Secours en montagne: exercice sur glacier avec le PGHM de l'Ariège

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La haute montagne est un milieu souvent hostile.

À n’importe quel moment de l’année, dans le froid mordant de l’hiver ou la douceur estivale, les unités de secours en montagne (PGHM, DAG) réalisent des exercices d’extraction visant à s’imprégner des conditions d’évolution de la montagne, car la pratiquer au quotidien est gage de sécurité tant pour ces professionnels du secours que pour les blessés qu’ils viennent y chercher.

Ce jour-là l’exercice consistait à évacuer par les airs une victime ayant chuté dans une crevasse au niveau du glacier situé dans le couloir Faustin à 1 950m d’altitude sur la face Est du Valier, le «Seigneur du Couserans».

Ces professionnels du secours en montagne sont régulièrement confrontés à ce genre de situation.

Aussi, pour maintenir leur niveau de performance et de technicité, ils organisent une à plusieurs fois par mois des exercices sur des thématiques particulières, en fonction des saisons: exercice ravin, via ferrata, avalanche, canyon, crevasses.

«En principe nous travaillons sur ce genre d’exercice avec un médecin du SMUR Montagne. Mais aujourd’hui le but premier de la manœuvre, c’est l’entrainement de trois de nos effectifs qui partent en stage de chef de caravane à Chamonix.

Ils vont être confrontés à cette problématique des crevasses et à bien d’autres!
» explique l’adjudant-chef Sébastien Thomas.

«La richesse de notre peloton c’est de pouvoir accueillir des personnels des autres massifs et d’aller nous former régulièrement à Chamonix pour réfléchir sur la problématique de l’accidentologie et mettre en œuvre une programmation d’instructions».

«Le secours c’est une chaine avec plusieurs maillons qui vont de la victime à sa médicalisation par le SMUR, son extraction par notre partenaire le DAG».

L’hélicoptère du DAG stationné à la base de Pamiers les Pujols est un réel allié comme l’indique le capitaine Alain Valette: «38% des secours sont médicalisés. Dès l’alerte nous sommes trois à nous concerter: le 112, le SAMU et le PGHM pour savoir quels moyens sont mis en œuvre».
Un indispensable travail d’équipe
En montagne le risque zéro n’existe pas. D’où la nécessité de réaliser ces exercices pour maintenir opérationnels les personnels: secouristes, médecins et équipages: «le secours en montagne est très technique.

Et quand on intervient en zone particulièrement technique, on fait des reconnaissances, tout le monde doit réfléchir à la manière d’intervenir de la manière la plus sécurisée pour tous. On ne doit prendre comme on dit dans notre jargon que des risques calculés
».

Après une période d’observation en stationnaire, le biturbine a hélitreuillé l’équipe de six personnes sur une cupule à plus de 20m au-dessus de la crevasse: «le chef de caravane doit anticiper et déterminer la zone de travail qui déterminera la réussite de l’extraction.

Un premier secouriste est envoyé après de la victime pour faire un premier bilan et faire les gestes de premiers secours.

Pendant ce temps le matériel est installé: bipode, treuils, cordes, perche dans laquelle sera installée le blessé en gardant toujours l’axe tête, cou, tronc.

Beaucoup du matériel que nous utilisons là est le fruit de nos recherches au centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie de Chamonix
».

Mais qui dit secours en montagne dit cohésion, esprit d’équipe, une des spécificités de ces montagnards: «le secours en montagne c’est tout sauf l’exploit personnel, c’est un travail d’équipe qui regroupe des professionnels expérimentés (dans le vol en montagne, le treuillage en montagne, la médecine de montagne)».

Après un peu plus d’une heure d’exercice dans un paysage de carte postale, il y aura débriefing, mais la journée est loin d’être finie pour le PGHM.
La montagne, aire de jeu pour tous?
Les Pyrénées ont la particularité de compter 160 sommets à plus de 2 000m d’altitude, d’avoir une frontière de 160km avec l’Andorre ou l’Espagne et d’être dotées de forêts épaisses qui rendent les secours souvent difficiles.

De plus la montagne est devenue le terrain de jeu favori des randonneurs, skieurs, chasseurs, ramasseurs de champignons… de plus en plus de pratiquants qui s’exonèrent souvent des principes fondamentaux de sécurité: sortie sans préparation, condition physique ou matériel peu adapté au milieu… etc.

Si bien que le taux d’accidentologie en randonnée s’aggrave depuis 10 ans et flambe selon les années en fonction des conditions météo.

Jean-Louis Hildenbrand, le capitaine du PGHM de Savignac les Ormeaux est catégorique: «2015 a été l’année de tous les records avec 261 opérations de secours et recherche (275 sorties) et 327 personnes évacuées dont 186 blessés, 127 indemnes et 14 personnes décédées dont 9 en montagne….

Nous avons battu les records d’intervention, car il a fait beau temps, un bon enneigement l’hiver et un été caniculaire qui a vu exploser les activités de canyon.

Même bien encadré par les professionnels, ce sport peut être dangereux, la récupération après une chute de plusieurs mètres peut mal se passer, si l’on ajoute le paramètre de la surfréquentation des pratiquants…
»

Actuellement la saison est calme pour les professionnels du PGHM: «en février nous n’avons fait que 9 interventions, poursuit le capitaine du PGHM, il est vrai que le taux d’enneigement était extrêmement bas, de quoi dissuader les amateurs de hors-piste ou le ski de randonnée.

Mais les choses risquent d’évoluer dès ce week-end avec les vacanciers et les récentes chutes de neige
».

Aussi il convient de respecter les règles de sécurité élémentaire pour que la montagne reste un plaisir pour tous.

PGHM: peloton de gendarmerie de haute montagne (Savignac les Ormeaux)

DAG: détachement aérien gendarmerie (aérodrome des Pujols)

SMUR Montagne: Service d’Aide Médicale d’Urgence Montagne (Centre Hospitalier du Val d’Ariège)

Laurence Cabrol | 19/02/2016 - 18:44 | Lu: 29234 fois