Chaque mardi et samedi, Alain Faugères et Xavier Crétu prennent la route pour ravitailler des villages en pain frais.
Rien de mieux pour tout savoir sur une vallée et ses habitants que d’observer discrètement tout ce qu’il se passe, par la fenêtre de la camionnette du boulanger...
9h30: Départ en ce mardi matin de la petite boulangerie Alves-Faugère à Vicdessos, dans la vallée d’Auzat en Haute-Ariège.
La voiture démarre dans les petites rues sombre du village.
Dans la fraiche matinée d’automne, l’odeur des pains, fougasses et autres chocolatines parfument la fourgonnette qui part faire la tournée des villages.
9h45: Arrivée au village d’Illier.
Après moult virages étroits, le klaxon retentit et sort le village endormi de sa torpeur.
Encore en pantoufles, Claude pointe le bout du nez.
Comme tous les mardis et samedi à 9h30 pétante, il attend le commerçant.
«Qui c’était la voiture qui vient de descendre?» se renseigne-t-il en roulant les «r»
Ici tout le monde se connait, et on remarque la moindre allée et venue.
On sait que plus haut, Huguette aussi attend le pain.
Sur la place du haut, la conversation s’engage.
«Avant, il y avait du monde dans chaque maison, des animaux partout, raconte un client, qui poursuit, il y avait le marchand de vin qui montait, quand les gens faisaient les travaux des champs.
Sinon, il fallait aller à Capoulet pour l’épicerie, et à Vicdessos (*) pour la viande, été comme hiver»
Pas facile non plus, la vie des villages avant.
Même si aujourd’hui, un air de d’abandon plane là où il n’y a de la vie que l’été.
«L’été j’emmène 5 ou 6 fougasses, et elles partent rien qu’à Illier!» assure Alain, qui mesure la vitalité économique d’un territoire en nombre de fougasses.
Il rend la monnaie, «le plus gros a foutu le camp! D’abord Peychinet (**) en 2003 maintenant l’usine d’eau.
Il ne restera plus rien ici»
10h15: Arrivée à Gestiès, d’où se dessinent à l’horizon les sommets de plus de 3000 mètres des Pyrénées ariégeoises.
Sur la place près de la mairie et de l’école, il y a foule: 7 personnes attendent le boulanger.
Jean se charge en général lui même de faire sonner l’alarme.
«Le pain pour la prospérité! entonne Josette, qui revendique sa présence, c’est très important que le boulanger monte: il y a des gens qui vivent ici!
C’est pour ça qu’il faut venir chercher le pain aussi, même pour ceux qui n’habitent pas là toujours, c’est de la solidarité...»
Quant à cet habitant, baguette sous le bras, il assure «hier, j’étais en ville, mais je n’ai pas pris mon pain, car je savais qu’il y avait le boulanger qui passait aujourd’hui»
Et pour Henriette, habitante à l’année du village perché à 965 mètres, «même si nous ne sommes que 2 ou 3 l’hiver, c’est important!
Moi j’achète toujours quelque chose.
Autrefois, il y avait un épicier, mais il a cessé.
Il n’y a jamais eu de magasin ici à Gestiès, même si avant il y avait un magasin de tabac, et deux ou trois cafés» dit-elle en riant, en se remémorant une époque aujourd’hui révolue.
Rentable le ravitaillement des villages? Pas vraiment, explique Alain «dans les villages, ces habitants ne voient que nous.
On le fait plus pour rendre service.
On ne gagne pas beaucoup, mais on reçoit une petite aide des communes»
10h30: Arrivée au village de Siguer en contrebas dans la vallée.
Le klaxon retentit.
Personne dans les rues mais quelques sacs de course suspendus aux portes.
«Une baguette pas trop cuite pour cette maison» se rappelle Alain.
Deux personnes sortiront.
Puis Alain laisse la camionnette.
Il faut aller porter le pain à une dame très malade dans une petite rue, dans un passage suspendu au bruit de la fontaine.
Le boulanger entre dans l’intimité de sa cuisine.
Elle lui dit qu’elle attend le docteur, et qu’elle voudrait une fougasse et des pains en chocolat en plus des baguettes.
La camionnette repart.
Alain Faugères continuera la tournée des village tant qu’il sera là.
Tout simplement parce qu’il aime ça, «on discute beaucoup.
Je connais les petits secrets de tout le monde! Si je ne faisais pas, ça me manquerait»
Quant à la suite, «ça dépendra des personnes qui restent dans la vallée»
Mais son collaborateur Xavier y est comme un poisson dans l’eau.
Il espère prendre la relève, «j’aime tout ici, le gens, le paysage, les petits vieux qui sont marrants»
Car derrière les croissants et les miches de pain du marchand ambulant, il y a bien plus: la vie dans les villages et la vallée, les entreprises qui ont fermé, les jeunes partis travailler ailleurs, un monde qui n’est plus et qui doit se réinventer.
(*) Capoulet et Vicdessos sont deux villages situés dans la vallée.
Avant, quand il n’y avait pas la route, ils n’étaient atteignables que par des sentiers.
(**) L’entreprise d’aluminium d’Auzat a fermé en 2003, elle faisait travailler une grande partie de la vallée.
L’usine d’eau à Auzat a aussi connu un mouvement social cet été, où plusieurs personnes ont été licenciées.
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