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Réforme de l'administration locale: le «oui mais...» des élus socialistes ariégeois

© midinews 2014

Depuis l’élection présidentielle de 2012, les élus et militants de la majorité éprouvent souvent de grandes difficultés à signifier leur franc soutien à la politique impulsée par François Hollande et conduite par ses Premiers Ministres successifs.

Cette fois, c’est le projet de réforme de l’organisation territoriale qui inquiète, voire divise. Dès le début du mois de mai, les conseillers généraux ariégeois, à très forte majorité socialiste (18 élus contre 3 UMP et 1 DVG), n’avaient ainsi pas hésité à dire leur opposition à cette réforme telle que Manuel Valls l’avait présentée.

Vendredi matin, en marge de l’inauguration du nouvel espace d’exposition du Parc de la Préhistoire de Tarascon, Augustin Bonrepaux en a d’ailleurs remis une couche. Pas pour refuser en bloc la réforme (comme il sut le faire avec véhémence en d’autres temps) mais pour un «oui mais» auquel il ne nous avait pas habitués…

«Il y a une réforme qui concerne les Régions, qui concerne la suppression de la clause de compétence générale, qui concerne les intercommunalités. Je suis complètement d’accord avec cette logique.

Avec mes collègues, nous avons juste une position différente sur la suppression des Départements, et même sur les intercommunalités pour lesquelles nous pensons qu’il faut aller plus loin, avec notamment une élection des conseillers communautaires au suffrage universel direct
», explique Augustin Bonrepaux.
Augustin Bonrepaux: «Oui, on peut supprimer le conseil départemental»Il va même plus loin: «Oui, on peut supprimer le conseil départemental, mais il faut une structure au niveau du département qui fera le lien entre les intercommunalités et les nouvelles régions qui vont être très grandes, et donc encore plus éloignées des citoyens.

C’est la seule solution si l’on veut que les citoyens ariégeois expriment leur avis parallèlement à ce que pourra dire le préfet. Car je constate que dans une vision lointaine il n’y aura plus que le préfet pour parler. Pas les citoyens. Et ça on ne peut l’accepter
»

S’il se dit en accord avec «la position des parlementaires ariégeois», Augustin Bonrepaux en appelle également à une «mobilisation positive» des autres présidents des conseils généraux de France, contre «la conception du Président de la République qui ne correspond pas à l’esprit socialiste»

«Je trouve certains présidents de conseils généraux trop engagés contre cette réforme, lâche même l’élu ariégeois. Aujourd’hui, il faut faire des propositions concrètes, comme la nôtre. Elle est la seule façon de préserver la ruralité. Je vais demander à l’ADF de travailler sur ce projet avec nous, de l’enrichir avec les autres départements»

La ruralité, un concept qui motive le combat d’Augustin Bonrepaux… dans l’urgence. «Attention, le dépeçage des départements peut commencer dans quinze jours, avec l’examen de loi en conseil des ministres et la décision annoncée sur le transfert des routes du Département à la Région»

«Sur les routes, par exemple le Conseil général de l’Ariège a été à l’avant-garde il y a quarante ans. Les élus de l’époque avaient vu que l’Etat n’entretenait pas ses routes, celles qui vont vers Mirepoix, vers Lavelanet, vers Saint-Girons, vers les Pyrénées-Orientales... Le Conseil général a alors fait un effort considérable. Demain, lorsqu’elles seront transférées à la Région, que croyez-vous que l’on nous dira quand nous demanderons la poursuite du désenclavement du Pays d’Olmes ou du Couserans? On nous dira que nous n’avons pas à nous plaindre…»
Alain Fauré: «La nécessité de faire évoluer un système qui date de 200 ans»Pas simple non plus de se revendiquer député de la majorité en ces périodes de réforme et de crise politique postélectorale.

Elu socialiste de la deuxième circonscription de l’Ariège, Alain Fauré joue la carte de la prudence. «Aujourd’hui, nous savons peu de choses de cette réforme. Et je n’ai pas l’habitude de confondre vitesse et précipitation», dit-il.

«En fait, nous ne connaissons pas précisément les textes des projets de loi, encore moins bien sûr les débats qui auront lieu lors du passage devant les deux assemblées. J’en appelle à la vigilance par rapport à des décisions qui impacteront tous nos territoires.

Mais, attention, nous sommes aussi face à la nécessité de faire évoluer un système qui date de 200 ans aujourd’hui. Les Français sont prêts et veulent que les choses bougent. Il faut entendre ce message. Il y a besoin d’apporter des modifications. Nous le ferons mais pas n’importe comment
»

Le 18 juin, le projet de loi sera officiellement présenté en conseil des ministres. En suivant, il prendra la direction du Parlement. L’heure de vérité pour la majorité socialiste.

CP | 10/06/2014 - 19:25 | Lu: 23026 fois