Pas besoin de se plonger dans un roman, ni même de décoller vers une destination exotique pour croiser des explorateurs en chair et en os...
En Ariège, sur le massif du Mont Béas (au dessus du Port de l’Hers), un grand gouffre a été découvert fin août par des spéléologues obstinés, qui ont fini par atteindre -620 mètres de profondeur.
La cavité (et ses 4 entrées) était connue depuis les années 80 jusqu’à -300 mètres de profondeur; sachant que l’entrée du gouffre n’est accessible que deux ou trois mois par an, obstruée par la glace le reste de l’année.
Depuis 2004, une vingtaine de sportifs ont effectué plus de 130 sorties*.
Il faut imaginer des sorties de 10 ou 15 heures, dans le froid et l’humidité d’un monde qui ne voit jamais la lumière.
Pour se glisser dans les entrailles de la terre, agrandir des passages, poser des cordes, chercher, tâtonner, escalader, persévérer...
Mais la prouesse va au delà du sport. «Le sport c’est le moyen. Le but c’est d’explorer !» assure Florence Guillot (spéléologue, une des meneuses de l’expédition).
«Le plaisir est de découvrir. Il n’y a rien de mieux que d’aller là où l’homme n’est jamais arrivé»
Et la découverte d’un nouveau gouffre est une véritable richesse pour la science, la topographie des sous-sols, la géologie aussi.
Car le port de l’Hers est un lieu bien connu des géologues. On peut y observer la fameuse «lherzolite», une roche rare qui compose une bonne partie du manteau supérieur terrestre.
Au port de l’Hers, elle s’est intégrée au sein d’un massif sédimentaire calcaire.
Dans les entrailles de la terre, les spéléologues regardent donc «où est la lherzolite sous terre. Mais aussi où sont les rivières et comment s’organisent les réseaux» explique Florence Guillot.
De quoi apporter aussi des renseignements sur l’hydrogéologie (précieux en cas de pollution par exemple, pour savoir d’où viennent les rivières).
Autre aspect: étudier le biotope.
C’est d’ailleurs grâce à cela que les spéléologues ont découvert sous terre une perte de l’étang de l’Hers, «on a retrouvé des espèces qui n’étaient pas cavernicoles»; signe que l’eau venait de l’extérieur.
Mais l’expédition n’est pas terminée. Pour l’instant, les spéléologues sont arrivés jusqu’à un «collecteur», c’est à dire à une belle rivière souterraine. Et l’envie d’aller plus loin les titille.
«A l’aval, on a un siphon» raconte Florence Guillot, «donc probablement, il faudra plonger.
On a encore une escalade à faire pour s’assurer qu’on ne peut pas passer au dessus du siphon et l’éviter.
A l’amont, on a un chaos de bloc, avec des courants d’air. On va aussi essayer de voir si on peut y passer»
D’autres sorties sont donc prévues en septembre et octobre si la météo le permet. Puis l’hiver va arriver et l’entrée du gouffre sera bouchée.
Elle continuera de dévoiler ses mystères l’année prochaine, lors de prochaines expéditions.
Crédit vidéo gouffre: Phil Bence
*Avec plus de 130 sorties depuis 2002, plusieurs spéléologues ont participé aux explorations. C’est le cas de Phil Bence (27 sorties), Florence Guillot (29), Laurent Apel (12), Guillaume Capgras (10), Stéphane Bourdoncle (9), Pierre Noyès (7), Marie Le Seach (6), Laurent Vila (4), Olivier Guérard (4), Stef Maifret (3), Rod Sturm (3), Daniel Barrachet (2), Didier Lescure (2), Robert Ascargorta (2), Michel Grillères (1), Adrie Dekker (1), Philippe Jarlan (1), Liionel Peyron (1), etc.
| Le troisième gouffre le plus profond d’Ariège... Pour l’Ariège, ce réseau qui vient d’être découvert (appelé le réseau de «La Pique») est le troisième trou en terme de profondeur pour l’Ariège (que l’on calcule à partir du point d’entrée). Les deux autres cavités sont le réseau «Georges», et le système de la Coume Ferrat à la Balaguères, à la frontière de la Haute-Garonne. Deux réseaux qui dépassent les -700 mètres sous terre. «En France, on a atteint au plus profond -1500 ou -1600 mètres de profondeur en Haute-Savoie» ajoute Florence Guillot qui poursuit, «dans le monde, on est arrivé à -2100 mètres dans le Caucase» |
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