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Cérémonie de Juste parmi les Nations: une famille ariégeoise honorée à Pamiers

© midinews 2013

Conception Faya Blasquez est née le 30 novembre 1905 en Andalousie et est décédée le 20 mai 1979 à Pamiers.

La France après la guerre de 14-18 a la démographie languissante et fait appel à une main d’œuvre étrangère pour répondre aux besoins de l’économie.

Sa famille s’installant à Pamiers, Conception trouve sans peine du travail à la Tricoterie et son mari à l’usine de métallurgie. Ils fondent une famille de cinq enfants.

Mais la guerre ne tarde pas à apporter sa cohorte de malheurs: conduits au camp de concentration de Rivesaltes au même titre que des centaines de réfugiés espagnols, le père décède et Conception est emmenée avec ses enfants au camp de Gurs près de Pau.

Là-bas elle fait la connaissance d’Elise Mizrahi et ses deux enfants, enregistrés sous son nom de jeune fille «Moreno» pour échapper à Auschwitz et à la déportation.

Conception et ses enfants sont libérés le 26 mai 1943. Elle revient à Pamiers où malgré le danger elle accueille dans son petit appartement au 27 rue de la Sous-préfecture, Madame Mizrahi et ses deux enfants Jacques et Gisèle.

Conception n’hésite pas à franchir la ligne de démarcation pour récupérer sous de fausses identités les deux neveux de Madame Mizrahi, Régine et Maurice.

Elle enchaîne ensuite ménages et petits boulots pour que cette famille élargie (8 enfants et 2 adultes) puisse manger à sa faim jusqu’à la Libération, Angèle Faya, la fille aînée de Conception tenant souvent le rôle de seconde mère.

Ce matin, c’est en présence d’André Trigano Maire de Pamiers, qu’Israela Peri Probstein, consul d’Israël à Marseille, et le Docteur Albert Seifer, délégué régional du comité français pour Yad Vashem, ont honoré la mémoire de Conception Faya Blasquez en remettant à titre posthume la médaille et le diplôme de Juste parmi les nations à sa fille Angèle Debeaune Faya qui habite aujourd’hui Verniolle.

Une cérémonie où l’émotion était palpable et les larmes retenues avec peine à l’évocation de cette période terrible de l’occupation et de la seconde guerre mondiale
André Trigano, avec beaucoup de pudeur et d’émotion, a pris la parole. Certes il aurait pu évoquer son histoire personnelle et celle de sa famille, elle aussi contrainte à venir en zone libre et plus particulièrement dans la région de Mazères, pour échapper à l’occupant nazi et à l’administration de Vichy à sa botte, il a préféré remercier dans son allocution Mgr Saliège, évêque de Toulouse: «Il a été d’un courage extraordinaire, au péril de sa vie il a pris la parole dans les moments les plus difficiles»

Et rendre hommage à Conception Faya Blasquez à travers sa fille Angèle: «votre mère est un exemple, c’est avec naturel, c’est avec son cœur qu’elle a sauvé cette famille juive»

Enfin le maire de Pamiers est revenu à l’histoire: «1946, l’autonomie d’Israël, la liberté, les juifs ont un pays dans lequel ils vivent. Je crois à la cohabitation intelligente entre Juifs et Palestiniens.

En 1963-64 mon père a tout fait pour le rapprochement de ces deux religions. Au moment de la guerre des Six Jours il a créé un village de vacances à Hyères où il a accueilli cent enfants, 50 orphelins juifs et 50 orphelins musulmans. Il leur a dit vous êtes cousins ne l’oubliez jamais. Il n’y a qu’un Dieu c’est celui de la bonté et de la miséricorde
»

A son tour, le Dr Albert Seifer représentant du comité français pour Yad Vachem a rappelé que 3758 Justes parmi les nations de France sont reconnus à ce jour.

Conception Faya Blasquez en fait partie et à ce titre son nom sera gravé sur le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem: «si Yad Vashem a la mission de rendre hommage aux Justes parmi les Nations, sa fonction principale est d’honorer et de transmettre le souvenir des six millions de juifs exterminés ainsi que la mémoire des milliers de communautés juives anéanties»

«Quiconque sauve une vie, sauve l’Univers tout entier»
Sur la médaille remise à Angèle Debeaune Faya honorant la mémoire et le grand courage de sa mère Conception, une phrase extraite du Talmud: «Quiconque sauve une vie, sauve l’Univers tout entier»

Le Dr Seifer a indiqué qu’au cours de la seconde guerre mondiale, six millions de juifs, de 21 pays d’Europe sous domination nazie furent exterminés. En France 76 000 juifs dont 11000 enfants furent déportés. Seuls 2 550 revinrent. Aucun enfant ne se trouvait parmi eux. Toutefois, les trois quarts des juifs, en France, ont eu la vie sauve.

«Ceux qui ont survécu le doivent souvent à des hommes et des femmes, non juifs, qui n’écoutant que leur conscience, les cachèrent, les protégèrent, les sauvèrent de la mort. Célèbres ou anonymes, de tous âges et de toutes origines, de toutes appartenances religieuses et politiques et de tous milieux sociaux, ces hommes et ces femmes d’honneur avaient pour dénominateur commun le respect des valeurs morales, le rejet du fascisme et le courage d’agir malgré les risques encourus.

En leur décernant le titre de Justes parmi les Nations, la plus haute distinction civile, l’Etat d’Israël leur rend hommage. Cette médaille n’est ni une récompense, ni une décoration mais le témoignage de l’Etat d’Israël et du peuple juif
»

C’est entourée des survivants de sa grande famille élargie, qu’Angèle a pris la parole pour conclure: «ma mère était courageuse, elle a fait son devoir, nous sommes là aujourd’hui pour elle et cette reconnaissance nous va droit au cœur. Je tiens à remercier Maurice Moreno d’avoir instruit le dossier qui honore aujourd’hui notre mère. Cet instant présent a valeur éducative et morale»


Comité français pour Yad Vashem

«En honorant ceux qui ont refusé de se plier à la Fatalité de la volonté exterminatrice de l'idéologie nazie, la médaille des justes contribue à rétablir l'Histoire dans sa vérité» Simone Veil

Le 19 août 1953 est créé à Jérusalem, l'institut commémoratif des martyrs et des héros de la Shoah-Yad Vashem (il fête cette année son cinquantième anniversaire).

En 1963, une commission présidée par un juge de la cour Suprême de l'état d'Israël est alors chargée d'attribuer le titre de «Juste parmi les Nations», la plus haute distinction discernée par l'Etat hébreu, à des personnes ou leurs ayants droits qui au péril de leur vie, ont aidé des juifs persécutés par l'occupant nazi.

Au cours d'une cérémonie officielle, le représentant de l'ambassade d'Israël remet aux Justes par les Nations et à leurs ayants droits, une médaille gravée à leur nom ainsi qu'un diplôme d'honneur.

Leur nom est inscrit sur le mur d'honneur du jardin des «Justes pour les Nations» de Yad Vashem à Jérusalem.

Leurs noms sont également inscrits à Paris , dans l'allée des Justes près du mémorial de la Shoah, rue Geoffroy l'Asnié dans le 4ème arrondissement.

Plus d'informations: www.yadvashem-france.org
Laurence Cabrol | 11/04/2013 - 19:54 | Lu: 32850 fois