Attaque de plusieurs dizaines de vautours: la colère des éleveurs ariégeois s'amplifie
Pas une semaine sans une attaque de vautour: après Unac en Haute-Ariège et une prédation sur ovins, ce lundi c’est une bien étrange découverte qu’a faite cet éleveur de Durban/Arize.
Michel et son épouse Nadine ont pris le tracteur pour aller changer de place quatre de leurs vaches en attendant que la Ferso (l’équarrissage) ne vienne récupérer un animal mort vendredi suite à un vêlage difficile.
Quelle fut leur surprise en s’approchant du champ de le voir noir de vautours… pas un ni deux mais plus d’une cinquantaine qui malgré le bruit du tracteur poursuivaient leur étrange mise en scène macabre. Les autres vaches avaient disparues, effrayées, détruisant sur leur passage la clôture de leur enclot.
A quelques mètres de là sur une autre parcelle les vaches et leurs veaux s’étaient réfugiés à la lisière d’un bois, harcelés par les vautours (presque autant, une cinquantaine) qui leur mettaient la pression, guettant le moindre faux pas:
«On les voyait à très basse altitude, une nuée de vautours je n’en ai jamais vu autant, planer à 2-3 mètres du sol tentant d’écarter les veaux de leurs mères… oui j’ai eu peur, car j’ai ressenti beaucoup d’agressivité de leur part. Ils n’ont pas peur de l’homme, nous sommes passés à côté avec le tracteur, c’est à peine s’ils ont bougé. Et puis ils semblent s’exciter entre eux, avant de se précipiter sur les bêtes, de les effrayer toutes ailes déployées (plus de 2m d’envergure)… je n’avais jamais vu cela»
La colère gronde du fond des campagnes ariégeoisesL’éleveur avait regroupé le week-end dernier sur une autre parcelle près de la route rejoignant Durban/Arize à Castelnau une autre partie de son troupeau parmi lequel deux veaux souffrant de diarrhée:
«Quand ça arrive cela ne dure pas longtemps, les veaux sont un peu fatigués, ils ne suivent pas le troupeau mais leurs mères viennent régulièrement les faire téter. Et bien impossible de les retrouver. J’ai eu un pressentiment, j’ai ouvert le passage avec les vaches car elles reviennent toujours à l’endroit où elles laissent leurs petits et nous n’avons rien trouvé. A présent je suis persuadé que les vautours ont dévoré ces deux veaux fatigués… c’est la fin de notre métier d’éleveur, on ne peut plus mettre les bêtes en estive à cause des ours et plus bas ce sont les vautours»
Michel Rios a choisi l’agriculture raisonnée, des circuits courts et de la consommation éco-responsable.
«Vous savez ce n’a pas été toujours évident pour moi, fils de réfugié espagnol, je n’étais pas d’ici, j’ai toujours beaucoup travaillé, il a fallu faire deux fois plus ses preuves, j’ai passé des diplômes, agrandi peu à peu l’exploitation et choisi de travailler en harmonie avec la nature.
Aujourd’hui j’ai vu 150 vautours sur mon exploitation, mettant à mal le travail d’une vie… une surpopulation de vautours qui attaquent les bêtes vivantes. C’est un désespoir pour moi mais également pour tous mes confrères. Que faire des rondes nuits et jours pour les effrayer mais ils n’ont pas peur de nous. On arrive à l’épuisement de nos forces, nous sommes à bout!»
Après l’épidémie de vache folle et la fermeture en 2003 sur le versant espagnol des «muladares», plateformes de nourrissage qui permettaient aux porcheries industrielles de se débarrasser de leurs déchets, près de 7000 vautours se sont retrouvés du jour au lendemain sans nourriture.
Cette situation de disette en Espagne a incité le mouvement de vautours espagnols vers la France avec l’amplification de certains facteurs comportementaux comme la diminution de la méfiance vis-à-vis de la présence humaine, une pression souvent pesante sur les estives.
Les vautours sont des espèces protégées. Jusqu’à présent ces charognards opportunistes travaillaient de concert avec les éleveurs. Aujourd’hui cette union de circonstance semble rompue.
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