sevrage tabagique […] elle ne peut pas être vendue en officine mais une enquête récente montre qu’elle y est présente. On ne peut pas la recommander et on ne peut pas l’interdire.

Selon l’article 564 du code général des Impôts, ces cigarettes sont assimilées aux tabacs manufacturés des cigarettes et produits à fumer
»

Cela explique peut-être ce subit intérêt des pouvoirs publics. Par contre le Pr Dautznberg met le doigt sur quelque chose de nettement plus préoccupant: «les trois quarts des 12-15 ans qui l’ont essayée à Paris n’avaient jamais fumé auparavant. Ce pourrait être alors malheureusement un produit d’initiation au tabagisme de fait que le cigarettier considèrerait alors avec un grand intérêt»

Sous son aspect sympathique et tendance, la vapoteuse serait en définitive créatrice d’un nouveau conditionnement.
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 22/03/2013 | 18:23 | Lu: 40922 fois