Foix: une manifestation pour dénoncer les dérives de l'état d'urgence

Plus de 2 000 perquisitions administratives ont été menées et plus de 120 personnes placées en garde à vue dans le cadre de l’état d’urgence décrété après les attentats du 13 novembre.
Selon Matignon, il pourrait être prolongé au-delà du 26 février et le président Hollande, galvanisé par ses 50% d’opinion positive dans les sondages, envisage même une révision constitutionnelle visant à modifier la loi du 3 avril 1955 sur l’état d’urgence (rappelons que cette loi a été votée au moment de la guerre d’Algérie et que l’état d’urgence a été utilisé à ce moment puis en 1984 en Nouvelle-Calédonie et en 2005 lors des émeutes de banlieues).
Mais des voix s’élèvent contre cette mesure d’exception et une possible dérive autoritaire, notamment à travers les assignations à résidence.
Tel est le cas dans le département de l’Ariège où le 26 novembre dernier un militant activiste écologiste en partance pour la COP 21 s’est vu délivrer une assignation à résidence l’obligeant à rester sur le territoire de sa commune non loin du Mas d’Azil et à pointer trois fois par jour à la gendarmerie (à 18 km de son lieu de résidence).
Face à cette mesure qu’il juge «punitive» et indigne d’un état de droit, cet Ariégeois qui veut rester dans l’anonymat (bien qu’il communique beaucoup par voie de presse) organise ce vendredi matin une manifestation à Foix.
L’état d’urgence conduit à des dérapages
Rassemblement auquel participera Dominique Masset, faucheur volontaire, infatigable animateur du «Réseau Actions Ariège Libertés» (RAAL) et militant écologiste très écouté.
Joint ce matin au téléphone, il explique sa position: «à travers ce cas du Mas d’Azil, tous les militants activistes sont inquiets de voir dans le cadre de l’état d’urgence de telles dérives.
Toutes ces contraintes pour un citoyen qui envisage d’aller à la COP21, c’est inacceptable.
Prendre des mesures aussi contraignantes pour les libertés individuelles, portant atteinte aux libertés d’opinion et de manifestation, c’est porter atteinte aux libertés fondamentales. (…) 130 morts justifient certes des mesures d’exception, elles ont été prises au lendemain du 13 novembre, en 12 jours on a enregistré 1 200 perquisitions (dont les 3/4 ont été inutiles), de nombreuses arrestations, des saisies d’armes…
Passer à la prolongation de l’état d’urgence en modifiant la constitution, on tombe dans l’atteinte aux libertés et c’est une victoire pour Daesh et les intégristes.
Rappelons que nous sommes depuis 15 ans en Vigie pirate rouge, que sous prétexte de lutter contre les intégristes il ya depuis 10 ans des interventions militaires et des dizaines de milliers de morts…»
Pour Dominique Masset l’état d’urgence se justifie en utilisant l’arsenal très complet qui existe déjà et il devrait rester un état intermédiaire: «mise à disposition de la police, des enquêteurs, des tribunaux, situation d’exception pendant 12 jours, le tout sous contrôle de l’autorité judiciaire… tout cela suffit pour rassurer la population et parer au plus pressé».
Dominique Masset: les libertés des citoyens sont mises en danger
«Sur les 250 assignations à résidence, 10% (soit 26) sont à destination de militants activistes qui ne sont pourtant pas soupçonnés de terrorisme…
Certaines manifestations sont interdites, mais c’est à géométrie variable. Je suis inquiet de voir que l’on ne peut plus se réunir dans la rue sous prétexte de sécurité, alors que l’on peut poser une bombe sur un marché de Noël ou dans un stade de foot.
Quant à l’Ariégeois assigné à résidence sous prétexte de son passé militant, on lui reproche d’aller à Paris, on n’a pas trouvé d’armes chez lui, on n’a même pas perquisitionné… ce qui est grave c’est que ça peut nous arriver demain».
Mais Dominique Masset, connu pour ses actions non-violentes est également réputé pour son formidable pouvoir de mobilisation et de médiatisation, ne semble pas surpris de ne pas être encore inquiété par les services de l’État.
«Honnêtement si je suis assigné à résidence, je réagis et je ne me laisse pas faire, car c’est une atteinte à ma liberté d’opinion et de manifestation... je refuse cela surtout que je ne suis pas un terroriste… et je ne pense pas que le garçon du Mas d’Azil actuellement tracassé le soit également!»
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