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Une locomotive électrique de 22 tonnes dans le ciel de Pamiers
10/12/2012 | 19:06
© MidiNews 2012

Moment historique cet après-midi Boulevard de la Libération…

Les anciens ouvriers, les élus, les habitants du quartier et les élèves de l’école des Carmes se sont retrouvés pour assister à l’installation de la fameuse «Boîte à sel», une des quatre locomotives électriques qui assuraient depuis 1916 jusqu’au début des années 1980, le trajet entre la gare et l’usine de métallurgie (aujourd’hui Aubert et Duval).

C’est à la faveur d’un sentier de découverte et d’interprétation du patrimoine industriel de la ville qui permettra de faire le tour des canaux enserrant le centre ancien, que la Communauté de Communes du Pays de Pamiers a décidé d’installer cet engin, classé au titre des Monuments Historiques en 1992, devant l’usine Aubert et Duval.

Un moment symbolique car cette locomotive électrique achetée neuve en 1916 aux Ateliers des Chartreux de la Compagnie Générale Française de Tramway de Marseille faisait les trajets entre la gare et l’usine, transportant les matériaux nécessaires au fonctionnement des forges. De nombreux Appaméens en gardent un souvenir vivace.

Ainsi Régis Loubes, habitant du quartier St Jean, se souvient de l’époque où son grand-père maternel, Jean-Baptiste Trenta, conduisait dans les années 1918-1920 cette machine révolutionnaire: «toute ma vie je l’ai vue passer devant ma porte […]

Mon grand-père, conducteur de la loco, faisait monter ses enfants pour un petit tour au Jeu du Mail. C’est aujourd’hui une page de l’histoire qui revient je suis heureux de la voir installée ici
»

Mais cette locomotive faisait aussi régulièrement parler d’elle à cause de ses problèmes de freins: «je l’ai photographiée perchée sur un poteau à l’angle de la route de Villeneuve» poursuit Régis.

«Je l’ai vue renversée au croisement de la route de Toulouse» ajoute Jean-Louis.

Mais celui qui en parle le mieux, c’est Charles Roudière, 81 printemps, ancien facteur qui, armé de son sifflet et drapé de son seul courage, a précédé de quelques mètres le terrible engin dévalant la pente du Jeu du Mail pour faire écarter la circulation et les piétons.

«A l’époque (1961) je n’ai pas réalisé le danger, c’était un réflexe citoyen, j’étais sapeur pompier volontaire !»

Aujourd’hui c’est avec un peu de nostalgie et un pincement au cœur que le «facteur Roudière» (il est désormais passé à la postérité) revoit la loco BB n°2 s’élever dans le ciel de Pamiers jusqu’aux rails qui vont l’accueillir pour son dernier voyage.

Des travaux de restauration ont été réalisés sous la houlette de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Midi Pyrénées (DRAC).

La Société albigeoise SAFRA, spécialisée dans la carrosserie industrielle et dans la restauration du mobilier industriel protégé, a été retenue avec un cahier des charges précis: «il s’agissait de conserver dans un état le plus proche possible de son origine cette machine… les pièces irrécupérables ont été changées et le maximum des éléments d’origine conservés.

Un inventaire précis des travaux a été réalisé par un expert ferroviaire de la DRAC qui a poussé la précision de son intervention jusqu’à prescrire la couleur d’origine de la locomotive, à savoir, le gris
» explique Joël Alpin, directeur de l’entreprise de carrosserie industrielle SAFRA.

Il est vrai que l’engin avait passé quelques années dans un champ, aux intempéries: «la carrosserie était rouillée, nous avons tout sablé, récupéré les boiseries d’origine, mis en peinture et remplacé le vitrage par un plexi incassable… nous l’avons récupéré en trois éléments mais nous la remontons en un seul bloc de 22 tonnes, c’est particulièrement spectaculaire»

Spectaculaire et précieux car si dans les années 1915 beaucoup de gares disposaient de locomotives électriques, elles ont à présent toutes disparu: «au niveau du patrimoine industriel on ne remonte que jusqu’aux années 1950» indique Alexandra Gueguen, en charge du dossier à la communauté de communes.

Le coût total des travaux s’est élevé à 69 000 €HT, subventionnés pour plus de la moitié par des aides provenant de l’Etat, la Région et le Département.

Une souscription a également été lancée par le biais de la Fondation du Patrimoine afin de recueillir des dons auprès des particuliers.Déplacée le 24 juillet, la locomotive électrique BB n°2 revient donc à Pamiers et vient d’être installée face aux portes de l’Usine. Une page de l’histoire est tournée, une autre va s’écrire.


Appel à témoignages

Alexandra Gueguen, du service Inventaire-Patrimoine, fait un appel à témoignages auprès des lecteurs pour qu’ils parlent de la loco mais également qu’ils fournissent des photos, de la documentation car il s’agit d’écrire avec eux cette page de l’histoire de Pamiers.

Contact:
Alexandra Gueguen
05 34 01 21 73
[email protected]

La mairie de Pamiers organise l’Inauguration officielle de la locomotive vendredi 14 décembre à 11h, châtaignes et vin chaud.
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 10/12/2012 | 19:06 | Lu: 28669 fois