Zone unique avec cinéma, palais des congrès, zénith: une bonne idée pour l'Ariège?
02/02/2012 | 10:58
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Un «Schéma de Cohérence Territoriale», ou SCOT. Il faut bien l’avouer, le terme peut avoir tendance à faire fuir.

Pourtant, il s’agit d’un document qui s’annonce primordial pour le territoire. D’ici 2014, les élus sont chargés d’y dessiner l’Ariège de demain, dans la vallée qui s’étire de Tarascon jusqu’à Saverdun.

«Une stratégie globale d’aménagement durable à l’horizon 2020-2030» nous disent les introductions. Rien que ça!

Et au détour de documents ou d’articles publiés récemment, on a pu tomber sur l’idée suivante: créer une «zone unique», qui regrouperait différents «équipements structurants» tels qu’«une salle polyvalente de type Zénith, un complexe sportif, un palais des congrès, un complexe cinématographique...»

Une zone qui permettrait en somme de «mutualiser différentes infrastructures (parking, voiries) et des services (restaurants, hôtelleries)» afin de «limiter les investissements» et de «conforter un pôle qui serait partagé par l’ensemble des habitants du SCOT»

Et tout cela, pourquoi pas «à proximité du CHIVA ?»

Voila une idée, lancée lors de réunions, qui se retrouve dans des documents publics et qui aiguise déjà la curiosité des lecteurs attentifs.

Les élus pour la plupart lèvent les bras au ciel quand on les interroge «trop tôt pour en parler! trop tôt pour se positionner !»

Oui mais tout de même, sans parler de se positionner, cette idée a quand même le mérite de poser certaines questions de fond: de quels équipements si structurants l’Ariège a-t-elle besoin? Quelles sont les priorités? Où? Faut-il chercher à regrouper les choses? Ou plutôt à garder des services de proximité? Avec quels moyens financiers?

Autant de points d’interrogations qui n’attendent pas de réponses immédiates, mais qui titillent quand même l’envie d’en débattre.

Empruntons donc quelques routes départementales pour aller consulter les élus concernés.

Roger Sicre (président de la communauté de communes de Varilhes, président du SCOT) reste prudent.

Le SCOT, qu’est ce que c’est?

Le SCOT, ce n’est pas une structure, ni une institution.

C’est un document d’urbanisme établi à grande échelle (au delà d’une commune ou d’une communauté de communes).

Il fixera de grandes orientations en matière d’urbanisme, de logement, de transports, de déplacements, d’équipements structurants, de développement économique, commercial, touristique, culturel.

En Ariège, le travail a débuté en mai 2011 pour construire «un projet global de développement durable» et pour «dépasser la vision d’un territoire qui serait uniquement composé d’une juxtaposition de projets»

Quant au territoire du SCOT, il regroupe 98 communes avec la CC du canton de Saverdun, du Pays de Pamiers, les communes isolées de Saint-Jean de Falga et Lescousse, mais aussi la CC du canton de Varilhes, du Pays de Foix, du Pays de Tarascon, et la commune isolée de Capoulet Junac.

Sur cette «zone unique», «il n’y a pas de projet qui ait reçu l’aval des élus ou qui ait même été abordé lors d’une discussion sérieuse: ça n’existe pas !»

Bien sûr, «ce genre d’équipements peuvent figurer sur les orientations d’un SCOT. Encore faut-il que cela reflète la volonté des élus»

Et la «volonté des élus», c’est encore un bien grand mot.

Aux alentours de Foix, pour Jean-Christophe Bonrepaux (maire de Saint-Paul de Jarrat, président de la communauté de communes de Foix), «il est prématuré dans le cadre du SCOT de poser la question de cette manière»

Et si l’on se met quand même à rêver un peu, «il est évident que notre département rural manque de capacité d’accueil ou de certaines infrastructures.

On peut imaginer pourquoi pas un bâtiment de type culturel plus grand que ce que nous avons déjà
»

Mais le rêve ne dure pas longtemps, «il faut confronter les ambitions avec les capacités financières des collectivités locales. C’est bien de voir loin, de tracer des perspectives. Mais attention de ne pas trop s’emballer»

Jean-Christophe Bonrepaux cite quand même le CHIVA (centre hospitalier du Val d’Ariège), comme exemple d’une réalisation effectuée en commun par les élus d’un même territoire, «quand plusieurs collectivités peuvent mutualiser leurs moyens, c’est intéressant»

Même référence du côté du maire des Pujols Alain Fauré qui salue «le courage et l’ambition politique» de ceux qui ont mené à bout cette réalisation, «même si je ne dis pas qu’il faut tout construire à proximité du CHIVA !» insiste-t-il.

Regrouper des équipements en un même lieu? «Je n’ai pas d’idées arrêtées là dessus. Mais on ne peut plus continuer à gaspiller de la terre comme on l’a fait.

Des équipements qu’ils soient culturels ou sportifs doivent respecter des normes (accès, parking) qui sont très dévoreuses d’espaces.

Et si on prend 10 000 m² pour faire un parking qui n’est utilisé qu’une fois par semaine, c’est bien dommage
»

Enfin selon l’élu, le besoin du territoire en certains équipements structurants est bien réel, «quand des entreprises grandissent, elles ont besoin d’accueillir de nouveaux salariés qui ont peut-être certaines attentes . Même chose pour les jeunes Ariégeois»

Tout cela serait en somme un argument de plus pour le développement économique du département.

Du côté de Tarascon-sur-Ariège, on tire en touche: pas le moment de parler de ça.

Et globalement, l’idée de cette zone unique séduit moins ceux qui sont exclus de «l’ensemble urbain» Foix-Pamiers.

A Saverdun, Philippe Calléja (maire de Saverdun, président de la communauté de communes de Saverdun) explique sa position après que le conseil de communauté se soit prononcé (à l’unanimité) contre l’idée.

«Une répartition de ces divers projets, si leur opportunité est justifiée, entre les villes et les bourgs-centres nous paraît plus réaliste et moins contraignante» affirme la délibération.

«Ça ne me paraît pas pertinent. Je ne crois pas qu’il faille être hyper-centralisateur» explique Philippe Calléja, «je ne crois pas qu’il soit bon de dire que l’on va rassembler tout le développement dans un même endroit»

Il faut aussi selon lui «être lucide» et «aujourd’hui, la priorité est de développer les axes routiers pour désenclaver le département»

Enfin, s’ils n’ont pas d’attaches géographiques, les associations écologistes font aussi partie du processus du SCOT. Ce projet évoque à Yves Lecourt (de l’association Les yeux Ouverts) «un manque de cohérence entre déplacements et urbanisation» et une «grosse production de béton non souhaitable»

Il ajoute, «il n’y a qu’une seule voie ferrée qui ne couvre pas l’ensemble des besoins de déplacements du département. Donc les gens viendront en voiture, cela créerait beaucoup de déplacements»

Ultime argument: «dans cette période où l’on ne parle que de crise financière et de dette publique, il est indécent de rêver à de tels projets.

Plutôt que de tels équipements centraux, comme les prix de l’énergie vont augmenter, nous nous déplacerons beaucoup moins, il serait plus judicieux de créer de petites structures (ou d’adapter l’existant) plus proches des populations
»

Mais tout cela ne sont que rêveries. Et pour ceux que cela rassure ou que cela désole, on est encore bien loin de voir pousser un zénith, un cinéma ou même un complexe sportif en Ariège.


Le temps est quand même venu de réfléchir à ce dont a besoin le territoire. La phase de diagnostic du SCOT n’est pas encore achevée.

Viendra ensuite une phase de réflexion sur le projet d’aménagement et de développement durable. Pour ensuite finir par l’écriture du document d’orientation.

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 02/02/2012 | 10:58 | Lu: 9567 fois