Depuis que le fondateur de Meetic a voulu lancer un site internet proposant de l’optique à prix cassés, les médias nationaux ainsi que l’association UFC que Choisir se sont emparés d’un sujet toujours plus brûlant depuis quelques mois au fil des actualités nouvelles, sans parler d’une monture en écaille de tortue qui a elle aussi fait couler beaucoup d’encre.
Dernièrement, l’association de consommateurs a enfoncé le clou en publiant les résultats d’une enquête de portée nationale dans laquelle elle dénonce des abus constatés dans la profession.
Une grande radio nationale mettait déjà en avant le fait que les magasins d’optique étaient devenus en nombre plus importants que les salons de coiffure ou les boulangeries, c’est dire!
De fait pour l’UFC que choisir, la moitié des Français portent des lunettes, dont il se vend 13 millions de paires par an. Il ressort également de cette enquête qu’en moyenne une paire de lunettes coûterait 470 € et que les Français dépensent 50% de plus que les habitants des autres grands pays européens, deux chiffres qui constituent en soi un record.
L’Association parle même d’un véritable problème de santé publique, quand on sait que 94% du prix des paires de lunettes sont supportés par les consommateurs et leur complémentaire santé. La sécurité sociale prenant en charge 5,8% du coût de l’optique et les mutuelles 50,5%, le reste, soit 43,7%, restant à la charge des clients.
Et l’association de consommateurs de décrier les frais fixes et autres dépenses marketing (comme la 2ème paire gratuite) qui entraîneraient un surcoût par paire de lunettes de 200 €, tandis qu’en quelques années, les points de vente se sont multipliés, avec des chiffres d’affaires insuffisants.
Un vrai service autour d’un produit médical
Gérant de deux enseignes Optic 2000 (à Saint-Girons puis plus récemment à Mane en Haute-Garonne), Patrice Abgrall a bien voulu commenter, via cette double approche urbaine et plus rurale, cette situation.
En prenant soin de s’interroger tout d’abord sur les conditions et méthodes de cette enquête, il ne souhaite pas pour autant passer pour une victime de cette «stigmatisation qui touche toute une profession»
S’il se garde de parler au nom de ses confrères ariégeois ou même haut-garonnais (seuls des syndicats nationaux représentent la profession), il reconnaît que le principal mérite de ce déchaînement est de «permettre qu’on s’intéresse davantage à la profession et à ses conditions d’exercice»
Pour lui, «parler de comparaisons sur un prix moyen de lunettes n’a pas de sens en soi dans la mesure où tout dépend de la correction du porteur, du traitement des verres, etc. C’est déjà difficile de comparer les prix en France, alors à l’échelle européenne…»
Il s’insurge aussi contre cette assertion sur les marges pratiquées. S’il admet des coefficients de 2 à 3 courants dans la profession, il met en avant «la réglementation imposée par le Sécu qui interdit le système de deuxième paire gratuite. Nous n’avons pas augmenté nos tarifs pour compenser cette deuxième paire, devenue payante.
Mes principaux prix de vente n’ont pas bougé depuis 2007, avance-t-il au nom de son enseigne. Libre ensuite à chacun de valoriser son service par un traitement spécifique, une coloration, etc.»
Il apparaît également que bien des éléments dépendent de l’opticien, chef d’entreprise mais homme (ou femme) avant tout. Et de citer la chaîne Optic 2000, qui compte 1200 opticiens regroupés au sein d’une vaste coopérative nationale sur le principe d’un homme une voix.
L’un des acteurs majeurs du secteur en France en concurrence directe avec les magasins franchisés comme ceux d’Alain Afflelou et face à une multitude d’acteurs indépendants.
«J’ai choisi d’intégrer le réseau optique solidaire à titre personnel. Je propose montures, verres ou lentilles à des publics en grande difficulté qui n’ont que la CMU et parfois moins encore»
De la même façon, il met en avant les partenariats développés avec les mutuelles et complémentaires de santé. «Celles-ci nous imposent de véritables cahiers des charges auxquels on adhère ou pas et qui ensuite s’imposent à nous. On propose du matériel de qualité à prix contenus mais on espère que le trafic généré par les clients adressés par leurs mutuelles compensera. A tout moment on peut être contrôlé par nos mutuelles partenaires»
Patrice Abgrall cite également les certifications AFNOR, reposant sur des «normes ISO drastiques» qui englobent toutes les étapes «de l’accueil du client jusqu’à la livraison d’une monture avec verres adaptés, y compris les tarifs et jusqu’aux papiers avec la réalisation du tiers-payant. C’est un service complet pour lequel nous sommes certifiés»
Séparer le bon grain de l’ivraie
«En moyenne, un opticien passe 2h15 avec un client. Plus de deux cents opérations sont nécessaires pour fabriquer une monture, précise-il par ailleurs, et pour ce qui est de notre marque nous travaillons quasi exclusivement avec des fabricants et fournisseurs français»
Avec la démultiplication des sites internet proposant de l’optique à prix cassés, il rappelle que «cela reste un produit médical où nombre d’opticiens pratiquent des examens de vue très pointus», chose que l’on ne peut faire via ces médias, «c’est la grande inconnue»
Sur internet comme dans les boutiques physiques, il reconnaît toutefois que le «métier a profondément évolué depuis 20 – 30 ans. Auparavant il n’existait que deux écoles publiques. Aujourd’hui les écoles privées se sont multipliées. En deux ans en France on peut obtenir le diplôme et beaucoup de jeunes préfèrent s’installer à leur compte plutôt que d’être salariés.
Sur Saint-Girons ou même Mane j’ai eu beaucoup de mal à recruter des collaborateurs et à les convaincre de s’installer ensuite ici. A la différence des médecins ou des pharmaciens, il n’existe pas de numérus clausus, poursuit-il, peut-être en ce sens il faudrait règlementer davantage la profession»
Un simple coup d’œil sur l’annuaire permet de constater que 34 opticiens sont référencés en Ariège toutes enseignes confondues. «Il est assez facile de s’installer et les banquiers suivent»
Sur ce point ses considérations rejoignent celles de l’UFC qui réclame un meilleur encadrement de la profession et la généralisation des réseaux de soins partant du constat que le prix baisse lorsque les assurés passent par l’opticien conseillé par leur complémentaire. Une proposition de loi à ce propos reste en souffrance au Parlement, depuis novembre 2012.
Avec ce coup de projecteur sur toute une profession peut-être les choses avanceront-elles dans le bon sens pour apporter des mesures correctrices à un secteur qui souhaite améliorer son image et sa visibilité.
Au-delà, reste un vrai problème de santé publique quand on sait par ailleurs que près d’1,3 millions de Français renoncent à tous soins optiques faute de moyens et de prises en charge suffisante.
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