Visite de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT en Ariège: «le dialogue social est en panne»

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Élu à la tête de la CGT il y a neuf mois à peine, suite à une crise qui a contraint à la démission de son prédécesseur, Philippe Martinez est chargé de relever la barre d’une centrale que certains observateurs considèrent en perte de vitesse: le syndicat a subi une série de revers électoraux dans les grandes entreprises publiques et aurait perdu en 2014 plus de 20 000 adhérents.

Aussi le patron de la CGT compte peser sur la rentrée sociale. Avec le syndicat Solidaire et la FSU, il appelle à une journée de mobilisation le 8 octobre prochain. En attendant, il poursuit son tour de France social, à la rencontre des adhérents.

Samedi matin c’est sur fond de crise que Philippe Martinez était accueilli par l’Union Locale de Foix en lutte depuis plusieurs mois contre la mairie.

En effet, la commune propriétaire des lieux veut récupérer le local occupé par le syndicat pour y construire un bâtiment social et malgré les propositions de relogement, impossible de trouver un terrain d’entente.

Si bien que mardi la CGT comparaitra devant le tribunal et risque outre une astreinte de 1 000€ par jour d’occupation, l’expulsion.
70 ans des comités d’entreprise: «un rôle économique, social et de solidarité»
Au-delà de ce conflit fuxéo-fuxéenn c’est à Pamiers au comité d’entreprise d’Aubert & Duval que la visite du leader syndicaliste a pris tout son sens.

Ce samedi on fêtait à la CGT les 70 ans des comités d’entreprises. Issue de la Libération, l’ordonnance du 22 février 1945 est l’acte fondateur que l’on fête cette année, elle a pour vocation principale d’améliorer l’ordinaire des salariés.

Mais il aura fallu attendre la loi du 16 mai 1946 pour que soit trouvé l’équilibre entre missions sociales et attributions économiques*. 

Un anniversaire pas tout à fait comme les autres dans un contexte social dégradé, sur fond de négociation de dialogue social entre syndicat et patronat qui n’a pas abouti, comment une institution vieille de 70 ans s’est-elle et peut-elle encore s’adapter aux défis sociaux du XXIème siècle?

Les CE de la CAF, de l’entreprise Cottes, le CCAS, la SNCF, Aubert& Duval, l’ADAPEI, la PAJH... étaient présents ainsi que de nombreux adhérents pour en débattre.

Sébastien Pollaert, responsable CGT du CE de l’Usine de Pamiers, une institution qui fêtera l’an prochain ses 200 ans, à rappelé l’importance de cette institution représentative du personnel: «Nous ne sommes pas des comités des fêtes, nous avons un vrai rôle social et économique... on est un peu écouté, on arrive à faire avancer les choses».

De son côté, Philippe Martinez a indiqué qu’il s’agissait ici de sa seconde visite. Il était effectivement venu chez Aubert & Duval avec la casquette secrétaire général de la métallurgie: «Ici l’accueil est fraternel!

Après les 120 ans de la CGT, les 70 ans de la sécurité sociale et avant les 80 ans des congés payés l’an prochain, je suis heureux de fêter aujourd’hui avec vous les 70 ans des comités d’entreprise
».

Le secrétaire général est revenu sur leur rôle: un rôle économique «on s’est battu pour en arriver là» et un rôle social «un tiers de leurs budgets est dédié à la création culturelle. C’est grâce à mon CE que j’ai pu pour la première fois aller à l’opéra» se souvient le secrétaire national de la CGT. Mais aussi et on l’a vu récemment avec l’accueil des réfugiés, un vrai rôle de solidarité...

«Au-delà des aspects festifs, ils ont une vraie force d’espoir et de fraternité
Les luttes syndicales ont encore un bel avenir
Selon lui il n’y a pas de rupture par rapport aux précédentes politiques, le gouvernement à travers ses lois sur le travail, continue à creuser les inégalités et à faire les yeux doux aux patrons: «on nous vend depuis 2013 le pacte de responsabilité comme une solution miracle, mais depuis 2013 c’est beaucoup d’aide pour les entreprises et rien pour les salariés.»

Quant au dialogue social, indispensable dans une entreprise: «il ne faut pas que ce soit un monologue et avec l’échec des négociations avec le Medef, la loi Rebsamen n’a rien changé, force est de constater que le dialogue social est en panne.

Nous réclamons davantage de droits pour les salariés, capables d’intervenir dans les débats.

Aujourd’hui, seuls le gouvernement et le Medef discutent entre eux. Ils ont une drôle conception du syndicalisme et du dialogue social, en tout cas leur conception n’a aucun lien avec la réalité des salariés. Pour preuve l’accord de la fonction publique, c’est un accord minoritaire, il n’est pas valable, car il se limite à créer une commission de suivi en excluant les non-signataires.
»

En ce sens, «les luttes syndicales ont encore un bel avenir dans notre pays et la CGT un rôle important à y jouer», souligne Philippe Martinez qui revient de la Conférence européenne des syndicats ou 90 pays étaient représentés.

«Qu’on soit de l’hémisphère nord ou du sud tout le monde est pour le dialogue social et la négociation, mais quand on a en face un mur, quand le choix est non partagé, on n’a pas le choix, c’est la lutte, un des moyens les plus efficaces pour obtenir des résultats.

Le salarié a changé, il n’est pas le même qu’il y a quelques années, mais la lutte est toujours d’actualité. En ce moment ce sont les Anglais qui sont en lutte pour le respect du droit de grève, les Belges pour les retraites et les salaires et même les Ukrainiens qui pourtant auraient autre chose en faire, ils se battent sur la mise en place de conventions collectives... oui elles sont plus que jamais d’actualité.
»
       
Les derniers rendez-vous sociaux ont du mal à drainer du monde, les manifestations ne mobilisent plus.

À quelques jours du mouvement social du 8 octobre, Philippe Martinez se veut confiant: «la période de crise profonde que nous traversons, les mesures d’austérité que nous subissons, ce sont les mêmes pour tous. Et la meilleure réponse c’est de se rassembler et agir ensemble pour se faire entendre, quel que soit son statut, sa situation.

On a besoin d’avoir une réponse collective. Le 8 octobre je manifesterai à Saint-Étienne. Les lycéens et étudiants vont se joindre à nous, c’est un signe fort pour l’avenir
».

*En réalité, c’est cette loi qui constitue le véritable acte de naissance des CE et en a posé les principes qui prévalent encore aujourd’hui: seuil de 50 salariés pour la mise en place de l’instance représentative; obligation de consultation en matière de gestion et de marche de l’entreprise; communication obligatoire des documents remis aux actionnaires; assistance possible d’un cabinet d’expertise comptable rémunéré par l’entreprise; 20 heures de délégation pour les élus. Les prérogatives économiques du CE ont ensuite été renforcées à partir des années 1960 et, particulièrement, en 1982 par les lois Auroux qui instaurèrent notamment de nouvelles règles de financement du CE, mirent en place les négociations annuelles obligatoires et donnèrent naissance au CHSCT.

Laurence Cabrol | 05/10/2015 - 18:53 | Lu: 10319 fois

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