Les petites histoires de Mélanie: tableau de maître en lieu sacré

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L’art de passer devant sans savoir qu’on est en présence de quelque chose rare, vous connaissez ?

C’est l’affaire de tous les jours, jusqu’au moment où l’on furète, où l’on s’approche plus près, où les pièces d’un puzzle, encore hier inconnu, viennent s’agencer ça-et-là pour former une image, une idée, une joie!

Disons que c’est ce qu’il m’est arrivé il y a peu en découvrant un tableau installé depuis plusieurs décennies dans une chapelle de l’église Saint-Vincent d’Ax-les-Thermes : le mariage mystique de sainte Catherine de Sienne.

Le tableau fut tour à tour attribué à Francesco Albani dit l’Albane, peintre de Bologne du XVIIe siècle, puis aux frères Mignard, eux-mêmes inspirés d’Albane dans les années 1630.

Dans sa Monographie de la ville d’Ax de 1886, Marcailhou d’Aymeric rappelle la tradition orale qui veut que l’œuvre «ornait l’appartement de Marie-Antoinette aux Tuileries ; une dame d’honneur de la reine le sauva du pillage du 10 aout 1792, et en fit don à une demoiselle d’Ax, mademoiselle Ruffat, sa parente.

Cette dernière par testament du 6 mars 1871 le laissa à l’église paroissiale Saint-Vincent d’Ax
». Faute de mieux, l’histoire d’héritage a suivi son cours chez les érudits du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Mais qu’en est-il de l’auteur ? Si l’on s’en réfère à l’anecdote issue du Figaro de 1883 et rapportée par Marcailhou d’Aymeric, les tableaux de Francesco d’Albani sont difficiles à certifier:

«Sous l’Empire, un monsieur se fait présenter au directeur du Musée du Louvre, monsieur Villot :
— Je viens, lui dit-il, vous révéler l’existence d’un chef d’œuvre !
— Oui monsieur, répond froidement monsieur Villot, habitué sans doute à ces révélations.
— Je vous demande la permission de vous l’apporter.
— Soit… et de qui est-il ?
— C’est un Albane.
— Il est signé au moins ?
— Oh certainement et très lisiblement.
— Oh alors, fit poliment monsieur Villot, ce n’est pas la peine de vous déranger, il est faux !
En effet, l’Albane ne signait pas ses tableaux !
»

En 2007 l’entreprise Malbrel se charge de restaurer le tableau de l’église d’Ax et, après analyse du style, l’attribue à Guy François.

Peintre né au Puy-en-Velay en 1578, Guy François travaillait à Toulouse dans la première moitié du XVIIe siècle, et fut l’un des premiers peintres français à s’être rallié au caravagisme.

Le Caravage, ce grand maître du contraste ombre-lumière et du réalisme des corps influença durablement l’art d’un grand nombre de peintres dans l’Europe du XVIIe siècle.

Imaginons le Guy François préparant sa toile de lin, agencée sur un châssis de bois de 113cm/87.2cm. La peinture est à l’huile, les couleurs douces et harmonieuses comme le regard de sainte Catherine.

La thématique choisie par le peintre correspond parfaitement aux commandes des peintures d’églises de son époque… (suite à lire la semaine prochaine)

Découvrez ce tableau lors des Journées européennes du Patrimoine

Dimanche 20 septembre, visite insolite d’Ax, dès 14 h 30.

Renseignements: 06 07 60 76 13

Mélanie Savès | 11/09/2015 - 21:29 | Lu: 5247 fois