ariège > le saviez-vous > plombier des cimes
Bernard Guitart: le plombier des cimes
12/08/2009 | 20:58
Le jour pointe à peine le bout de son nez…il est 6h30 et Bernard Guitart, plombier à Tarascon-sur-Ariège charge son 4x4 pour sa journée de travail… une journée particulière qui l’amènera à réaliser une intervention au refuge des étangs de Bassiès à 1650m d’altitude.

Notre artisan est plombier-chauffagiste mais développe une spécialité originale, il est également plombier de montagne.

Pour cela pas de diplôme spécifique mais une réelle passion pour la montagne et pour le service rendu car toutes les intervention de dépannage se réalisent à pied, au terme d’une randonnée de plusieurs heures pour atteindre refuges ou cabanes pastorales.
«Il est préférable de partir à la fraîche, explique Bernard, il faut préparer la veille tout le matériel dont on peut avoir besoin pour réparer sans rien oublier…car une fois sur site on n’a plus le droit à l’erreur…enfin tout doit contenir dans mon sac à dos !»

Des autorisations spéciales accordées par l’ONF et les gestionnaires des forêts lui permettent d’emprunter les chemins forestiers mais il n’en demeure pas moins que cette activité reste très physique.

«La montagne se mérite, c’est dur par endroits mais quelle récompense devant ces paysages !»

Tout a commencé dans les années soixante-dix, Bernard reprend l’entreprise de plomberie familiale avec son frère (son père, originaire d’Andorre s’est installé en Ariège depuis 1933).

A cette époque l’architecte Roger Poulachon travaille sur la réalisation des premiers refuges de montagne et fait appel à  Bernard Guitart pour la plomberie.

«Nous avons commencé avec le refuge de l’étang du Fourcat, le plus haut du département à 2445m. Une base de vie permet à tous les corps de métiers de travailler sur le chantier, tout le matériel est monté par hélicoptère.

Puis ça été Bassiès, le Pinet, le Rulhe, les Bessines, En Beys…les élus et les architectes (Poulachon puis Branger&Romeu) m’ont fait confiance et le travail réalisé semble leur convenir…

Aujourd’hui je réalise le sanitaire, le chauffage et la plomberie des nouvelles cabanes pastorales et des gîtes réalisés par l’ONF dans le cadre du projet Retrouvance. Il est vrai qu’après livraison du chantier, il y a le suivi tous les ans : la visite de remise en activité avant l’ouverture du refuge et la réparation des pannes ….

En montagne les conditions sont extrêmes et le matériel souffre, pendant l’hiver les refuges sont fermés mais dès les beaux jours pendant les périodes de gardiennage, les installations sont soumises à de grosses pointes de fréquentation…

Ainsi en ce moment Philippe et Dominique Dupui au refuge de Bassiès doivent préparer certains soirs des repas pour soixante personnes mais le fourneaux à gaz présente actuellement quelques faiblesses…il est urgent de monter les dépanner
»

D’un pas assuré, muni d’un bâton de noisetier, Bernard prend la piste balisée qui le conduira après près de trois heures de marche au refuge.

«Au détour d’un lacet il arrive que je rencontre un chevreuil où un cèpe au pieds d’un arbre … pour faire ce métier il faut aimer la nature et la respecter …il m’est déjà arrivé de me faire surprendre par des bourrasques de neige en début de saison et que je sois obligé de chausser des raquettes, quant aux orages, je consulte la météo et  il y a toujours la possibilité de s’abriter dans les orrys»

Arrivé au refuge, accueil chaleureux des gardiens et de leurs enfants.

«Je suis le plus ancien gardien de refuge des Pyrénées ariégeoises, indique dans un sourire Philippe Dupui, gardien attitré de Bassiès depuis 1990. Notre refuge est ouvert de la fin mai au début octobre, en saison il peut accueillir jusqu’à 58 visiteurs mais nous comptons sur de prochaines opérations de remise aux normes pour en augmenter sa capacité»

Ce midi un hélicoptère apporte du frais: lait, œufs, fruits et légumes, presse et courrier.

«Pour ne pas repartir à vide j’ai préparé un chargement d’ordures ménagères car bien que l’on possède un petit incinérateur, ici on ne peut pas se permettre de laisser dégrader le paysage par des papiers ou autre canettes de sodas… ceux qui pratiquent la montagne doivent le comprendre et récupérer leurs déchets pour les redescendre»

Après avoir démonté le four et nettoyé les brûleurs, Dominique est soulagée, elle peut enfin lancer les frites pour le déjeuner: «Bernard, fait toujours des miracles !»

Il est vrai que les installations mises au point pour les refuges sont bien spécifiques car il faut penser autonomie et récupération: eau captée du ruisseau, chauffage solaire, traitement des eaux usées à UV (traitement à 99,9% par des bactéries),
chauffage gaz (2 cuves de 500kg sont hélitreuillées en début de saison)

«Certains systèmes s’usent prématurément du fait de l’altitude ou du manque d’oxygène, ajoute Bernard Guitart, il m’arrive d’inventer des solutions  pour pallier ces problèmes»

Mais notre plombier n’a plus vingt ans, certes comme il aime l’entendre dire «la montagne, ça conserve» et dans quelques années il entend bien raccrocher …peut-être pour profiter à son rythme des randonnées en montagne.

Photos et vidéo: © AriegeNews TV 2009
actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 12/08/2009 | 20:58 | Lu: 43457 fois