Vautours en Ariège: ils vont pouvoir tirer... à blanc !
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C’est une première, ce matin la première formation pour l’habilitation aux tirs d’effarouchement des vautours fauves avait lieu à la fédération des chasseurs de l’Ariège qui avait mis à disposition ses locaux, tant pour la formation théorique en salle que pour la pratique sur le site d’Arrabaux qui sert à la formation au permis de chasser.
Une formation assurée par la Direction Départementale des Territoires (DDT) avec son directeur Frédéric Novellas, mais également Jacques Buttel et Olivier Buissan ainsi que l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) avec son directeur Olivier Tartaglino.
Il a été question d’identification et de biologie des vautours fauves, du contexte juridique, du protocole d’intervention et de sécurité lors des interventions.
Dans l’auditoire d’une trentaine de personnes des lieutenants de louveterie, mais surtout une majorité d’éleveurs (tous déjà détenteurs de leur permis de chasser), désireux de s’inscrire dans cette démarche «pour défendre leur gagne pain» tout en restant dans les clous.
Le procès en correctionnelle de Christian Derramond qui s’est tenu mardi dernier (et dont on attend le délibéré le 25 novembre prochain) pour avoir tiré sur une espèce protégée et la peine qu’il encourt a rajouté de l’incompréhension à la situation des éleveurs ariégeois qui depuis quelques temps subissent déjà la présence des vautours sur le piémont ariégeois.
Un arrêté pour cadrer de façon précise la réalisation des tirs d’effarouchement et une procédure stricte d’encadrement
Nathalie Marthien préfet de l’Ariège après consultation a décidé d’autoriser à titre expérimental des tirs d’effarouchement du 1er mars au 15 novembre. À travers un arrêté en date du 22 septembre dernier elle cadre précisément cette mesure dérogatoire dont l’objectif est «d’insécuriser les vautours fauves sur des sites anthropiques potentiellement sensibles» (bâtiments d’élevage, parc de contention pour cheptels domestiques).
Seules les personnes habilitées par autorisation préfectorale pourront provoquer l’envol et l’éloignement des vautours qu’ils constatent posés à proximité des bâtiments d’élevage. Les tirs d’effarouchement seront effectués avec des cartouches non létales à double détonation, dans un rayon de 200 mètres autour des bâtiments d’élevage et espaces clôturés où le bétail est présent. Une fiche d’évaluation permettra d’enregistrer l’ensemble des renseignements de terrain nécessaires à l’analyse de l’action (cartographie, état civil de l’intervenant ; conditions d’interventions, nombre d’oiseaux, cheptel concerné..) et d’évaluer son efficacité.
Une formation théorique assurée par les services de l’État
Un protocole très encadré que Frédéric Novellas a tenté de rendre digeste à l’assemblée qui n’a pas hésité à poser des questions précises.
«Ce sont des paramètres nécessaires pour l’évaluation de ces tirs d’effarouchement… une relation de confiance doit s’installer entre nous pour que cette évaluation se fasse dans les meilleures conditions possible. Car le but de l’effarouchement c’est d’insécuriser les oiseaux sur des zones définies par l’arrêté préfectoral. Nous nous sommes attachés à simplifier les démarches de ce protocole. Le premier réflexe pour l’éleveur avant de procéder à l’effarouchement s’il y en est habilité c’est de prévenir l’administration, l’objectif à travers cette formation c’est d’organiser un maillage territorial efficace. D’autres sessions sont prévues. Nous tirerons les enseignements de cette expérimentation dès la première année»
Le directeur de la DDT poursuit «on ne peut pas faire n’importe quoi, c’est une espèce protégée, mais il fallait répondre aux éleveurs qui ont souffert. Le préfet a souhaité que les éleveurs soient associés à cette expérience pour pouvoir répondre très rapidement aux besoins»
Ce cadre d’intervention réglementaire est également mis en place afin d’éviter de prêter le flanc à toute critique. Jean Guichou, directeur de la Fédération des Chasseurs, présent pendant cette formation, rappelait en aparté les différents procès intentés par les associations aux chasseurs.
«Il ne faudrait pas que le CEA ou la LPO introduisent une action au tribunal administratif de Bordeaux pour casser cet arrêté préfectoral comme ils ont l’habitude de le faire. 800 couples nicheurs dans les Pyrénées, 2000 en Europe quel est l’objectif, jusqu’où ira la protection de cet oiseau. Cette mesure d’effarouchement est une bonne mesure, mais sera-t-elle suffisante. Le vautour est un animal intelligent. Le problème des agriculteurs ne vient pas de bien loin, il vient de Bugarach, une placette de nourrissage permettant de favoriser les échanges des populations entre les Pyrénées et le Massif central !»
Le cas du département de l’Ariège qui associe à ces mesures les éleveurs est unique, car dans les Pyrénées Atlantiques seule l’ONCFS a procédé à ces mesures d’effarouchement.
Olivier Tartaglino avec le recul de l’expérience a rappelé quelques consignes de sécurité et présenté les fameuses cartouches à double détonation que les personnes agréées seront seules en mesure d’utiliser pour l’effarouchement de ces vautours (elles ont déjà fait leur preuve avec les ours). Les autorités ont choisi du calibre 12, le plus répandu dans le monde agricole, mais dans ce cas de figure, le précieuse cartouche sans poudre coûte 358 € l’unité, soit six fois plus qu’une cartouche normale.
«Le but c’est l’effarouchement des oiseaux à 100 m, l’angle de tir est important» comme a pu le tester Hervé exploitant dans la région de Pamiers. «On tire autant de cartouches que nécessaire pour arriver à insécuriser les oiseaux, précise le directeur de l’ONCFS. L’expérience des Pyrénées Atlantiques a montré qu’au bout de la première détonation ils sont mis en fuite, mais on ne sait pas si la rémanence des lieux ne générera pas une certaine habitude. Il ne faut que le remède soit pire que le mal et que les tirs d’effarouchement fassent peur aux troupeaux des éleveurs»
Si la majorité des éleveurs ont décidé de jouer le jeu en suivant cette formation, la plupart sont conscients des limites d’une telle mesure. «On l’a vu il y a quelques années avec les sangliers et les mesures d’effarouchement prises à leur encontre. Ils se sont très vite habitués à ces tirs !»
Au terme de ces formations, deux cents personnes seront agréées pour entrer dans ce dispositif.
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