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Cazavet: plongée record dans les entrailles de la terre
17/03/2011 | 19:50
Crédit photos: Collectif Spéléo de l'Ariège et de la Haute Garonne

A l'issue d'une ultime plongée dans un siphon de 465 m – le plus  long de l'Ariège connu à ce jour – une équipe de spéléologues a réussi à établir la jonction entre le gouffre du Belle et la résurgence de Cassagnous, sur la commune de Cazavet, établissant ainsi une percée hydrogéologique de près de 10 km de développement et de 610 m de dénivelé.

Salège, commune de Cazavet, le 5 février 2011:

Il est 15h quand Franck B. émerge avec ponctualité du siphon (galerie souterraine noyée) après 2h passées sous l’eau.

Au bord de la vasque, nous l’attendions avec impatience et une certaine inquiétude qui va de mise avec une plongée de cette envergure.

En silence nous l’aidons à retirer les détendeurs accrochés autour de son cou et les quatre bouteilles de plongée qu’il portait à ses cotés.

Impatients, nous attendons qu’il ôte son masque et dévête sa cagoule pour pouvoir parler.

Il nous tend le dévidoir vide et annonce: «160 m de plus que la fois dernière! J'ai enfin franchi le siphon terminal!» ce siphon mesure donc 465 m au total.

«Derrière, la rivière coule dans une galerie de 40 mètres de long que j'ai dû parcourir avec tout mon matériel de plongée pour accéder à un nouveau siphon, le 10ème de la cavité.

Celui-ci fait 43 m de long, et en sortant, j'ai retrouvé des traces de pas et reconnu le terminus du gouffre du Belle!
» il est passé!

La jonction est faite...

Cette jonction, les spéléologues de la région l'attendaient depuis 10 ans.

Le gouffre du Belle a été découvert en 1999.

Au fil des explorations, une rivière souterraine a été suivie sur plusieurs kilomètres jusqu'à un siphon.

Le siphon marque traditionnellement le terminus des explorations classiques mais la cavité continue.

Pour poursuivre au-delà de ce verrou liquide, il faut faire appel à du matériel et à des techniques très spécifiques que seuls les plongeurs spéléos peuvent maîtriser.

Et organiser une telle plongée à cette profondeur - le gouffre frôle les 600 mètres de profondeur- n'est pas une mince affaire... 

L'exploration au Belle fut mise en sommeil.

Mais en 2003, rebondissement.

Une coloration à la fluorescéine effectuée au fond du gouffre établissait un lien avec la grotte résurgence de Cassagnous.

La rivière qui disparaissait dans le siphon du Belle était bien celle qui sortait de cette cavité. Nos soupçons étaient confirmés.

Entre les deux cavités restait un grand point d'interrogation de plus d’un kilomètre que nul n’avait pénétré.

Des explorations engagées dès les années 60 à la grotte résurgence de Cassagnous avaient permis de remonter la rivière en franchissant plusieurs siphons.

Mais cette somme d’obstacles qui nécessitait de plus en plus de matériel et rallongeait considérablement la durée des explorations avait fini par essouffler les spéléologues.

La confirmation de cette connexion ranima l'intérêt pour la cavité et une équipe soudée de spéléologues et de plongeurs spéléos se constitua autour de cet objectif, menant parallèlement plongées et prospections en surface.

En 2009, grâce à  la découverte d’une entrée intermédiaire, une partie de rivière jusque là accessible qu'aux seuls plongeurs put être atteinte par tous, et permettre ainsi la planification de plongées plus conséquentes: tous les espoirs de jonction furent alors permis.

Quatre séances de plongée se sont succédées entre octobre 2010 et février 2011 afin d'explorer ces galeries vierges de tout passage humain, de dérouler le fil d’ariane qui permet aux plongeurs de se repérer et d'effectuer la topographie, ces plongées «lourdes» nécessitant à chaque séance un grand nombre de coéquipiers pour le portage du matériel et la préparation du ou des plongeurs.

La température de l’eau - autour de 10°C - la visibilité médiocre et la profondeur immergée de la galerie - prés de 30 m - sont autant de  paramètres qui rendent la plongée difficile et qu’il faut savoir gérer.

Autant dire que cette ultime plongée fut attendue... et fêtée dignement!

Cette jonction qui réunit les gouffres du Belle (plus de 7 km de développement en amont) et la grotte résurgence de Cassagnous (2,5 km en aval) offre la première traversée souterraine du massif de l’Estelas.

De telles jonctions sont rares dans le monde de la spéléologie et constituent, en quelque sorte, l'ultime étape de toute exploration spéléologique.

La découverte d'espaces vierges juste sous ses pieds, l'étude et la compréhension des réseaux souterrains, leur beauté, le dépassement de soi dans une activité technique et physique, la promesse de moments inoubliables partagés en équipe, bref, tout ce qui constitue l'essence même de la spéléologie continuera encore longtemps d'animer les ardeurs des spéléologues.

Ailleurs sur le massif, d'autres explorations et d'autres jonctions sont en cours... Affaire à suivre...

Source: Collectif Spéléo de l'Ariège et de la Haute Garonne

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publié le: 17/03/2011 | 19:50 | Lu: 12955 fois