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Les petites histoires de Mélanie: village, oh mon village!

Crédit photo: Nathalie Dupuy

En ce qui concerne la création de nos villages, le Moyen-âge demeure le «baby-boom» des naissances. Entre les XIIIe et XIVe siècles, la mosaïque d’habitats couvrant les vallées et les plaines se regroupe pour favoriser le «vivre ensemble».

L’homme du Moyen-âge pense son présent par rapport à l’autre, le paysan, les hommes d’Église, les puissants. Le village s’organise ainsi autour d’un château, d’une église ou d’un regroupement de maisons. Loin de l’image véhiculée par les légendes modernes, le château est avant tout un symbole de pouvoir, attirant les habitations auprès de lui.

Ce n’est pas uniquement lui qui joue le rôle de masse protectrice en cas de guerre. Ainsi, au XIVe siècle, quand la liberté des paysans fut compromise, il s’organisa une défense, celle des biens premiers matériels, et des Hommes. De ces menaces sont nés des villages aux formes particulières, souvent carrées, ces bourgades «de rien du tout» qui offrent au regard des passants d’aujourd’hui, un reste de muraille ancienne, une porte fortifiée, une rue du nom de «fort». Ce sont de nouveaux villages, des «forts villageois».

Dans toute l’Ariège, comme dans le Quercy, l’Auvergne, la Haute-Garonne… le XIVe siècle correspond à la guerre de Cent Ans. Les dévastations menées par le Prince noir et les routiers poussent la population à trouver des solutions pour se protéger. Les paysans riches sous couvert d’une autorisation des seigneurs construisent ces lieux fortifiés.

C’est la première fois que le terme de «fort» apparait, signifiant un espace fortifié qui ne soit pas le château d’un seigneur. Ces villages fortifiés reçoivent des murailles, des portes à herses, des chemins de ronde. À l’intérieur, ce sont des «loges», cabanes destinées à protéger les biens et les personnes.

À Verniolle, en 1382, la population construit un village «coffre-fort» à «Las Rives». Le comte de Foix, Gaston Febus, autorisa la population à bâtir ce réduit pour l’intérêt de leurs biens.

Le village de Prades, sur le plateau de Sault, possède encore une muraille et un beau rempart bâtis au-dessus du village. Mais les avantages d’une telle construction servent à l’intérêt de certains, et seuls 15 % de la population en bénéficie! Les 85 % restant peuvent éventuellement s’y réfugier en cas de conflit laissant aux routiers leurs biens matériels, efforts de journées de labeur. Il en va de même à Verniolle où les loges appartenaient à la frange la plus aisée des paysans, les autres faisant au mieux, comme ils le pouvaient.

Plus tard, non loin de là, le château de Montaillou, installé sur la zone de frontière fut armé par le comte de Foix et des petits espaces furent destinés aux habitants du village pour conserver leurs affaires.

Ces villages couvrent nos plaines et nos vallées. Ils font partie des toutes nouvelles agglomérations au même titre que les fameuses « bastides » regroupant les populations pour des objectifs plus économiques et politiques, et les nouveaux châteaux ou «castelnaux» des comtes de Foix, bâtis en écho à ceux de la nouvelle administration française suite à la Croisade contre les albigeois. 

Que vous soyez d’un petit ou grand village, ou plus encore, d’une ville, n’hésitez pas à vous rendre à la Maison des Patrimoines le jeudi 29 à 20 h 30, pour suivre la conférence «Bastides, forts, et castelnaux: évolutions des villages à la fin du Moyen Âge (XIIIe-XIVe siècles) en vallée de l’Ariège».

Le sujet est vaste et bien mené par la conférencière, Florence Guillot, historienne, CNRS Traces-Terrae.

Maison des Patrimoines au 05 61 02 75 98 – tarif: 2.5 €

Mélanie Savès | 16/01/2015 - 18:59 | Lu: 13664 fois