Dans le bureau de vote de poupée du petit village d’Aigues Juntes, perdu dans le massif du Plantaurel, l’isoloir est un tissu des années 70 tendu dans un coin.
Et il n’y a pas besoin de donner la carte d’identité pour voter: tout le monde se connaît.
Devant la petite mairie en ce jour de vote, quelques enfants jouent au ballon, devant les portraits des deux finalistes appuyés sur le mur en tôle de la grange d’à côté.
Mais il n’y a pas grande surprise. Les élans politiques collectifs du village sont aussi bien connus de tous, et depuis longtemps.
Au premier tour de ces présidentielles, Jean-Luc Mélenchon pour le Front de Gauche a battu des records en Ariège en remportant 61,90% des voix, dans ce village qui compte 48 inscrits sur les listes électorales.
«Beaucoup ne veulent pas aller dans l’urne ici !» raconte la garante de ces élections, en faisant signer un électeur.
«C’est le village gaulois. C’est la gauche de la gauche de la gauche. D’ailleurs, les gens de droite vivent très mal ici !» enchaîne un habitant, aussi loquace que moustachu, «je pense que c’est culturel.
Quand c’est très rural, dans les zones de montagne, les gens ont démarré avec leurs tripes pour avoir le peu qu’ils ont. Ça fait des racines qui font que l’esprit de gauche est là, et qu’on n'arrive pas à s’en dépêtrer !»
Après avoir voté, il explique «je suis né dans ce village, j’ai toujours voté ici. Et celui qui m’a appris à lire est juste ici derrière vous...»
Sur une chaise, c’est Paul Bégou qui regarde en bleu de travail ses anciens élèves aujourd’hui devenus électeurs.
Ancien résistant pendant la guerre, nommé instituteur au village en 1951, il en a longtemps été le maire (pendant 42 ans), étiqueté Parti communiste Français.
Il se rappelle, «à cette époque, j’arrivais de l’Aude. Et j’ai vu que le conseil municipal d’Aigues Juntes avait voté une motion en faveur de l’école laïque!
Je suis tombé du 4ème en me disant: «tu vas tomber dans un village formidable» et ça ne s’est jamais démenti...»
Et l’ancien instituteur a bien essayé de percer le mystère, «ce que j’ai observé, c’est que ce vote très à gauche, on le trouve un peu à Gabre côté Aigues Juntes et un peu à Baulou côté Aigues Juntes.
J’ai essayé d’expliquer si ce n’était pas dû à la religion, mais ce n’est pas ça. Je pense que c’est une société sans classe, ce sont tous des petits propriétaires. Il y a peut être aussi ces racines d’une vie dure, qui ont donné aux habitants de solides notions de justice»
Gilles Soula (agriculteur et maire du village) est confiant, et connaît bien les habitudes du village, «au second tour, il n’y a pas de problème. Les voix se répercutent sur le parti Socialiste sans problème»
En ce 6 mai, le candidat socialiste François Hollande a obtenu un score de 86,36% à Aigues Juntes, soit 38 voix sur les 48 inscrits. Nicolas Sarkozy a de son côté réuni 6 voix, soit 13,64%.
- Construction d'un «refuge-chalet» à Soulcem: où en est le projet?
- Loi sur les semences: une action à Foix contre «la main mise sur la biodiversité»
- Foix: les syndicats ariégeois s'invitent à la conférence sociale
- Premiers pas dans l'hémicycle pour Alain Fauré, député de la 2ème circonscription de l'Ariège
- Lac de Montbel: le bras de fer d'Augustin Bonrepaux avec ses voisins de l'Aude et de Haute-Garonne
- Le projet éolien du Pays des Pyrénées Cathares tombe à l'eau
- Conférence sociale: la CGT milite pour une autre répartition des richesses
- Installation d'antennes-relais en Ariège: l'heure de la concertation
- Qui est Alain Fauré, le nouveau député de l'Ariège?
- Second tour des élections: les réactions à droite et à gauche



fermer les commentaires
ajouter un commentaire
Les commentaires sont libres d'accès.



