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Les petites histoires de Mélanie: Noël d'antan

© midinews 2014 - Mélanie Savès

Solstice d’hiver, réveillon de Noël… l’Ariégeois du XIXe siècle prêtait autant attention aux forces du soleil qu’à la crèche et l’Enfant Jésus!

Il mêlait avec innocence et respect de la tradition les cultes et fêtes séculaires de la fin de l’année.

Les jours précédant Noël donnaient lieu à des préparatifs importants. Quelques mois au paravent, les hommes avaient soigneusement choisi la bûche qui se consumerait dans l’âtre dès le 24 décembre et huit jours durant.

Au 1er janvier on promenait le tiso de Nadal autour de la maison pour faire fuir les renards et protéger des mauvais sorts. Ce feu symbolisait le soleil, marquait la renaissance des jours et de l’an qui venait. Geste traditionnel, les cendres de cette grosse buche, mélangées aux semences protégeraient de la carie.

Comme pour toutes les grandes fêtes l’occasion se prêtait de nettoyer la maison, mais aussi l’étable. À grands coups de balais on sortait les toiles d’araignées et les animaux recevaient une litière fraîche. L’étable symbolisait la crèche et la naissance de l’Enfant divin, mais dans les coutumes locales on racontait aussi que les animaux, résidents permanents de ces lieux, recevaient le don de parole la nuit de la Noël.

Ainsi, après avoir installé la tiso dans l’âtre, les grands-mères racontaient l’histoire de l’Escouchalaïre.

Olivier de Marliave dans son ouvrage sur les carnets de voyage de Joseph Vézian, rapporte que cet homme, l’Escouchalaïre, voulait vérifier si la légende disait vrai. À minuit, il s’approcha de la porte de l’étable et tendit l’oreille.

Au bout d’un moment, il entendit ses bœufs se mettre à parler: «demain c’est jour de fête, nous ne ferons rien» dit l’un tout heureux. «Et si», répondit l’autre, «et c’est là tout le malheur, nous devrons travailler encore…».

«Encore, et pourquoi donc, nous n’avons pas mérité un peu de repos ?». «Si, mais il nous faudra porter notre maitre au cimetière !». L’Escouchalaïre, ne savait plus s’il était pétrifié d’avoir entendu ses bêtes parler ou effrayé de recevoir l’annonce de sa propre mort. Il partit se coucher et tâcher de fuir cette impression. Le lendemain, les bêtes prirent leur mal en patience et se levèrent pour travailler. Elles amenaient l’Escouchalaïre dans sa dernière demeure: le cimetière.

Petits et grands faisaient bien attention à respecter les rituels durant la nuit sacrée de Noël. Dans les terres d’Ariège, on raconte qu’entre le premier et le dernier coup de minuit la terre s’entrouvre sur des trésors cachés, que l’ours peut venir frapper à la porte et qu’il faut le laisser entrer, lui donner une place au coin du feu et une part du repas. Reconnaissant, il apporte un cadeau ou offre sa protection à la maison…

Le soir du Réveillon, on préparait un repas pour les fées ou les anges. La nuit prenait alors le nom de neit de l’afart (la nuit où l’on se gave) neit Lariol, neit soupaïroa, neit deras mounjos (des haricots), neit merlusso (car c’était l’occasion de manger de la morue trempée dans du lait).

Sur la nappe blanche, des mets copieux, mais maigres étaient disposés : soupe au chou, pommes de terre, haricots, carottes au sucre… L’aïeul prenait la place du milieu, mais celle-ci restait parfois libre pour un aïeul disparu. Puis tous se préparaient pour rejoindre l’église.

Quelqu’un garderait la maison le temps de la messe, veillant à ne pas laisser entrer sorcières ni mauvais esprits. Pour cela, on pendait des croix, des médailles ou des chapelets aux berceaux des nourrissons, on allumait des cierges achetés chez l’épicier. Prenant la direction du village, les familles avaient en poche quelques grains de sel qui serviraient au moment de l’élévation et de la bénédiction, tendus vers le ciel.

À minuit, le cardaïre (sonneur) battait les glaudos, ces sonneries de joie qui retentissaient le 24 décembre. Hommes et femmes descendaient le chemin creux à la lueur de la lanterne. Une petite procession se formait alors de voisins et amis rejoints sur le sentier. Au bas de la vallée, les chandelles brillaient comme mille étoiles dans la nuit. Noël et solstice d’hiver marchaient main dans la main.

Pour ces vacances de Noël
Participez à la chasse au trésor de Noël les 24 et 31 décembre!

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Sources historiques
La vie en Ariège au XIXe siècle, Claudine Pailhès, édition Cairn
Joseph Vezian, Carnets Ariégeois, Présentés par Olivier de Marliave, éditions Sud Ouest

Mélanie Savès | 19/12/2014 - 19:02 | Lu: 10681 fois