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Expédition en Papouasie: «nous serons en Ariège ce week-end»
13/03/2012 | 19:18
Crédits photos et vidéo: Explos - Expédition Wowo 2012 - P. Bence

Des spéléologues ariégeois se trouvent en ce moment même en Papouasie-Nouvelle Guinée, dans le cadre de l’expédition nationale de la Fédération Française de Spéléologie.

Découvrir de nouvelles cavités, poursuivre l’exploration du secteur, tels sont les objectifs des sportifs qui vivent aussi une grande aventure humaine avec les Papous, isolés en pleine jungle.

Régulièrement, ils nous donnent des nouvelles de leurs aventures et découvertes par téléphone satellite.

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Après 7 semaines de voyage, nous serons en Ariège ce week-end!

Notre retour depuis le camp jusqu’à Kokopo a été long et... quelque peu douloureux pour les fesses et le dos!

Pour commencer en douceur, 3 h de marche pour les 15 km de descente en montagne russe jusqu’à Pomio en bord de mer.

Les Nakanaï c’est un peu comme l’Ariège: jamais plat!

Puis la traversée de la baie et l’attente à Pal Malmal du premier bateau en partance pour Kokopo.

Rabaul Shipping, la compagnie qui assurait les trajets «réguliers» entre Jacquinot Bay et Kokopo a dû faire face à un accident grave début février: l’un de ses navires a sombré dans la tempête entre Rabaul et Lae, faisant plus de cent morts.

Depuis elle a de sérieux problèmes à gérer et ses trajets sont encore moins réguliers…

Cette fois nous avons donc pris un «speed boat», une barque à fond plat de 5 m de long propulsée par un moteur de 40 ch.

5h de navigation à vue le long des côtes, dont le confort dépend à la fois de l’état de la mer, du sens de la houle, de l’habileté du pilote et de votre position sur le bateau.

Imaginez: 5 h d’auto-tamponneuse entre 20 et 30 km/h avec des chocs réguliers par en-dessous.

Un moment inoubliable. Pour nous ce fût sans conteste le moment le plus difficile de l’expédition. Comme quoi!

Puis, pour terminer, encore 2h dans la benne d’un pick-up sur une mauvaise piste histoire de bien finir le massage et la journée.

L’expédition Wowo 2012 se termine avec de beaux résultats.

Après 1 mois passé en forêt, les explorations tant post-siphon à l’aval que dans les réseaux supérieurs par des escalades font que le réseau Wowo développe maintenant plus de 20 km et devient ainsi le plus long connu à ce jour en Nouvelle-Bretagne.

Avec 660 m de profondeur, il est aussi le second plus profond de Papouasie.

Nous avons découvert et exploré «Khou» une perte jusqu’à – 423 m ainsi que de nombreuses autres cavités.

Les résurgences au fond des gorges ont été atteintes au prix de plusieurs jours d’effort et un accès complexe, elles se sont malheureusement toutes révélées impénétrables.

Au final notre petite équipe aura découvert près de 11 km de nouvelles galeries sur ce secteur de la Matali améliorant encore la connaissance de ce massif fabuleux.

Comme pour la plupart des non spéléologues, comme vous peut-être, les papous des montagnes, se demandent pourquoi nous venons aussi souvent, d’aussi loin et dépensons autant d’argent pour aller explorer des grottes, il y a forcément pour eux une raison cachée, une raison financière qui justifierai cette débauche d’énergie et de moyens mis en oeuvre à leurs yeux.

Nous tentons de démystifier et d’expliquer par comparaison ce que peut être une passion, la joie de l’effort, le plaisir du voyage, de l’exploration et de la découverte.

Nous leur montrons systématiquement toutes les photos et vidéo que nous ramenons de sous terre pour qu’ils voient qu’il n’y a ni mensonge ni secret dans nos activités. Ils comprennent aussi qu’il existe sous leurs pieds tout un monde fascinant en grande partie inconnu.

Mais pour être franc, nous ne sommes pas certains de les avoir pleinement convaincus.

Ils étaient aussi stupéfaits que nous puissions évoluer sur des cordes aussi fines avec autant d’aisance et de sécurité.

Pour leur plus grand bonheur, nous avons installé un atelier dans les arbres pour les initier, un bon moment de partage et une expérience nouvelle pour eux qu’ils pourront raconter avec fierté à leur retour au village de Pakia.

Á la fin des années 90, une compagnie de forestiers malais est venue exploiter les bois précieux des Nakanaï.

Leur logique est simple et redoutable: tirer le maximum de profits de ces richesses naturelles en saignant à blanc la forêt avant de changer de secteur pour refaire la même chose plus loin.

Les habitants de Pakia ont eu l’intelligence de ne pas céder aux sirènes d’un profit immédiat et de défendre leur milieu naturel.

Ils ont «pris les armes» pour défendre leur territoire et repousser les forestiers.

Ils vivent depuis toujours dans ces montagnes, en harmonie avec ce qui les entoure et ils ont bien compris qu’ils n’avaient rien à gagner à sa destruction.

On sait que la canopée est d’une richesse incroyable et la promesse de découvertes importantes pour la science et la pharmacologie.

Détruire cette forêt serait comme scier les pieds d’une table bien garnie. Espérons que les décideurs de Papouasie et d’ailleurs auront la même présence d’esprit que les modestes habitants du village de Pakia. Un voeu pieux sans doute…

En Nouvelle-Bretagne, les papous qui nous croisent demandent immanquablement: « you’re a caver ?» avec l’assurance et le sourire entendu de celui qui sait.

Ici, si vous êtes blanc et parlez une langue étrange, vous êtes forcément français ET spéléologue.

Voilà 30 ans que des expéditions françaises se succèdent sur cette île, ceci expliquant cela.

L’histoire continue, nous pensons déjà à notre prochain projet sur les Nakanaï: il existe une superbe résurgence en bord de mer dont le parcours souterrain est encore totalement inconnu: Wara Kalap, «l’eau qui saute» en français.

De quoi alimenter nos rêves d’aventures, de rivière souterraine et de galeries géantes.

La flamme de l’exploration est toujours vive…
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Explos - Expédition Wowo 2012
Le site de l’expédition: www.2012.papouasie.org

Par email, Phil Bence, Florence Guillot, Guillaume Capgras

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publié le: 13/03/2012 | 19:18 | Lu: 11693 fois