TGI de Foix: la pénurie de moyens et une justice «indigente» pointés du doigt par présidente et procureur

La traditionnelle audience de rentrée du tribunal de grande instance de Foix s’est déroulée ce matin à la cité judiciaire de Foix.
L’occasion pour la présidente et le procureur de la République d’évoquer la pénurie de personnel et les enjeux liés à l’état d’urgence.
Avant de débuter la cérémonie, Fabienne Clément, présidente du TGI a tout d’abord remercié élus, députés, sénateur, professions judiciaires, civiles, militaires, délégation andorrane… de leur présence.
Réquisitoire du Ministère public: s’unir autour des valeurs de la justice, de la République
Depuis sa prise de poste en Ariège voici bientôt un an, Karline Bouisset procureur de la République a «noué des relations de grande qualité en Ariège».
Elle y voit «un grand creuset de compétences, de dynamisme qui, mis bout à bout favorise une véritable synergie».
Le procureur de Foix privilégie «cette nécessité d’agir ensemble», alors qu’elle conduit «une politique pénale ferme et réactive».
Et de rappeler les chiffres: de 37 en 2014, le nombre de comparutions immédiates est passé à 66 fin 2015.
Ces affaires ont concerné pour la plupart des faits de violences aggravées en récidive, sur des femmes, des enfants, sur des personnes dépositaires de l’autorité publique, «toutes victimes pour lesquelles la réponse pénale ne saurait être différée».
Dans son réquisitoire, Karline Bouisset a rappelé «le coup d’arrêt également mis, grâce à cette synergie, à la flambée de violence qui frappait le Pays d’Olmes»; l’arrestation de plusieurs «malfrats qui multipliaient les faits de délinquance et les provocations répandant un fort sentiment d’insécurité au sein d’une population déjà durement touchée par la paupérisation de son territoire».
Elle a indiqué «la poursuite de l’information judiciaire toujours en cours sur l’incendie de la Maison relais en 2014, ayant causé la mort de trois personnes».
Pour autant, le procureur, au travers du GLTD (groupe local de traitement de la délinquance) mis en place en Pays d’Olmes pour une durée d’un an, met en avant la prévention et la réinsertion «pour ces délinquants souvent jeunes, sans projet et sans avenir», outre le «travail de répression ferme déjà entamé».
Dans un registre plus général, Karline Bouisset entend «lutter contre la haine de notre société, de nos valeurs, de nos institutions, de notre mode de vie, la haine de notre liberté, la haine totale qui a conduit au massacre.
Le terrorisme religieux, ce phénomène nouveau qui nous a tous pris de court, prend aujourd’hui une ampleur effrayante».
Un vibrant hommage aux forces de l’ordre «qui nous protègent chaque jour; qu’ils soient vivement remerciés pour leur dévouement, leur bravoure et leur courage face à la barbarie» a été rendu.
«La haine est bien là, chez nous; aucun département n’y échappe et encore moins l’Ariège comme chacun sait; en témoignent les nombreuses perquisitions administratives».
Pour contrer l’endoctrinement de Daesh en direction des jeunes, «qui a mis au point une redoutable technique d’embrigadement», la Préfecture et le parquet organisent le 21 mars prochain, une réunion à destination de nombre de professionnels (environ 250) en contact avec les adolescents et jeunes adultes.
L’occasion de «leur donner des moyens de détecter la radicalisation, les doter d’outils afin de ramener ces jeunes dans le giron de la République».
Manque de personnels, pénurie de la justice mis en avant dans le réquisitoire du procureur
Pour 2016, Karline Bouisset entend s’atteler, entre autres, à une politique pénale de l’environnement «contre ceux qui n’ont pas la sagesse de comprendre que la nature doit être préservée pour nos enfants.
Notre département doit être exemplaire»; de la même façon que la lutte contre les stupéfiants, la délinquance routière, la délinquance des mineurs ou celle en col blanc.
Ces sujets feront «l’objet de toutes les attentions».
Mais voilà, le procureur a-t-elle les moyens de conduire cette politique pénale? Il semblerait que non.
«Dans un mois, Claude Cozar prendra sa retraite, son départ fera de moi le seul magistrat en Ariège. Comment peut-on laisser vacants 2 postes sur 3? Quel message adresse-t-on aux citoyens dont le besoin de justice est sans cesse croissant?
Quelle justice veut-on pour ce pays?» a-t-elle interrogé.
Louant la cité judiciaire, sa beauté, Karline Bouisset a glissé: «sauf que nous n’en avons pas les moyens.
Les bureaux sont vides, nous jouons un numéro d’équilibristes incapables de payer en temps utiles ses experts, ses interprètes, ses factures d’électricité et ses ramettes de papier, alors même que nous sommes en état d’urgence, nous ne pouvons même pas bénéficier de la présence de deux agents de sécurité en continu sur la journée.
Les troupes font face, mais elles fatiguent. La justice, votre justice ne tient que sur la ténacité, la volonté et l’investissement exceptionnel de ses agents. Tous méritent d’en être salués et chaleureusement remerciés».
Karline Bouisset «n’est pas satisfaite d’exposer cette pénurie, mais notre pays n’a jamais eu autant besoin de la justice. Soyez nos émissaires au gouvernement» a-t-elle lancé aux élus réunis.
Les propos du procureur de la République ont été relayés par Fabienne Clément présidente du TGI qui s’associe «de façon convaincue à ce réquisitoire. Nous sommes moroses et inquiets. Nos personnels se réduisent comme peau de chagrin».
Et la présidente du tribunal de grande instance de dresser le constat de tous ces postes à pourvoir, que se soit parquet, au greffe, à l’administratif.
«Pourtant attachée à une réponse pénale aux délais courts», Fabienne Clément «a du mal à répondre.
Afin de ne pas pénaliser les justiciables, je tiens à ne pas renvoyer les affaires» poursuit-elle, avant de glisser: «mais combien de temps, vais-je pouvoir tenir ce discours».
La présidente en appelle elle aussi «aux élus et aux plus hautes instances de la République pour retrouver un équilibre salvateur.
Nous avons à cœur de mener nos missions, mais nous avons besoin de votre soutien».
Des remerciements appuyés ont été adressés aux personnels et magistrats du tribunal de grande instance de Foix. Fabienne Clément louant «la richesse des rencontres lors du déménagement du TGI».
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