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Réouverture de la Carrière de Bédeilhac-Aynat: les habitants vent debout contre ce projet

© midinews 2014

En quelques jours, des banderoles ont été déroulées et des panneaux installés sur la pittoresque route menant de Tarascon sur Ariège au col de Port, au cœur du Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises.

On peut y lire «Non à la réouverture de la carrière de Bédeilhac et à ses nuisances», «la carrière tue les emplois touristiques», «non au bruit» ou encore «non aux 112 camions par jour»

Derrière cette prose, un collectif, le «nrcb» (lire collectif «non a la réouverture de la carrière de Bédeilhac») qui s'est formé au début du mois dans l'urgence dés que les riverains ont appris le projet de reprise de la petite carrière Cuminetti par Denjean Ariège Granulats, multipliant au passage le tonnage par sept (de 49 000 tonnes à 350 000 tonnes par an).

Selon le collectif un contrat de fortage avait été signé par Denjean Ariège Granulats et la commune de Bédeilhac dés 2011 mais à aucun moment la population concernée n'a jamais été associée à ce projet (voir notre sujet du 04/02/2014).

C'est à la demande du collectif par courrier recommandé qu'Annick Fournié, maire de Bédeilhac, s’est sentie obligée d'organiser une réunion samedi dernier, le 15 février. Une réunion destinée aux seuls habitants du village, les autres riverains pourtant concernés par ce projet s'en sont vus refuser l'entrée.Le département de l’Ariège en surexploitation de matériauxFaisant contre mauvaise fortune bon cœur, ils ont patiemment attendus sous la pluie a l'entrée de la carrière située à la sortie du village, au pied du Calamés, un site d'escalade bien connu des sportifs pour la qualité de ses espaces protégés.

Bernard Strub du comité écologique ariégeois (CEA) et Henri Delrieu de l'association environnementale le Chabot, les y ont rejoint. «Après avoir pillé les gravats alluvionnaires de basse-Ariège, le nouveau schéma départemental des carrières demande qu’on se reporte vers de la roche massive (calcaire ou granit)» explique le porte parole du Chabot dont la position est tranchée.

«On doit privilégier l’économie de matériaux pour les générations futures. Nous sommes ici dans le même cas de figure qu’à Péreille, dans une zone d’intérêt environnemental (ZNIEFF, Natura 2000) au cœur du PNR mais avec en plus la présence de riverains à moins de 150m… une situation incompréhensible avec des tirs de mines, poussières, concassages, broyages… Alors que l’on a pléthore de matériaux dans le département de l’Ariège (une autorisation de 4M de tonnes alors que l’on n’en consomme que 1,5M).

Quel est l’intérêt à part faire de la spéculation sur 30 ans? On nous en cache peut être les enjeux, peut-être que les matériaux ariégeois sont destinés à la plate-forme de l’inutile aéroport de Notre-Dame des LandesLa résistance s’organiseD’ores et déjà une pétition circule (sur internet sur le site du collectif nrcb.com) et sur les marchés où ils sont une poignée comme Isabelle, à aller à la rencontre des ariégeois pour les sensibiliser sur ce projet.

Cette enseignante habite Bédeilhac et travaille à Tarascon, elle a découvert le pot aux roses le mois dernier: «Le CEA nous a alerté que la carrière de notre village allait rouvrir. (…) nous avons fait des calculs cela représente 112 camions par jour sur notre petite départementale qui n’est pas prévue à cet effet, avec les risques d’accidents que cela peut engendrer et les nuisances pour les riverains (poussières, bruit, tirs de mines…). Nous avons choisis cette vallée pour sa qualité de vie, cette carrière va dévaloriser nos maisons, personne ne viendra plus ici!»

Déborah est britannique, elle a mis toutes ses économies et un peu plus sur ses gîtes (Base Calamès) installés au pied du Calamès, à quelques encablures de la carrière.

«J’accueille 25 semaines par an essentiellement des cyclos et des clients qui cherchent calme et tranquillité. Ils utilisent les restaurants et les commerces alentours, c’est une véritable économie pour la vallée. Nous avons fait un prêt pour ce projet, j’ai du renoncer à mon emploi car mon enfant est autiste je ne peux pas travailler ailleurs. Et là on va tout perdre. C’est dramatique»

Jean a ouvert un gite et des chambres d’hôtes (La Rivière) à la sortie de Tarascon. Il a lui aussi choisi d’investir toutes ces économies dans la vallée qui représentait pour lui la qualité de vie qu’il n’avait plus en ville:

«L’ouverture possible et non souhaitable de cette carrière impactera la rentabilité de tous les professionnels de la vallée du Saurat. Nous sommes venus ici pour la qualité de vie et parce que nous avions un projet économique lié au tourisme, on ne savait pas qu’il y avait ce projet. Si on avait entendu parler on aurait investi ailleurs. Oui on nous met devant le fait accompli»

Jean ne compte pas en rester là. Il a pris rendez-vous avec Alain Leplus, président de L’Office de Tourisme qui a inscrit le sujet à l’ordre du jour de son AG.Au final le projet serait revu à la baisse: de 350 000 à 100 000 tonnes par anSuite à cette réunion, les habitants ont appris que le loyer attribué à la commune par Denjean Ariège Granulats s’élevait à 20 centimes d’euros la tonne extraite avec un minimum de 50 000 tonnes. «Cela représente 10 000 euros par an au minimum, même si l’entreprise Denjean n’extrait rien» précise Loïc Defaut membre du collectif

«Par contre on nous a dit que le contrat de fortage avait été refait et divisé par trois. L’exploitation passerait des 350 000 tonnes prévues à 100 000 tonnes (c’est tout de même le double de l’exploitation précédente). Nous sommes loin d’être satisfaits car dans les mesures substantielles le coefficient multiplicateur est de quatre. C'est-à-dire que Denjean Ariège Granulats pourra multiplier par quatre son tonnage par simple demande à la préfecture sans avoir besoin de passer par une consultation à la mairie de Beideilhac.

Nous ne pouvons l’accepter d’autant que les autorisations de tonnages en Ariège portent sur 4Mt/an alors que les besoins du département sont de l’ordre du million de tonne… On a des autorisations de tonnages quatre fois supérieurs à nos besoins!
»

Les opposants sont loin d’être rassurés par cette nouvelle donne. Ils craignent que l’exploitant demande progressivement des autorisations supplémentaires sans avoir besoin de mettre en place une nouvelle enquête publique.

«La limitation des tonnages n’est pas une garantie suffisante. Nous allons dans les jours à venir rencontrer les maires de Saurat, Surba et Tarascon» poursuit Loïc au nom du collectif nrcb.Les collectifs entendent conjuguer leurs oppositions et faire front commun contre l’extension des carrièresLes riverains, les membres du collectif n’entendent pas en rester là, la mobilisation se poursuit. La prochaine étape consiste à se rapprocher des autres collectifs de basse Ariège contre l’extension des gravières et de faire cause commune.

«Nous allons conjuguer nos oppositions au pluriel et peut être envisager des actions communes pour sensibiliser le grand public»

Laurence Cabrol | 17/02/2014 - 19:22 | Lu: 37271 fois