Baisse des dotations aux collectivités: le coup de gueule d'un «petit maire» ariégeois

© midinews 2015
Alors que deux «grands» élus de basse Ariège (le député socialiste Alain Fauré et le conseiller régional Les Républicains Philippe Calléja) s’écharpent sur le sujet, Jean-Paul Falguié, maire de Taurignan-Castet, a décidé de «l’ouvrir, car cela devient insupportable!».
Édile d’une commune de «seulement» 164 habitants, il n’en affiche pas moins des convictions bien arrêtées sur la baisse des dotations promises par l’État aux collectivités dans la logique de la réduction des dépenses publiques, mais aussi sur le peu de considération dont font l’objet les élus des petites communes.
«Les maires et donc les petites communes sont en danger, affirme-t-il. La baisse des dotations nuit directement aux investissements que nous portons. Mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.
On ne comprend pas par exemple comment certaines villes se permettent de mettre plusieurs millions d’euros sur des projets de loisirs, parfois éphémères, alors que nous éprouvons de grandes difficultés à obtenir des aides pour simplement goudronner nos routes communales.
Et un pays qui ne dispose pas d’un réseau routier en état devient vite un pays pauvre. C’est une image qui reflète assez bien l’état d’esprit dans lequel nous sommes aujourd’hui».
Les routes communales seront bientôt des chemins communaux
Avec un goût pour la formule qui fait mouche, Jean-Paul Falguié résume son propos en deux phrases: «L’Etat s’est désengagé de sa voirie vers le Département, lui fait pareil avec nous. Bientôt, nos routes communales deviendront des chemins communaux».
Entrepreneur en bâtiment, Monsieur le Maire porte un regard attentif sur les chantiers à mener sur sa commune, mais aussi chez celles des alentours.
«C’est très clair: aujourd’hui, nous n’avons plus les moyens d’entretenir les bâtiments publics. Nous aurons par exemple de gros problèmes pour assurer la mise en accessibilité de nos locaux comme la loi nous l’impose, car les dotations ne sont pas à la hauteur des travaux que nous devons engager».
Plus qu’une histoire de gros sous, Jean-Paul Falguié croit discerner dans cette baisse des dotations l’orchestration d’une volonté politique latente.
«On étouffe volontairement les petites communes au bénéfice des grosses intercommunalités. À ce rythme, nos mairies vont disparaître et nos communes auront la plus grande difficulté à bénéficier de plus d’un délégué au sein de ces communautés de communes. C’est une atteinte directe à la démocratie», accuse l’élu couserannais.
Remonté contre ce processus dont il accuse «les gouvernements successifs de droite comme de gauche», Jean-Paul Falguié n’en reste pas moins un défenseur des intercommunalités, mais dans la logique d’une «unification dans laquelle chaque commune conserve son identité. Dans le cas contraire, les grosses communes vont nous manger tout cru».
Quelle solution? «Une commune, une voix. C’est simple, c’est démocratique. Petits ou grands, nous sommes tous des élus du peuple».
Avec des dotations, je crée de l’emploi; sans je crée du chômage
Prêt à proposer au Premier Ministre de partager un déjeuner «pour lui parler de la vraie vie des Français», Jean-Paul Falguié estime que la réduction de la dépense publique ne soignera pas les maux dont souffre le pays.
«Couper les vivres aux communes est l’inverse de ce qui devrait être fait. Ici, je sais qu’avec les dotations suffisantes, je peux faire travailler des entreprises et donc créer de l’emploi. Sans dotation, je crée du chômage. C’est aussi simple que ça», assène-t-il.
«Sur l’Ariège, on constate que les gros marchés publics ont diminué. On s’attend donc à une année 2016 très difficile dans le secteur du bâtiment et des travaux publics: des départs en retraite ne seront pas remplacés, des intérimaires ne seront pas repris, etc. Mais c’est logique, nos collectivités ne sont plus en capacité de lancer des marchés publics.
Alors vaut-il mieux envoyer de l’argent dans les collectivités locales pour qu’elles génèrent des marchés et qu’elles maintiennent voire créent de l’emploi, ou est-il préférable de mettre cet argent dans les caisses sociales pour financer le chômage?»
La question est posée. Se règlera-t-elle autour d’un déjeuner ministériel à Taurignan-Castet?
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