Les petites histoires de Mélanie: mariage mystique de Catherine de Sienne
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Une fois n’est pas coutume, voici l’analyse d’une peinture, son histoire, ses lignes et ses couleurs.
Au XVIIe siècle, peindre n’était pas affaire à se faire plaisir. Les peintres répondaient à une commande des grands de ce monde et leurs œuvres représentaient le pouvoir des rois et des papes, des grandes familles du royaume, ou évoquaient une scène mythologique ou religieuse.
L’idée de présenter la vie quotidienne était tout juste effleurée par les peintres flamands alors que les italiens plongés dans l’art baroque exaltaient la majesté et la gravité des conquérants et de panoramas grandioses.
Le tableau de Guy François serait daté de la période 1610-1650. Il s’inscrit dans une lignée des commandes classiques, au cœur de son époque alors que les guerres de religion font rage. Dans cette ambiance de conflits permanents, le roi Henri IV, ancien protestant est assassiné en 1610. Le tableau de Guy François renforce naturellement la puissance de l’Église Catholique.
Le personnage principal, Catherine de Sienne, fait partie des femmes influentes du XIVe siècle, qui ont voué leur vie à la chasteté et à la charité. On mentionne même qu’elle aurait conforté le pape Grégoire XI dans son choix de quitter définitivement le palais d’Avignon au profit de Rome.
Divers songes font grandir la foi de la jeune Catherine. Une nuit, elle voit Saint Dominique, une fleur de lys à la main, lui apportant un habit des sœurs dominicaines de la Pénitence, lui assurant qu’elle fera partie de cette congrégation.
Lors d’une apparition qu’elle eut en 1368, le Christ lui remet un anneau lui rappelant que «l’âme s’unit à Dieu par sentiment d’amour». Ce mariage est dit «mystique» et à l’instar du Cantique des Cantiques est le symbole de l’union entre l’homme et Dieu.
À travers l’histoire de l’Église, de nombreux auteurs ont parlé, comme Thérèse d’Avila, François de Sales, Thérèse de Lisieux, de cette union avec Dieu, comme étant le sommet de la vie chrétienne, après des périodes de fiançailles, de doutes et d’abandons.
Notre peintre prit le temps de soigner son châssis de bois. Il prépara la toile, pour l’isoler de la couche picturale, sans quoi, l’acidité de la peinture l’endommagerait. Pour cela, il badigeonna de la colle de peau, puis posa une préparation qui servirait de base pour l’aplat des couleurs.
Le dessin préparatoire se faisait au blanc de plomb pour les parties lumineuses, et au bleu de smalt pour les ombres. Héritier du Caravage, Guy François jouait avec ce fond sombre qui fait si bien ressortir le doux visage de Catherine de Sienne.
Le manteau de la Vierge posé au bas du tableau, forme la base d’un triangle couronné par la tête de celle-ci. Son regard est altier et pèse sur la jeune femme. Elle est le socle, la matriarche protectrice de l’Enfant Jésus, symbole de l’Église qui se fait le relai de l’enseignement proposé par le Christ.
Jésus Enfant dans son lange blanc représente l’innocence, la sagesse, et la divinité. Ses cheveux d’or répondent à ceux de Catherine et les deux visages de la mère et de l’Enfant sont tournés vers la jeune «mariée». De son doigt, il désigne l’anneau qu’il porte à la main droite. Catherine est soumise à sa proposition et joint ses mains en signe d’acceptation et d’Amour.
Enfin, une ascension est donnée par l’alignement des deux têtes à chevelure bonde, aux reflets dorés, montant vers ces nuages pourpres et lumineux du monde des cieux.
Alors, mariage heureux? Certainement, les titres de cette reconnaissance pleuvent depuis le XVe siècle.
Canonisée en 1461, Catherine de Sienne fut désignée co-patronne de Rome en 1866, puis docteur de l’Église en 1970, sainte patronne de l’Italie aux côtés de saint François d’Assise en 1939. Le 1er octobre 1999, Jean-Paul II la déclare sainte patronne de l’Europe.
Et qui sait si le mariage mystique ne fut pas célébré une fois de plus, en catimini, dans cette église d’Ax, sous la bénédiction de Saint Vincent, saint patron des vignerons.
Découvrez ce tableau lors des Journées Européennes du Patrimoine.
Dimanche 20 septembre, visite insolite d’Ax, dès 14h30 et 16h.
Renseignements: 06 07 60 76 13.
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