Après 65 ans de sommeil, «La Voisin 1927» entame une nouvelle vie en Ariège
Depuis plusieurs mois un étrange «engin» côtoie les automobiles qui rentrent en atelier au garage AB Automobile de Mirepoix.
C’est pour Manu Avalo, spécialiste en carrosserie, un véritable challenge que de restaurer cette Voisin de 1927, un véhicule qui a la particularité, comme beaucoup à cette époque, d’avoir une armature en bois de frêne sur laquelle on a clouté la partie métallique:
«Tout est monté à petit clou, à la main, et pas forcement des panneaux entiers, ce sont des morceaux soudés bord à bord, une technique de chaudronnerie qui existait depuis la fin du XIXème siècle et qui a perduré jusque dans les années 30. Voisin faisait beaucoup de carrosseries à partir de 1925 en aluminium. Mais sur ce modèle nous sommes sur du fer car elle a été carrossée par la maison Besset, un carrossier ardéchois dont la spécialité était de fabriquer des voitures en fer sur âme de bois.
Il tenait cela de son ancienne activité, la fabrication de voitures hippomobiles puis il est passé aux autocars Isoblocs très connus totalement en métal» explique Nicolas Bignon, l’heureux propriétaire de cette voiture qui mobilise l’attention de plusieurs spécialistes pour sa restauration.
Un collectionneur passionnéNicolas est collectionneur, il fait partie d’une famille d’amateurs éclairés d’automobiles anciennes. Un virus héréditaire qu’il tient d’un père collectionneur de Ford depuis les années 60 et membre fondateur du club «Cercle T» et d’un frère possesseur d’un cyclecar Salmon, marque française inscrite dans l’histoire aéronautique française.
Avant cela, son grand-père, pilote d’avions civils (brevet civil en 1924) et militaires (guerre de 39-40 et instructeur de vol à Washington) possédait déjà une Voisin à Lyon dans les années 30. La restauration de cette Voisin constitue un bel hommage pour ce grand père un peu aventurier.
«Voisin était un génie visionnaire, anticonformiste. A travers ses voitures dont les grandes années sont situées à l’entre deux guerres, on retrouve cet instinct, cet audace technique, qui rend ses créations admirables… si bien qu’aujourd’hui les Voisins sont presque aussi cotées que les Bugatti»
Voisin: de l’aéronautique à l’automobile, histoire d’un génie visionnaireLes frères Voisin, Gabriel (1880 -1973) et Charles (1882-1912) sont les pionniers de l’aviation française.
L’ainé, mécanicien de génie, s’affirme comme l’exemple même du «pionnier avionneur»dont le nom reste attaché à la ville d’Issy les Moulineaux où il construit la première chaine d’avions en série. C’est en effet sur un biplan Voisin qu’un Delagrange et un Farman vont découvrir l’aéroplane jusqu’à remporter le fameux grand prix du 13 janvier 1908, le grand prix Deutsch-Archdeacon sur Voisin avec le premier kilomètre en circuit fermé et le record du monde du vol plané soit 1500 mètres en 1 minute 28 secondes (60km/h).
Malgré la mort de son frère Charles, dans un accident d’automobile en 1912, Gabriel poursuit la construction d’avions, d’abord pour les gentleman-pilotes de l’époque puis pour l’aviation militaire. Lorsque la prmière guerre éclate Voisin devient un des principaux fournisseurs d’avions de reconnaissance de l’Armée de l’Air, dotés de mitrailleuses puis de canons, enfin porteurs de bombes.
C’est également à bord d’un biplan Voisin à moteur Salmson-Canton-Unne qu’à lieu la première victoire aérienne française le 15 octobre 1914. Mais pour faire face aux besoins des armées alliées, le constructeur étudie et construit des avions de plus en plus grands: triplans, bimoteurs, bi-fuselages et même «sesquiplan» Il crée le premier avion à charpente tubulaire entièrement métallique équipé d’un seul moteur à hélice propulsive arrière pouvant transporter près de 350kg de bombes.
A la fin de la grande Guerre, Gabriel Voisin abandonne volontairement cette activité pour se lancer dans la construction automobile, domaine qui lui parait alors constituer un marché beaucoup plus prometteur. La «Société des Aéroplanes Voisin» ne s’arrêtera de fonctionner qu’en 1958. Elle produit alors près de mille voitures par an, le type C7 est lancé en 1925. Un an plus tard il livre ses voitures entièrement carrossées, contrairement aux usages de l’époque où les constructeurs fournissent des châssis nus aux carrossiers.
De 1920 à 1930, la marque Voisin est liée à l’esprit de la belle époque, le constructeur fournit des voitures présidentielles (Paul Deschanel, Alexandre Millerand ou Gaston Doumergue) mais également aux célébrités du moment telles que Rudolf Valentino, Man Ray, Paul Morand ou l’architecte Le Corbusier, grand ami de Gabriel Voisin avec qui il repense totalement certains de ses modèles: sièges de type «pilote d’avion» faits de tubes d’acier nickelés qui s’inspirent directement des sièges Le Corbusier à la fin des années 20 (fauteuils référencés LC1, LC2, LC3…) réédités chez Cassina et encore très en vogue aujourd’hui.
Côté design on note la particularité de certains détails: les feux arrières, la mascotte de radiateur en forme de «cocotte» en aluminium.et des spécificités (avertisseur du klaxon au volant…) qui font suite à des centaines de brevets déposés par le génial inventeur Gabriel Voisin.
Histoire d’une restauration à plusieurs mainsSeuls les collectionneurs comme Nicolas sont sensibles à ces belles carrosseries. Bercé par les voitures anciennes depuis son plus jeune âge, il est aujourd’hui membre de l’association appaméenne l’AZA dont la spécificité est de restaurer mais aussi dégommer les voitures anciennes lors de ballades organisées dès les beaux jours. «La Voisin roulera cet été… elle ne fait que du 8 litres au 100km mais par contre, elle consomme beaucoup d’huile (il faut compter un litre au 100km)!»
Ce passionné a retrouvé la piste d’une automobile Voisin de 1927 il y a quinze ans dans le Gers et s’est lancé le défi de lui redonner vie:
«C’est une type C7, 10cv, 4 cylindres commandée en 1925 à l’usine Avion Voisin d’Issy les Moulineaux avant d’être livrée à un carrossier automobile à Annonay. Elle a été carrossée en coach c'est-à-dire en berline deux portes et utilisée dans les années 30 en Provence avant de tomber dans l’oubli dans les années qui suivent l’immédiat après guerre» explique Nicolas qui après 65 ans de sommeil, a décidé de sortir cette voiture de l’oubli en lui offrant une restauration totale.
«La mécanique (moteur sans soupapes de type Knight) a été restaurée par un spécialiste des moteurs Voisins installé dans le nord de la France, l’électricité reconstituée par un passionné de mécanique électrique, ancien mécano à l’Aiguillon, l’intérieur a fait l’objet d’une totale réfection par Franck Poyeton, un créateur installé à Labastide de Bousignac, féru de garnissage automobile et la tôlerie a fait l’objet d’un travail de qualité dans l’atelier de Manuel Avalo (AB Automobile à Mirepoix).
Aujourd’hui Ludovic Meroto, son peintre carrosserie va utiliser de la peinture de Mapaero, une société ariégeoise spécialisée dans la peinture aéronautique. C’est un choix qui s’est naturellement imposé au regard de la place de Gabriel Voisin dans le milieu du design et de l’aviation… au final les couleurs originales du véhicule seront très proches de celles utilisées en 1927 lors de la livraison du véhicule, à savoir deux tons de bleus, bleu de France et bleu roi» poursuit le collectionneur qui a réussi à faire partager l’enthousiasme de ce projet à Jean François Brachotte, PDG de Mapaero, leader international de la peinture d’aviation.
«Nous avons travaillé en relation avec Nicolas pour retrouver la couleur d’origine, que nous avons appelé Bleu d’Izourt, en hommage à la couleur unique de ce lac ariégeois»
Retour aux sources pour Mapaero, quand un fabriquant de peinture pour avions repeint une voiture fabriquée par un constructeur d’avionsCe produit fabriqué chez Mapaero est une peinture de type automobile dans le principe comme l’indique Joël Loiseau, directeur adjoint de cette entreprise ariégeoise qui s’exporte à l’International:
«Une base mate et un vernis car dans l’aéronautique nous demandons des caractéristiques différentes. Un avion, un hélicoptère ont des contraintes particulières pour avoir des performances optimales… avec cette peinture la Voisin aura un brillant exceptionnel, une résistance à l’abrasion, à l’érosion, une durabilité plus importante que les peintures automobiles traditionnelles… appliquer une peinture aéronautique sur une voiture faite par un constructeur d’avions, j’avoue que ce n’est pas banal!»
Une expérience originale qui permet de mettre au jour un pan entier du patrimoine culturel automobile mais une aventure qui n’est pas totalement terminée pour Nicolas, curieux de remonter jusqu’aux sources de sa Voisin et de mettre un nom sur le premier propriétaire de cette automobile exceptionnelle.
Selon ses recherches la piste irait jusqu’en Provence, dans le milieu du cinéma ou du show-biz…
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