Les petites histoires de Mélanie: l'authentique païrol de nos grands-mères

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Dans un coin de l’âtre fumant, les pieds près des cendres chaudes, Grand-mère termine la journée. Auprès d’elle Grand-père savoure le temps du repos.

La crémaillère soutient une magnifique marmite de cuivre où mijote la soupe, rallongée chaque jour de feuilles de chou, de carottes ou d’un bout de lard. La marmite, cet authentique païrol, porte les milliers de marques laissées par le marteau du chaudronnier.

Dans le livre les «Vieux métiers et pratiques oubliées en Ariège» de Denise et Max Dejean, les portraits de familles évoquent le métier de chaudronnier.

Le grand-père Savignac de Saint-Girons créa en 1864 l’entreprise de chaudronnerie. Dans les premiers temps, il fabriquait le chaudron entier. Les mines de cuivre, toujours exploitées en 1905, se trouvaient à Ranet près de Vicdessos et à Alzen près de Labastide-de-Sérou.

Denise Déjean rappelle que «les chaudronniers ariégeois trouvaient plus commode, faute d’équipement industriel, d’importer de la Montagne Noire les ébauches de chaudron. Leur travail consistait alors à marteler ces disques de métal sur une forme, pour dresser peu à peu les côtés du chaudron, puis replier le bord et enfin adapter une anse de fer forgé».

Ces marmites, bassinoires, casseroles ou autres «oules» étaient plus souvent louées que vendues. Dans les villages, pour plus d’économie, une famille louait le chaudron et le prêtait à ses voisins.

Mais les paiements du XIXème siècle étaient rarement opérés en numéraire, l’échange ou le troc étaient souvent la seule façon de se procurer ce que l’on ne pouvait pas fabriquer soi-même.

Ainsi, jusqu’à la dernière guerre, le père de Daniel Savignac louait ses chaudrons contre une rente payée en blé, une fois l’an, aux alentours de la Toussaint. Il en prélevait la quantité nécessaire pour sa famille et revendait l’excèdent au meilleur cours.

Pour être vraiment rentable, une affaire comme celle-ci devait s’étendre à une région très vaste. Du Mas d’Azil à Carbonne, de Massat à Aulus, jusqu’à Bethmale.

Daniel Savignac, le petit fils du chaudronnier mentionnait que «quelques fois, pour ne pas se déranger, certains faisaient rouler le chaudron à travers champs pour profiter de la pente. Vous imaginez l’état du chaudron après un tel traitement?

Pourtant mon grand-père ne faisait pas payer les réparations: elles faisaient partie du contrat tacite qui le liait à son locataire. Le païroulet passait avec sa carriole et son cheval, ramenant à Saint-Girons le blé de la rente, mais aussi les chaudrons percés ou bosselés qu’il fallait réparer avant de les remettre en location
».

Ainsi, sur une année c’étaient 300 chaudrons qui circulaient dans les foyers d’Ariège.

Pour la famille Descous qui possédait un atelier de chaudronnerie à Tarascon, le fonctionnement restait celui de la location contre payement en nature, mais cette rente variait en fonction des ressources de chacun. La famille Clastres de Rabat possédait un champ nommé lé camp del païrol (le champ du chaudron). Cette parcelle ensemencée de seigle servait à payer la rente annuelle.

«Après la dernière guerre, ce type d’artisanat périclita peu à peu. La cuisine au coin du feu dans un chaudron au doux éclat orangé, fut supplantée par les cuisinières en fonte et les casseroles en aluminium».

Aujourd’hui, en ce mois d’octobre où notre quotidien passe à l’heure d’hiver, il fait bon allumer les premiers feux de cheminée. Mais où est passée la crémaillère? Le feu de bois est loin d’être une nécessité et la mémé qui touille le païrol dans un coin de l’âtre demeure un souvenir doux et lointain.

Infos: Visite du Musée Pyrénéen de Niaux arts et traditions populaires d’Ariège, 09400 Niaux. Ouverture pendant les vacances tous les jours de 14h à 17h. Tel: 05 61 05 88 36.

Mélanie Savès | 30/10/2015 - 19:17 | Lu: 2296 fois