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Eric Fouquet, inspecteur général de santé publique vétérinaire conduit la mission vautour en Ariège

© midinews 2014

C’est à la demande de la ministre de l’écologie (le vautour est une espèce protégée depuis 1981) et de celui de l’agriculture (il s’agit d’étudier les «interactions» entre les vautours fauve et les élevages) que cette mission intervient, à la demande des préfets.

A ce jour elle a déjà mené son expertise dans quatre départements de la chaine Pyrénéenne (65, 64, 66 et 31). Sa venue dans l’Ariège avait été annoncée voici une quinzaine de jours, à la suite de l’attaque d’un troupeau à Saint Félix de Rieutord, confirmée par une expertise vétérinaire.

Ce jeudi c’est à Foix que la mission conduite par Eric Fouquet, inspecteur général de santé publique vétérinaire a rencontré les professionnels* et fait état de ses observations ainsi que des mesures préconisées.
Les vérités doivent être partagéesAu début des années 2000 avec l’épidémie de vache folle l’Europe oblige l’Espagne à fermer ses «muladares», plateformes de nourrissage qui permettaient aux porcheries industrielles de se débarrasser de leurs déchets.

A partir de ce moment on assiste à une recrudescence des vautours fauve du côté français. Pendant longtemps ces équarisseurs naturels étaient les alliés des éleveurs sur les estives, ils prolifèrent aujourd’hui et n’hésitent pas à étendre leur quête de nourriture jusqu’à la plaine ariégeoise.

«Depuis 2010 nous avons réalisé 577 constats dont 90% sur la chaine Pyrénéenne et plus précisément dans les Pyrénées Atlantiques et les Hautes Pyrénées» précise Eric Fouquet.

Selon lui c’est acté, le vautour consomme des animaux en mauvais état ou affaiblis... «Sa présence est-elle un facteur déterminant ou favorisant, cela reste encore à prouver. Selon les scientifiques, le vautour ne peut pas tuer un animal vivant en pleine santé, ses griffes n’ont pas assez de force et son bec ne peut pas trancher. Aujourd’hui le doute subsiste toujours y compris sur la bête expertisée à St Félix de Rieutord au début du mois de juin»

Et pour le lever il faudrait une preuve visuelle comme l’a indiqué l’inspecteur général qui demande une collaboration active des acteurs locaux (ONCFS, éleveurs et vétérinaire). «Nous avons surtout évoqué les mesures à mettre en place pour gérer les interactions entre vautour fauve et élevage» Elles sont au nombre de trois.
Ouverture de zones de nourrissageDes mesures qui selon lui ont déjà fait leur preuve comme l’ouverture de «placettes de nourrissage» (des zones appropriées où l’on dispose des carcasses) que l’on alimente de temps en temps:

«Le vautour se déplace toujours pour chercher sa nourriture. Dans les Cévennes et dans les Alpes où l’on a réintroduit cette espèce nécrophage, on a mis en place une politique active de charniers et placettes de nourrissage. Dans les Pyrénées c’est plus compliqué car le vautour a toujours existé. Cependant là où ces placettes existent, (dans les grands Causses ou dans les Pyrénées Atlantiques) le problème se limite à la périphérie de cette zone»

Les chiffres avancés par Eric Fouquet sont évoquant: 800 couples dans les Pyrénées, 400 couples dans les grands causses, 200 dans les Alpes (dont 30% viennent d’autres zones) et 22 000 en Espagne!
Un effarouchement encadréAutre mesure évoquée au terme de cette réunion en préfecture, l’effarouchement (s’agissant d’espèces protégées, c’est par arrêté préfectoral après avis du CNPN que cette mesure peut prendre effet).

«Je n’y suis pas opposé, mais il faut qu’il soit bien encadré» poursuit ce haut fonctionnaire. Le tir s’effectue alors avec des cartouches à double détonation (utilisées pour effaroucher l’ours il n’y a pas si longtemps).

Nathalie Marthien, préfet de l’Ariège de préciser: «Pour moi c’est un arsenal de mesures à mettre en place en relation étroite avec la profession agricole, des mesures permettant de protéger les troupeaux et de garantir à l’éleveur l’effarouchement des vautours… cela ne règle pas le problème de manière générale mais l’effarouchement peut effectivement limiter les dégâts.

Le sujet doit être étudié sur la totalité du massif pour éviter le déplacement des vautours. Il faut travailler de manière concertée en accord avec les éleveurs. Mais cette réunion a eu le mérite de voir plus clair sur les dispositifs existant. Nous allons nous mettre en contact avec les autres départements comme les Pyrénées Atlantiques qui ont un suivi plus prégnant que nous
»
Une régulation préconisée par le monde agricoleTroisième mesure évoquée par l’administration du bout des lèvres, la régulation: «Il faut respecter une certaine progressivité dans les mesures: avant d’en arriver là nous avons la possibilité de fixer les vautours sur les placettes puis de les effaroucher pour les éloigner»

Et François Toulis, président de la Chambre d’Agriculture de monter au créneau: «D’après les populations qui sont en Espagne on sera obligé de réguler en permanence… les éleveurs sont vraiment excédés, ils ont le sentiment de ne pas être écoutés»

Eric Fouquet répète qu’il faut une preuve visuelle: «Il faut que la vérité soit partagée. Pour les scientifiques les vautours ne peuvent pas trancher la gorge d’un mouton. Depuis des années les experts reconnaissent qu’il y a des interactions entre vautours et animaux vivants (ils peuvent notamment affoler les bêtes et les pousser) mais nous allons accompagner les éleveurs avec des mesures graduées»
Appel à la mobilisation le 28 juinFrançois Toulis a noté que la pression des vautours en plaine correspondait à une période de l’année où les montagnes étaient encore vides, à la charnière du printemps et de l’automne, avant la monté et après la descente des troupeaux en estive:

«Nos éleveurs sont exaspérés face à l’ensemble des prédateurs. Il y a cinq ans le vautour était notre allié mais à cause de l’attitude des hommes et de ce nourrissage intensif en Espagne, il prolifère. On ne veut pas les exterminer, on dit seulement que la population est trop importante et si ce système de placettes peut éviter qu’ils s’attaquent au vivant pourquoi pas mais à mon avis il faut les réguler pour retomber à un niveau de population décent»

François Toulis indique au passage qu’à sa demande les élus de l’Ariège pourraient déposer un amendement à l’Assemblée Nationale pour que les éleveurs puissent se défendre: «Il faudrait peut-être un jour arriver à renverser la mécanique et parler de légitime défense… samedi prochain, lors de notre grande manifestation dans les rues de Foix nous leur ferons passer le message!»

Tous les interlocuteurs sont d’accord pour travailler de concert avec les autres départements de la chaine des Pyrénées, voir même avec l’Espagne; afin d’avoir une vision cohérente, travailler sur du court terme à un effarouchement encadré et mettre en place à moyen terme des mesures à la fois simples et concrètes.

De son côté Eric Fouquet qui travaille à la rédaction de la stratégie nationale vautour fauve entend faire valider ces observations par une autorité extérieure.

«Nous avons avancé!» note madame le préfet chargée de mettre toutes ces mesures en musique.

*Liste des participants à la réunion en préfecture ce jeudi 19 juin 2014: Nathalie Marthien, préfet de l'Ariège; M. FOUQUET, inspecteur général de santé publique; M. NOVELLAS, directeur départemental des territoires, M. SAUVANNET, sous-préfet de St Girons; Colonel DEVY; M. TOULIS, président de la chambre d'agriculture; Mme FERRAND présidente FDSEA et Mme GASC (permanente FDSEA); M. MARCEROU, président des Jeunes Agriculteurs; M. TARTAGLINO, office national de la chasse et de la faune sauvage; M. BRUNATI, adjoint à la directrice départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations; M. DUETE, DREAL.

Laurence Cabrol | 19/06/2014 - 19:23 | Lu: 39065 fois